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mercredi 23 mars 2011

Des effets de la visite de l'OSCE dans le Sud-Caucase

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Traduction Gérard Merdjanian -commentaires

Les analystes politiques tout comme les experts restent persuadés que le Président Aliev n'a qu'une seule idée en tête : Reprendre ce qu'il a perdu lors de la guerre du Karabakh.

Dans les conditions actuelles, malgré son armement supérieur à l'Arménie et sa grande envie d'en découdre avec l'ennemi, ses conseillers militaires turcs lui déconseillent de s'engager dans un conflit dont il n'est pas sûr de sortir vainqueur. Et ce pour plusieurs raisons :

- Si l'armement est suffisant, les soldats azéris sont mal formés et surtout leur morale n'est pas d'acier, d'autant qu'il y a de nombreux mercenaires parmi eux.

- En cas de conflit à grande échelle, Moscou risque fort de ne pas rester les bras croisés, les accords militaires de l'été dernier avec Erevan, l'autorise à s'en mêler en cas d'agression constatée de Bakou envers le Karabakh.

- La Turquie elle-même est susceptible d'intervenir dans le conflit s'il avérait que c'est l'Arménie qui a lancé l'offensive. Situation très inconfortable, en totale contradiction avec la politique actuelle d'Ankara du ‘zéro problème' avec les voisins, et surtout que les Etats-Unis ont d'autres projets pour ce membre de l'OTAN.

- Enfin et surtout, n'oublions pas que les pipelines sont à peine à 30 km de la frontière de l'Arménie. Une interruption des livraisons d'hydrocarbures vers l'Europe sera plus que très mal acceptée par les grandes puissances.

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La visite régionale des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE et du Président actuel de l'OSCE, Audronius Ažubalis, a conduit à une intensification de l'hystérie anti-arménienne et à des discours belliqueux en Azerbaïdjan. Si c'était le but de l'OSCE, nous pouvons dire que ce fut une réussite. Il ne faudra pas s'étonner si, après une prochaine visite des officiels il y aura vraiment des préparatifs de guerre au Karabakh. Ensuite, le blâme tombera sur M. Ažubalis et l'Organisation qui se sont contentés de faire des déclarations didactiques, ne sachant envers qui ces déclarations devaient être adressées.
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Pendant ce temps, les compagnies pétrolières et les pays européens disent à Aliev de ne pas déclencher une guerre. Mais l'Azerbaïdjan s'est lui-même fourni en armes en quantité telle que parfois, on se demande s'il va se battre non pas contre les 150.000 Karabakhis, mais contre un pays aussi vaste que l'Iran. Autre hypothèse probable, toutes ces armes seraient achetées pour équiper le Sud de l'Azerbaïdjan, au cas où les États-Unis décideraient de résoudre le problème nucléaire iranien par des moyens militaires. Seulement, la communauté internationale n'a ni le temps ni l'envie de s'investir dans les problèmes de l'Iran ou de l'Azerbaïdjan. Les troubles dans les pays arabes, le tremblement de terre et le tsunami dévastateurs plus les risques d'irradiations du Japon, la hausse des prix des aliments, occupent beaucoup plus les esprits de la communauté internationale. Quant à Aliev, profitant de cette situation, il donne libre cours à ses fantasmes guerriers.

Tout cela est vrai, mais l'actuel Président de l'OSCE est apparemment, une personne étrangère au règlement du conflit du Karabakh, se contentant de répéter les mêmes mots que son prédécesseur, le ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, Kanat Saudabayev. On peut supposer qu'en raison de leur statut, Ažubalis et tous les autres, sont sensés avoir au moins un minimum d'informations sur le conflit. Il se pourrait même qu'ils disposent d'encore plus d'informations que nous, mais en réalité, pour des raisons inconnues, tous leurs discours se résument à des mots vides, sans exigence aucune. Se contenter de demander le retrait des tireurs d'élite ne peut convaincre personne, surtout à Erevan. Probablement qu'Ažubalis a fait la même proposition à Bakou, mais on se doute bien comment cette proposition a été interprétée par les médias azéris.

Une chose est sûre : le principal intéressé, à savoir la RHK, a déclaré que la proposition du Président de l'OSCE de retirer unilatéralement les tireurs d'élite arméniens de la ligne de front, était totalement inacceptable. Selon son président Bako Sahakian : "le côté arménien a déclaré qu'il était prêt à retirer ses snippers si l'adversaire faisait de même. Toutefois, pour des raisons inconnues, ces propositions n'ont pas été prises en compte par Bakou, ce qui prouve que l'Azerbaïdjan n'est pas intéressé à apaiser les tensions à la frontière. Lorsque M. Ažubalis a suggéré le retrait unilatéral des tireurs d'élite arméniens de la ligne de front, j'ai attiré l'attention du Président de l'OSCE sur le récent incident qui a entraîné la mort d'un jeune soldat arménien, tué le jour même de sa visite à Erevan."

Il faut s'attendre à une nouvelle montée de la tension sur la ligne de contact après les fêtes de Norouz (nouvel an iranien). Parfois, on dirait que l'Azerbaïdjan vit dans une sorte de monde virtuel, où existeraient seulement, le clan Aliev, le pétrole, et bien sûr, le Karabakh "avec un haut degré d'autonomie".

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Karine Ter-SahakianPanArmenian – Département Analyse

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"En tant que membre de l'OTAN, nous considérons que l'OSCE est la structure la plus appropriée pour les négociations sur le règlement du conflit du Karabakh," a répondu l'ambassadeur américain d'Arménie, Marie L. Yovanovitch, à la question concernant la réaction de l'OTAN si la situation sur la ligne de contact se dégradait fortement. Et de réaffirmer que : "Le problème n'a pas de solution militaire".

En tant que pays Coprésident du Groupe de Minsk, les États-Unis travaillent en coopération avec la Russie et la France pour faire comprendre aux parties en conflit que les négociations politiques sont le seul moyen pour le règlement du conflit du Karabakh.

Concernant une question sur les menaces azerbaïdjanaises de tirer sur des avions civiles survolant le Karabakh, la diplomate a repris les propos de son collègue de Bakou, l'ambassadeur Matthew Bryza :

"Ces menaces sont absolument inacceptables. Ils ne découlent pas des principes de règlement du processus de négociation sur lesquels l'Azerbaïdjan s'est engagé. Nous prenons tous les principes de règlement au sérieux, mais le principe de non-usage de la force est le plus important."

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La proposition à Erevan de l'actuel Président de l'OSCE, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Audronius Ažubalis, de retirer unilatéralement les tireurs d'élite de la ligne de contact, a causé jeter le trouble dans la société.

"Le Président de l'OSCE n'a pas fait cette proposition spontanée à Bakou, parce qu'il n'a pas vu de leur part une volonté politique ou une approche constructive. Avec l'aide de l'Arménie, il essaie de réaliser des avancées positives sachant que l'Arménie est contre tout usage de la force ou la menace de la force.

Prenant en considération que c'est toujours l'Azerbaïdjan qui a refusé de retirer ses tireurs d'élite de la ligne de contact, il devrait essayer de leur faire changer d'avis, plutôt que faire la dite proposition à l'Arménie ou au Karabakh, qui ont déjà répondu positivement à la suggestion," a déclaré devant l'Assemblée nationale le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian.

Il a exprimé l'espoir qu'Ažubalis réitère sa proposition à Bakou.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie

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