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mardi 6 septembre 2011

Haut-Karabakh : Deux poids - deux mesures

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Ce n'est pas nouveau et cela ne date pas d'hier. Que l'on soit petite, moyenne ou grande puissance, chacun voit midi à sa porte et privilégie avant tout ses intérêts. Si l'on ajoute à cela les dimensions géopolitique et géostratégique, le tableau est complet. En un mot : la realpolitik.

La realpolitik dans le Sud-Caucase consiste :

- 1- A éviter que les hydrocarbures, liquides ou gazeux, provenant de la mer Caspienne et au-delà, arrivent en Europe sans passer par la Russie, donc à coût moindre et non sujets aux aléas.

- 2- Qu'en cas de forte ‘détérioration' de la situation au Proche-Orient, l'OTAN dispose des bases nécessaires pour intervenir si besoin. Cela s'applique d'ailleurs également pour la Russie.

Ce qui implique :

- 1- De caresser les gouvernements des pays traversés par les pipe-lines, dans le sens du poil, et donc de fermer les yeux et mettre un mouchoir sur les valeurs de l'Occident : Démocratie, Liberté, Droits de l'homme, etc.

- 2- De donner raison à ces gouvernants quand ils répriment leur population qui demande justice ou leurs minorités qui demandent égalité de traitement. Sauf évidemment quand la répression devient féroce et/ou que la dite population se rebelle, alors l'Occident retourne promptement sa veste.

Les exemples récents ne manquent pas.

Dans le cas du Haut-Karabakh, déclencher une nouvelle guerre serait pour Bakou un remède pire que le mal. Le cas de la Géorgie devrait donner à réfléchir aux dirigeants azéris. Ils perdraient non seulement le Karabakh, mais également une grosse partie de la manne pétrolière.

* Brève *


Ali-Hasanov1_medium
"Les récents rapports concernant l'Azerbaïdjan publiés par Wikileaks sont mensongers et calomnieux. Se basant sur des dépêches de diplomates américains, Wikileaks diffuse des informations infondées visant à créer des tensions entre les différents Etats de la région," a déclaré le directeur du Département politique et Administration sociale du Cabinet présidentiel azéri, Ali Hasanov.

"Nous avons maintes fois réfuté ces rapports. En particulier ceux visant à détérioration les relations entre l'Azerbaïdjan et la Turquie, par la fourniture de fausses informations sur les dirigeants azerbaïdjanais et turcs, sur les relations Azerbaïdjan-Russie et Azerbaïdjan-Iran et ce en vue de les détériorer. Nous avons maintes fois réfuté et démenti ces informations. Ce sont des mensonges, spécifiquement concoctés à des fins de diffusion. Et aujourd'hui, nous sommes sûrs de cela."

Le site Wikileaks avait publié une dépêche diplomatique américaine indiquant que : "Aliev a exprimé clairement son dédain pour le gouvernement Erdogan en Turquie, soulignant la ‘naïveté' de leur politique étrangère et les échecs de leurs initiatives."

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Les élections dans les républiques séparatistes se font pour leur pays et non pour l'UE ou pour l'OTAN.

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L'élection du nouveau président de l'Abkhazie, Alexander Ankvab, a été immédiatement dénoncé par l'OTAN, par l'UE et un certain nombre d'autres structures internationales. Une régularité surprenante peut être observée dans les élections des républiques sécessionnistes de l'ex-URSS : le Haut-Karabakh, la Transnistrie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. L'Occident pratique l'auto-négation des valeurs qu'il proclame pour lui-même et déclare illégitimes des élections qui sont d'évidence plus démocratiques que ceux observés en Azerbaïdjan, en Géorgie et en Moldavie.

Le même Occident, qui au moment de la partition de la Yougoslavie, ou plutôt celle de la Serbie, a reconnu à la fois l'indépendance du Kosovo et les élections qui s'y sont déroulées. Deux poids - deux mesures, mais on a tellement parlé et écrit à ce sujet depuis les années 90 qu'il ne sert à rien de les réitérer. On ne reconnait que ce qui s'inscrit dans le cadre de la realpolitik menée aujourd'hui et en ce moment. Si la situation change, ce sera le contraire qui se produira. Le plus intéressant est le libellé qui est restée inchangé depuis 20 ans maintenant, et on dirait qu'il a été adopté au moment de l'effondrement de l'URSS et resté inchangé depuis lors.


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L'OTAN estime que les élections abkhazes pourraient avoir un effet défavorable sur la stabilité de la région. "La tenue de telles élections ne contribue pas à un règlement pacifique et durable de la situation en Géorgie. L'Alliance réaffirme son plein appui à la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues," indique le communiqué publié par son Secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen.


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Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, a déclaré pour sa part : "L'Union européenne ne reconnaît pas le cadre constitutionnel et juridique dans lequel les élections présidentielles dans la région séparatiste géorgienne d'Abkhazie ont eu lieu."

Au moment de la partition du Kosovo la même UE pour ‘certaines raisons' n'a pas du tout pensé à l'intégrité territoriale de la Serbie et l'a accusée de massacrer les musulmans. Flirter avec le monde musulman n'est pas un phénomène nouveau, que ce soit en Europe ou dans la politique mondiale, et cela remonte à l'époque de l'Empire ottoman, lorsque les États européens se sont montrés incapables de s'unir et de résister à l'invasion ottomane. Maintenant, ils essaient d'empêcher l'invasion de l'Islam de la pire façon possible - en fermant les yeux sur le nombre croissant d'immigrés et de mosquées.

Il est clair que la Géorgie est un pays chrétien, mais depuis quelques temps elle suit de plus en plus l'exemple de la politique turque, et donc, elle peut, elle aussi, compter sur la bienveillance de l'Occident. Un autre argument en faveur de la Géorgie est sa position ouvertement antirusse. Toutefois, les Européens et les Américains ont ainsi mieux exploré l'histoire de la Géorgie, qui ne s'est jamais distinguée par sa fidélité et sa constance. Maintenant que la communauté internationale a besoin des deux, Mikhaïl Saakachvili et Ilham Aliev, l'UE, l'OTAN, et même les Etats-Unis pensent que sans eux la stabilité du Sud-Caucase sera brisée. Mais en fait, ce sont eux qui créent des tensions par leurs déclarations et leurs actions provocatrices, même si à l'heure actuelle le Président de l'Azerbaïdjan est moins sujet aux mouvements impulsifs que son homologue géorgien.

Pour en revenir au sujet principal, notons que l'Abkhazie, ainsi que toutes les autres républiques autoproclamées de la CEI, tiennent des élections, mais pas dans le but être reconnu par l'UE ou par l'OTAN. Les élections sont organisées pour elles-mêmes et sont destinées à montrer à leur propre population la signification de l'indépendance (gagnée, acquise, proclamée, ou autres), tout comme cela se fait partout dans le monde. Simplement dans le reste du monde les présidents des États nouvellement créés n'ont pas le syndrome impérial soviétique et sont plus aptes à évaluer l'évolution du monde.

Pour ne pas paraître partial à l'égard du Kosovo, disons que la règle de la Mission de Droit de l'Union européenne au Kosovo (Eulex) a nommé un rapporteur spécial pour enquêter sur des allégations de trafic d'organes par l'Armée de libération du Kosovo (UCK), rapporte la BBC.

En 2010, le rapport de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe, préparé par Dick Marty, a présentés des éléments prouvant que l'UCK prélevait des organes aux prisonniers serbes capturés lors de la guerre avant de les tuer. Selon le rapport, la clinique dans laquelle étaient réalisées ces opérations était située à la frontière entre le Kosovo et l'Albanie. Marty accuse l'unité UCK dirigée par l'actuel premier ministre du Kosovo, Hashim Thaci, d'implication dans un crime organisé, englobant trafic de drogue et trafic d'organes humains. Thaci nie catégoriquement son implication dans ces crimes. Dick Marty affirme qu'il n'a jamais prétendu que Hashim Thaci était directement lié à ces crimes, mais ajoute qu'il est difficile de croire qu'il n'était pas au courant. L'avocat américain, John Clint Williamson, a été nommé procureur pour conduire l'enquête sur ces accusations.

Karine Ter-SahakianPanArmenian – Département Analyse



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