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mercredi 6 avril 2011

Arménie : Le Haut-Karabakh d'un côté et la Turquie de l'autre

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Haut-Karabakh

A quoi peut servir de proposer des solutions, voire des compromis à une personne qui ne veut rien entendre ?

C'est le cas d'Ilham Aliev, qui par politesse ou par obligation, se rend aux rencontres proposées par le président russe Dimitri Medvedev, acquiesce du bout des lèvres aux propositions faites par les médiateurs, va jusqu'à signer la déclaration finale, mais une fois rentré à Bakou, continue comme à l'accoutumé, comme si de rien était.

Seuls changements d'une réunion à l'autre : Son niveau d'armement augmente dangereusement et ses menaces de guerre se font de plus âpres.

On finit par se demander ce qu'attendent les pays coprésidents (Etats-Unis, Russie et France) du groupe de Minsk de l'OSCE pour changer le cours des réunions, en lieu et place de la méthode Coué. Car in fine le président Aliev jettera l'étincelle et déclenchera l'irréparable. Et les grandes puissances seront bien avancées d'avoir un nouveau théâtre de guerre à gérer.

Turquie

Comme je l'indiquais hier dans mes commentaires, la Turquie s'inquiète non de l'Arménie mais du problème arménien, c'est-à-dire des conséquences du génocide qu'il a perpétré en 1915, toujours pas résolues et de moins en moins moribondes 96 ans après.

Plutôt que de camper sur un négationnisme qui sont pratiquement les seuls à défendre, les dirigeants turcs devraient commencer à réfléchir sur ce qui est réparable et dans quelle mesure. Voilà un axe de travail qui valoriserait Ankara aux yeux de la communauté internationale en vue du centenaire de la commémoration de 1915. L'Histoire est riche de rêves qui sont devenues réalités ...

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** Les soubresauts du règlement du conflit du Karabakh **

* Analyse comparative

Qu'est-ce que l'Arménie peut apprendre des processus de règlement des questions d'Irlande du Nord et de Chypre ? Dans quelle mesure l'exemple de l'Irlande du Nord et de Chypre est-elle applicable au Karabakh ?

Hier, des politiciens et des analystes d'Irlande, de Grande-Bretagne et de Chypre ont présenté l'expérience de leur pays et fait des suggestions sur les moyens de régler le conflit du Karabakh.


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Le directeur adjoint de l'Institut du Caucase, Sergei Minassian, a indiqué qu'il est nécessaire de faire des efforts pour maintenir la paix, ce qui a été compris et mis en œuvre par l'Arménie. Toutefois, on ne peut pas en dire autant à propos du voisin oriental, l'Azerbaïdjan, au vue de ses fréquentes violations du cessez-le-feu. Les pays médiateurs travaillent également à maintenir la paix. La déclaration qui a suivi la réunion trilatérale entre les Présidents de l'Arménie, la Russie et l'Azerbaïdjan à Sotchi, en est une preuve.

Selon le directeur du tout nouveau Centre de Recherche Régional, Richard Guiragossian, l'Azerbaïdjan crée de sérieux obstacles sur la voie du règlement du conflit du Karabakh. Parler d'une confiance réciproque dans le cas du Karabakh est un non-sens : "Ce pays ne comprend pas que l'Artsakh n'est pas sa propriété," a dit Guiragossian.

* Du travail pour l'APCE *

La session de printemps de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe va démarrer le 14 avril à Strasbourg. La Sous-commission sur le Haut-Karabakh reprendra également ses activités. Les réfugiés arméniens exilés d'Azerbaïdjan ont demandé à mettre un certain nombre de questions sur l'ordre du jour de la Sous-commission. Il s'agit notamment du retrait des tireurs d'élite de la ligne de front, de questions humanitaires et des menaces de Bakou d'abattre les avions civils survolant le Haut-Karabakh.

L'ambassadeur américain d'Azerbaïdjan, Matthew Bryza, suite aux menaces de Bakou, avait déclaré : "Abattre des avions civils desservant le Karabakh est inacceptable." Il a également rappelé qu'à l'heure actuelle, les vols Bakou-Nakhitchevan sont effectués sans encombre en traversant l'espace aérien de l'Arménie.


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De son côté, le directeur du Centre d'analyse sur la coopération régionale et la mondialisation, Stépan Krikorian, relève qu'il existe un certain nombre d'Etats non reconnus dans le monde, mais que personne n'a jamais menacé d'abattre leurs avions civils. Selon lui, la vive réaction de Bryza est liée au fait que la déclaration de l'Azerbaïdjan ne peut être justifiée du point de vue du droit international et humanitaire. Le politologue estime qu'il est nécessaire de parler de ce sujet avec Bakou, en plus des autres, et d'ajouter :

"La population du Haut-Karabakh a le droit d'utiliser les outils du monde contemporain. Ils ont le droit de se rendre à Erevan ou ailleurs par avion, et il n'y a là rien d'extraordinaire. C'est pourquoi la réaction de Bryza est considérée comme très positive. Un certain nombre de pays n'ont pas reconnu le Kosovo, mais ni la Russie ni la Chine n'ont jamais déclaré qu'elles abattraient les avions civils venant ou partant du Kosovo. La Sous-commission de l'APCE sur le Haut-Karabakh pourrait être une bonne plateforme pour l'examen de cette question."

** La paranoïa turque **

* Du Renseignement sur des réseaux fantômes *

Une organisation clandestine au sein de la structure de la police turque affectée au Renseignement aurait été créée pour lutter contre le "séparatisme arménien", selon un communiqué figurant sur Wikileaks ; rapporte le site Web turc de Taraf du lundi 4 avril.

La dépêche, intitulée ‘Un regard rare sur le Service de Renseignement militaire turque : l'Irak, les inquiétudes du PKK, la paranoïa, la campagne anti-OTAN', avait été adressée le 21 décembre 2004, par Robert Deutsch, attaché militaire à l'ambassade américaine à Ankara ; rapporte par le quotidien Hürriyet, citant Taraf.

Deutsch avait parlé à une source anonyme turque décrite comme quelqu'un "qui a de l'expérience sur l'analyse du Renseignement et sur la Sécurité, ayant travaillé pendant 12 ans à l'Intelligence militaire et ayant donné des conférences à l'académie de police dans le passé." La source a présenté un rapport fondé sur des entretiens avec 40 agents de l'Organisation secrète, connue sous le nom JITEM, portant sur les activités sur le terrain dans le Sud-est de l'Anatolie.
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L'Etat turc aurait crée le JITEM pour lutter contre le ‘séparatisme arménien' en Anatolie du Sud, selon la dépêche. L'ordre a surpris plusieurs officiers du JITEM, selon la source anonyme de Deutsch, vu que seule "une poignée d'Arméniens vivent encore dans le Sud-est de l'Anatolie."

L'explication qui leur a été fournie est que nombre d'Arméniens ont changé leurs noms et caché leur identité volontairement ou forcé, pendant les événements de 1915, ce qui signifie qu'il existe toujours une continuité, même s'ils sont cachés. Et donc, la présence arménienne dans toute l'Anatolie du Sud préoccuperait l'Etat turc.

* Des mesures préventives *


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La Turquie a demandé la poursuite des mesures liées aux attaques de certains groupes arméniens contre la promotion de la Turquie à l'étranger.

"Les attaques contre les manifestations promouvant la Turquie à l'étranger par certains groupes arméniens ont récemment augmenté. Nous attendons des pays concernés qu'ils poursuivent les manifestants et prennent des mesures pour prévenir la récurrence de ces incidents," a déclaré le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Selcuk Unal.

Il a donné comme exemples les incidents survenus lors du salon des fabricants de prêt-à-porter turc de Beyrouth et lors de la Foire internationale de livres à Paris.

"Cette attitude hostile et l'esprit radical nationaliste qui ont été dévoilés lors de ces manifestations, sont une autre facette des attaques terroristes du passé," a souligné Unal.

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Extrait de la Radio Publique d'Arménie et de PanArmenian



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