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mardi 9 août 2011

La récente indépendance d'anciennes régions-colonies

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Depuis dix-huit ans que durent les négociations de paix, rien n'a bougé si ce n'est de nombreuses victimes de part et d'autre de la ligne de contact au Karabakh.

Il n'y a pire sourd qui ne veut entendre. Ilham Aliev appartient à cette catégorie. Pour lui la seule issue du conflit consiste à retrouver l'Azerbaïdjan de son enfance, c'est-à-dire telle qu'il était du temps de l'URSS, avec le Haut-Karabakh jouissant d'une certaine autonomie.

Aussi, Bakou propose pour sortir de la crise que le Haut-Karabakh jouisse maintenant d'une plus grande autonomie, et de donner comme exemple la province autonome du Tyrol du Sud à la frontière austro-italienne, officiellement rattachée à l'Italie, dont la mise en place a été réalisée au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Ce que Monsieur Aliev oublie, c'est que ce genre de solution n'est plus d'actualité au XXIème siècle, il suffit pour cela de regarder l'évolution des régions-colonies. Le droit à l'autodétermination des peuples n'est pas qu'un concept théorique.

Croire 1- que la paix va revenir lorsque les 150.000 Arméniens du Haut-Karabakh seront totalement encerclés par les sept districts rendus à un Azerbaïdjan surarmé, 2- que Bakou va gentiment accorder une très grande autonomie à des Arméniens qui lui tiennent tête depuis une vingtaine d'années, 3- que les casques bleus vont assurer la sécurité des dits Arméniens, est une vision idyllique des pays coprésidents du groupe de Minsk. Il faut vraiment rien connaître à la région pour croire à une pareille solution.

* Brèves russes *

"Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a une pathologie et est une anomalie du peuple géorgien et en outre, il est mal élevé. ‘Mais nous', avait déclaré le président Medvedev, ‘n'associons pas le peuple géorgien avec ce personnage ... et sommes prêts à développer des relations d'affaires, [ainsi que] des contacts pragmatiques et mutuellement bénéfiques avec la Géorgie'," a déclaré Sergei Lavrov lors d'une rencontre à Moscou avec son homologue sud-coréen, Kim Sung-Hwan.

La semaine dernière, dans une interview aux médias russes et géorgiens, le président russe Dmitri Medvedev avait déclaré qu'il "ne pardonnera jamais" à Saakachvili la mort des casques bleus russes lors du conflit russo-géorgien du 8 août 2008. M. Medvedev a également déclaré qu'il soutenait l'idée d'un tribunal international pour le président géorgien.

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"Les événements tragiques d'Azerbaïdjan (Soumgaït, Kirovabad, etc) doivent être évalués juridiquement. L'Arménie peut prendre comme précédent le fait que la Russie a porté l'affaire de la guerre en Ossétie du Sud devant la Cour internationale de Justice (CIJ)," a déclaré le politologue russe, Stanislav Tarassov.

"Les leaders arméniens ou azéris ne sont pas les seuls à déterminer le sort du conflit du Karabakh, cela dépend entièrement des politiques régionales et mondiales. C'est la principale différence entre le conflit du Karabakh et celui d'Ossétie du Sud", a ajouté l'expert.

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Dimitri Medvedev a soumis pour accord un document prévoyant le déploiement de bases russes en Abkhazie et en Ossétie du Sud.
La durée prévue est de 49 ans, avec une option de 15 ans supplémentaires. La raison avancée est la prévention de toute agression contre ces deux Etats et la protection des citoyens russes qui y résident.

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Le Sud-Soudan comme exemple pour le clan Aliev

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Le Kosovo, l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, et plus récemment le Timor oriental et l'Erythrée – ont tous été reconnus comme des États indépendants. Il y a un mois, cette liste a été complétée par le Sud-Soudan, qui, par décision de l'Assemblée générale des Nations Unies est devenu le 193e membre de l'ONU. La République d'Artsakh n'est pas sur cette liste et, apparemment, son entrée à l'ONU est encore très loin.Il faut croire que "tous les peuples sont égaux, mais certains le sont plus que d'autres".


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Essayons de comprendre pourquoi l'indépendance du Haut-Karabakh, qui est dans les faits depuis maintenant 20 ans, est restée méconnue par la communauté internationale de l'ONU. Nous arrivons alors à une triste conclusion. La racine de tout le mal date de 1994, lorsque les pays coprésidents [du groupe de Minsk] auraient pu et du reconnaitre l'indépendance du Haut-Karabakh conquise de haute lutte. Rappelons-nous qu'au début de la guerre de libération nationale du Karabakh, l'Azerbaïdjan était faible, une république postsoviétique démoralisée d'avoir perdu la guerre contre les Arméniens du Karabakh, beaucoup moins nombreux et mal armés.

Nous réitérons ici cette ancienne vérité, pour pouvoir comprendre comment des ‘régions-colonies' sont devenues indépendantes, tandis que le Karabakh est resté avec un statut obscur. En fait, le statut du Karabakh est obscur que pour la communauté internationale, qui somme toute, n'a aucun pouvoir juridique pour reconnaître ou non l'indépendance du nouvel Etat. En outre, sa reconnaissance ne peut rien changer, car il est important que le nouvel Etat se sente indépendant. Le 21 Septembre 1991, l'indépendance du Haut-Karabakh a été soumise à référendum et acceptée par une très large majorité. Le 20 mai 2002 c'est le Timor oriental qui vote oui, l'indépendance du Kosovo a été proclamée le 17 Février 2008, alors que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud le sont devenues suite la guerre russo-géorgienne en 2008 ; le Sud-Soudan a tenu son référendum en Janvier dernier. Tous ces États ont acquis leur indépendance après le référendum au Haut-Karabakh.

A proprement parlé, il n'existe pas de processus de négociation sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh, vu il n'y a pas de conflit armé en tant que tel. Il y a seulement une soif de vengeance de la part de l'Azerbaïdjan, qui, retarde intentionnellement les pourparlers, tentant de gagner du temps pour pouvoir s'armer en vue de reprendre les hostilités. Bakou, apparemment, a oublié le célèbre adage : "la guerre n'est pas une loterie, mais un savoir-faire".

Alors, quelle est la raison [de la longueur des négociations] ? Il ne serait pas correct de dire que le pétrole et le gaz azerbaïdjanais décide de tout, même si ils jouent un grand rôle. Peut-être que le Caucase de par sa situation, est bien plus important pour la communauté internationale, particulièrement pour les pays coprésidents [du groupe de Minsk] - États-Unis, France et Russie -, que le Soudan ou le lointain Timor oriental. Toutes les autres républiques autoproclamées, même reconnues que par certains États, l'ont été dans des conditions différentes, aussi, parler d'un précédent pour résoudre les conflits, est incorrect. Ce n'est pas sans raison que les politologues et les politiciens des pays coprésidents indiquent que la résolution d'un conflit ne peut se calquer sur un autre, malgré certaines similitudes. Toutefois, dans le cas de l'Artsakh nous avons à faire à une communauté internationale biaisée, qui fait de son mieux pour gagner du temps et reconnaître l'indépendance du Haut-Karabakh. Comportement pour le moins étrange quand on considère que le Groupe de Contact, composé de plusieurs pays, a reconnu le Conseil National de Transition (CNT) des rebelles, comme l'autorité légitime de la Libye. Il est fort probable que le pétrole, les doubles standards et les intérêts croisés des Russes et des Américains dans le Caucase ont joué sur la résolution du conflit du Karabakh, ce qui a conduit à la situation actuelle.

L'indépendance du Sud-Soudan est une preuve supplémentaire que le principe d'autodétermination est toujours plus élevé que le principe d'intégrité territoriale. On peut même dire que ces deux principes n'ont rien à voir l'un avec l'autre et sont utilisés comme excuse pour retarder le processus de reconnaissance, mais ne mènent jamais au règlement d'un conflit.

Karine Ter-Sahakian - PanArmenian.net



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