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mercredi 20 avril 2011

Les commémorations du 24 Avril approchent

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

On savait qu'Ankara comptait poursuivre sa politique négationniste pluri-décennale ; même si elle a évolué sur la forme avec l'arrivée au pouvoir de l'AKP, le fond reste inchangé car c'est l'Etat profond qui tire les ficelles. La venue sur la scène de l'Azerbaïdjan avec le conflit du Haut-Karabakh, n'a fait qu'ajouter de l'eau à son moulin. Ce qui lui a permis de mettre en œuvre son désir profond - étouffer l'Arménie - à défaut militairement du moins économiquement grâce au blocus en tenaille mis en place avec Bakou. Et ce n'est pas faute d'essayer de verrouiller son accès à la façade de la mer Noire par Géorgie interposée, vassalisée économiquement par Erdogan et Aliev.

La dernière phrase du programme de l'AKP concernant l'Arménie - "la Turquie ne s'abstiendra pas de faire ce qu'elle doit faire" - est ambiguë, pour ne pas dire inquiétante.

Si la Turquie soutient son allié azéri sur tous les fronts – comme on vient de le voir avec la réactivation, grâce à Mevlut Cavusoglu, de la Sous-commission sur le Haut-Karabakh de l'APCE – il reste un point noir pour l'avenir. Quel sera le comportement d'Ankara au cas où Aliev ouvrira le feu, voire lancera ses troupes, sur le Karabakh ? Car il avancera comme prétexte que ce sont les Arméniens qui ont commencé et qu'étant l'attaqué il fera jouer les accords militaires turco-azéris. Bien évidemment l'Arménie fera de même avec les accords militaires avec la Russie mais également avec la CIS.

On en revient toujours à la même équation : Quel sera en cas de conflit l'attitude des grandes puissances, Etats-Unis et Russie, pour ne pas les citer ?

* Brève *

Le 19 avril, le Parlement géorgien a approuvé à l'unanimité la proposition du gouvernement de ne pas reconduire le contrat de cinq ans avec la Russie concernant le transit des militaires et des marchandises russes vers l'Arménie via la Géorgie.

L'accord sur le transit du personnel militaire et du matériel, par terre et par air, vers la base militaire russe 102 de Gumri (Arménie) avait été signé en Mars 2006, parallèlement à l'accord de démantèlement des bases militaires de Batoumi et d'Akhalkalaki.

Entre temps la guerre russo-géorgienne d'Août 2008 est passée par là ; ceci explique cela. On voit mal l'Azerbaïdjan donner une telle autorisation à Moscou alors même qu'il l'accuse d'armer l'Arménie. Quant à Ankara, seul le transit par air sera peut-être autorisé, le transit par terre étant impossible avec une frontière turco-arménienne fermée. C'est encore de l'Iran que viendra, peut-être, le salut ; A suivre.

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Au cours d'une émission TV Erevan-Moscou intitulée « Génocide arménien. 96 ans après … » des spécialistes arméniens sont intervenus.

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* Alexander Iskandarian


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"Le génocide arménien est vérifié dans des milliers de documents, c'est un fait qui ne peut être nié, et personne ne l'a fait sur des bases sérieuses", a déclaré le Directeur de l'Institut du Caucase.

Selon lui, ces pays ou organisations, qui n'ont pas encore reconnu le génocide arménien, argumentent que ce n'est pas de leur ressort ou qu'ils ne veulent pas gâcher les relations avec la Turquie.

"Je ne peux pas accepter que des personnes puissent être indifférentes à l'anéantissement d'une nation, d'un peuple à cause de l'appartenance ethnique. Ce fait ou le fait de non-reconnaissance menace tout le monde. Le train de la reconnaissance du génocide arménien avance et ne peut être arrêté, la Turquie devra le reconnaître tôt ou tard."

* Ruben Safrastian


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La question de la reconnaissance et de la condamnation du génocide arménien, a deux aspects : historique et géopolitique, selon le directeur de l'Institut des Etudes Orientales de l'Académie des Sciences d'Arménie, Ruben Safrastian.

"La Turquie a des responsabilités à la fois sur la géopolitique régionale et à l'échelle internationale. La Turquie refuse de reconnaître le génocide. Le gouvernement et le lobby arménien sont en lutte pour la reconnaissance du génocide. Le lobby arménien tente d'influencer la politique américaine sur la question. La question de la reconnaissance du génocide est une affaire géopolitique."

"Le peuple arménien a pleinement le droit de déposer un recours contre le successeur légal de l'Empire ottoman, le gouvernement turc. Des actions coordonnées nous aideront à atteindre nos objectifs."

* Haïg Demoyan


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"Le 24 avril 1915, une ordonnance a été émise pour anéantir les Arméniens. Les intellectuels arméniens d'Istanbul ont été les premières victimes du génocide arménien dans l'Empire ottoman, puis ce fut le tour des hommes d'être tués et enfin les femmes, les enfants les personnes âgées furent déportés," a déclaré pour sa part le Directeur de Institut du Musée du génocide arménien, Haïg Demoyan.

Selon Demoyan, la question conceptuelle principale, le message à la veille du 100e anniversaire du génocide des Arméniens, c'est que l'humanité n'a pas créé de mécanismes pour la prévention de futurs génocides.

"Les événements en Afrique prouvent que, malheureusement, les valeurs humaines sont mises de côté dans le contexte actuel des relations internationales, des nouvelles alliances stratégique, des relations politico-militaires. Actuellement, les doubles normes prévalent entre les relations internationales et la politique, tandis que les relations de partenariat sont considérées comme une priorité."

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* Analyse du politique *

* Stépan Safarian


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Le chef du groupe d'opposition parlementaire ‘Héritage', Stépan Safarian, a déclaré :

"Il ne faut pas trop espérer une reconnaissance internationale du génocide, puisque rien n'a changé. L'équilibre des forces, face à la signature des protocoles arméno-turcs et la reconnaissance du génocide, est toujours le même. Le statu quo est préservé."

Selon lui, la Turquie ne pose pas de problèmes ou n'est pas en conflit avec les centres du pouvoir mondial, ce qui aurait pu pousser certains pays à reconnaître le génocide des Arméniens, et notamment les Etats-Unis.

"Si nous voulons que la reconnaissance du génocide arménien soit remis à l'ordre du jour, les protocoles doivent disparaître de l'ordre du jour. Un nouveau processus est nécessaire pour la normalisation des relations arméno-turques, et stipulant clairement aucune condition préalable."

* Ruben Melkonian


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Les protocoles arméno-turcs non ratifiés nuisent à l'image internationale de la Turquie. Bien que le ministère turc des Affaires étrangères se soit engagé dans une politique de zéro problème avec les voisins, une question reste en suspend : pourquoi la Turquie refuse-t-elle de normaliser les relations avec l'Arménie et de ratifier les protocoles ?" a déclaré le politologue Ruben Melkonian.

Selon l'expert l'ensemble du processus entre l'Arménie et la Turquie, conformément à la feuille de route annoncée en avril 2009, est considérée comme le document le plus important dans l'histoire de l'Arménie indépendante.

"La réconciliation a été ‘saluée' par les grandes puissances. L'Arménie a pris des engagements et les a observés alors que la Turquie a commencé à se dérober immédiatement après la cérémonie de signature."

Invité à commenter la déclaration au sujet du Premier ministre turc selon laquelle "l'Arménie ne fait pas assez d'efforts pour normaliser les relations avec son pays", Melkonian a répondu : "la déclaration d'Erdogan est risible, mais elle est conforme avec la campagne électorale de son parti."

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* Erdogan dévoile son programme électoral *

Le programme électoral du Parti de la Justice et du Développement (AKP) ne mentionne pas les tensions avec l'ancien allié Israël, mais accuse l'Arménie de la situation d'impasse concernant les efforts pour normaliser les relations.


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Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dont le parti devrait remporter un troisième mandat aux élections du 12 Juin prochain, a dévoilé son programme appelé : ‘Manifeste du Parti AK pour 2023'.

Le document passe sous silence les relations avec Israël et les moyens de rétablir les liens tendus avec l'Etat juif. En politique étrangère, il attache une grande importance aux relations avec les pays du Moyen-Orient et souligne les liens privilégiés avec les États-Unis parmi ses principales priorités.

L'Arménie, dont les relations semblaient bénéficier d'une embellie en 2009, ne figure pas parmi les axes prioritaires de la politique étrangère. Le document explique que cela est du aux approches non constructives de l'Arménie, ce qui a empêché la Turquie de progresser dans le processus de normalisation avec les pays voisins. On y lit notamment :

"Notre position par rapport à la solution au problème du Haut-Karabakh et du génocide est clair. En ce qui concerne les mesures réciproques et simultanées d'une solution, la Turquie ne s'abstiendra pas de faire ce qu'elle doit faire."

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Extrait de PanArmenian.net



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