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vendredi 14 octobre 2011

Adhésion à l'UE : La Turquie a encore du chemin à parcourir

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Egemen-Bagis3_mediumTraduction Gérard Merdjanian - commentaires

Les relations entre l'UE et la Turquie n'étaient déjà pas au beau fixe, et le vent d'automne en provenance de Bruxelles n'a rien arrangé.

Les points noirs soulevés par le rapport ne sont pas nouveaux, et tournent toujours autour des mêmes sujets : mise en œuvre de la démocratie, séparation entre l'Etat et les religions, liberté d'expression, droit des minorités, et bien évidemment l'occupation militaire d'un tiers de Chypre depuis 1974, membre de l'UE de surcroit. Cela fait beaucoup pour un seul et même pays.

Ce n'est pourtant pas faute de s'être montré bon élève, en autorisant une messe annuelle dans un édifice religieux arménien rebaptisé église-musée (Sainte Croix d'Akhtamar sur le lac de Van), en acceptant de restituer des biens religieux confisqués après 1936 (quid des confiscations des biens des Arméniens par Mustapha Kemal en 1923 ?), en faisant semblant de jouer le jeu de la ratification des protocoles arméno-turcs (avec une pré-condition irréalisable), en tournant autour du pot dans le procès sur le meurtrier de Hrant Dink, etc.

Les derniers comportements d'Ankara concernant Israël et son voisin direct, la Syrie, n'ont pas contribué à améliorer son image de marque auprès de l'UE. Si Monsieur Bagis pense qu'il y a du ‘floue' dans le travail photographique de l'UE, la faute n'en incombe pas au ‘fixateur' de la Commission européenne mais au ‘révélateur' utilisé par la Turquie. A force de regarder par le gros bout de la lorgnette, on finit par ne plus voir ses propres détails.

Quant aux propos de Nicolas Sarkozy sur la reconnaissance du génocide arménien par son auteur, tous les Français ne sont pas ‘Loti' à la même enseigne, comme dirait Pierre.



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La Turquie a comparé le rapport annuel de la Commission européenne sur ses perspectives d'entrée dans l'UE à une "caméra" qui se focalise sur de nombreuses régions du pays, et a exhorté Bruxelles à ‘changer de lentille.'

"Il y a des points positifs et des points négatifs. Je pense qu'il est temps pour l'Europe de changer la lentille, car certaines images sont floues, il est nécessaire de mieux se concentrer et à certains endroits le zoomé ne correspond pas au lieu. (…) Mais cela reste un rapport, juste un rapport." a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Egemen Bagis.
Dans les points négatifs, le ministre a relevé que : ‘l'attitude du gouvernement envers les minorités n'était pas acceptable'. "Le rapport indique que l'attitude du gouvernement turc envers ses minorités a été restreinte. Je récuse totalement cela. Aucun autre gouvernement dans l'histoire de la Turquie n'a fait autant que le notre pour venir en aide aux problèmes des minorités."
Concernant la liberté d'expression et l'arrestation de journalistes, Bagis a précisé : "Personne n'a été arrêté en Turquie en tant que journaliste, mais être journaliste ne donne pas non plus l'immunité aux personnes. Etre membre de médias n'est pas un crime en Turquie. Il y a des centaines et des milliers de journalistes, ils travaillent conformément aux droits et aux responsabilités de leur profession, mais si une personne, qui se trouve être un journaliste, est impliquée dans des activités illégales, le fait qu'il ou elle soit un journaliste ne lui confère pas l'immunité."
La Commission européenne a notamment critiqué Ankara pour l'absence de progrès dans la normalisation de ses relations avec Chypre. La Turquie a menacé de geler les relations avec l'UE si Chypre prend la présidence tournante de l'UE en Juillet 2012. Bagis a indiqué : "Chypre est utilisé comme un cheval de Troie par Israël ainsi que par certains cercles au sein de l'UE. Nous n'avons ouvert aucun nouveau chapitre depuis plus d'un an maintenant et ce ne serait pas la fin du monde si nous n'en ouvrons pas durant les six mois de leur soi-disant présidence. (…) Mais j'espère sincèrement que l'ile sera réunifiée et que nous serons en mesure de faire progresser les relations Turquie-UE sous la présidence des Etats-Unis de Chypre."
Interrogé pour savoir si la Turquie quitterait la table des négociations si aucune solution n'est trouvée, le ministre a répondu : "Non, certainement pas. Ce fut par une décision unanime du Conseil que les négociations ont commencé, et seulement par une décision unanime du Conseil qu'il sera mis fin aux négociations."
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Le Premier ministre turc, à son tour, a mis en doute "l'honnêteté politique" et a blâmé l'appel du président Nicolas Sarkozy pour qu'Ankara reconnaisse le génocide arménien.
Recep Tayyip Erdogan a fortement critiqué Sarkozy pour "l'utilisation de différents langages quand il parle en Turquie, en France ou Arménie". "Ce n'est pas un leadership politique. La politique exige, avant tout, de l'honnêteté."
Erdogan a accusé le leader français de faire des "investissements électifs", liés à l'élection présidentielle française de l'an prochain. "Il y a 600.000 Arméniens dans votre pays mais aussi 500.000 Turcs. Vous avez aussi des relations avec la Turquie. Un homme d'Etat doit penser aux prochaines générations, et non pas aux prochaines élections", a-t-il déclaré.
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Selon le ministre turc de la Défense, Ismet Yilmaz, en visite à Bakou, le règlement du conflit du Karabakh sur la base du droit international et les décisions des organisations internationales doivent garantir la paix dans la région. "Le conflit du Karabakh est un gros obstacle à la sécurité, la stabilité et au développement de la région."
"L'un des principaux objectifs de la Turquie est une paix durable dans la région et la promotion de la confiance entre les peuples. Ankara apporte tout son soutien politique et diplomatique à l'Azerbaïdjan dans les organisations internationales. La Turquie ne négligera aucun effort pour soutenir l'Azerbaïdjan sur ce problème. Notre président et le Premier ministre ont également déclaré cela lors de leurs visites à Bakou. Nous surveillons de près l'activité du Groupe de Minsk de l'OSCE. Nous espérons que l'activité des pays coprésidents - Etats-Unis, France et Russie – s'intensifiera dans un proche avenir. L'Azerbaïdjan et l'Arménie sont in fine les seuls à pouvoir mettre un terme au conflit," a souligné le Général Yilmaz.
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* Brève européenne *

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"Plus de 20 ans après le conflit du Karabakh, les réfugiés sont ceux qui souffrent le plus dans ce contexte d'incertitude. Il est important de régler le conflit maintenant, les deux côtés doivent trouver un compromis," a déclaré l'ancien président de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE, Goran Lennmarker.
"La question du statut final du Haut-Karabakh devrait être laissée pour l'avenir. Suivant l'expérience européenne, un statut provisoire doit d'abord être trouvé, suivi par un statut définitif. Il est impossible de résoudre simultanément plusieurs problèmes. Les parties doivent faire preuve de volonté politique."
"En 2008, le président arménien Serge Sarkissian était proche d'une résolution alors que les discussions allaient bon train concernant la frontière arméno-turque. Toutefois, la diaspora arménienne a interrompu le processus. L'ouverture de la frontière arméno-turque pourrait avoir un effet positif sur le règlement du Karabakh", a-t-il souligné.
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* Brèves Karabakh *

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"Les déclarations du ministre des Affaires étrangères azerbaïdjanais, Elmar Mammadyarov, suggérant des discussions en cours sur le déploiement de casques bleus dans la zone du conflit du Karabakh sont fausses. Ces déclarations sont un PR noir," a déclaré le chef du département central d'information du Bureau du Président de la RHK, David Babayan.
"L'Artsakh n'est pas contre un déploiement des Casques bleus, mais encore faudrait-il que l'Artsakh et l'Azerbaïdjan aient réglé leurs relations, que la frontière entre les deux républiques soit établie, ce qui sous-entend que Bakou reconnaisse l'indépendance de la RHK. C'est seulement dans ce cas que les discussions pourront porter sur le déploiement d'une mission de maintien de la paix," a-t-il souligné.
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L'Azerbaïdjan a lancé les travaux de construction d'un mur de 700 mètres de long mur et d'une hauteur de trois mètres, à Ota Gerbend, le village voisin de Chyragly de la région d'Aghdam, jouxtant Mardakert. Il longera la ligne de contact reliant Karavand à Tartar. L'Azerbaïdjan affirme que le mur doit protéger des tirs du côté arménien. La longueur définitive devrait atteindre 2500m.

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L'ex-ministre des Affaires étrangères du Haut-Karabakh, Armand Melikian, a déclaré : "ils dépensent des sommes énormes pour leur propagande, et certaines personnes tirent bénéfices de cette situation. Ils suivent l'exemple d'Israël, qui a tenté de délimiter sa frontière avec les colonies palestiniennes en construisant un mur."
L'un des motifs invoqués par les médias azerbaïdjanais, est d'éviter qu'un nouvel assassinat se produise, comme celui du petit garçon de 8 ans, démenti catégoriquement par les Arméniens, preuves à l'appui. A noter les déclarations des responsables de l'Armée de Défense de la RHK sur le fait que le Haut-Karabakh est prêt à fournir toute l'assistance à la construction de ce mur. "Pourquoi se limiter uniquement à un tronçon de 700 mètres, autant construire un mur sur toute la longueur de la ligne de contact, ainsi chacun sera protégé de l'autre", a ajouté Melikian.
"Cela dit, il serait moins coûteux pour l'Azerbaïdjan de retirer ses tireurs d'élite de la ligne de contact. Cependant, ils refusent de le faire, malgré les appels du groupe de Minsk de l'OSCE. En résumé, s'ils veulent dépenser leurs pétrole-dollars à la construction d'un mur, qu'ils le fassent."
Le porte-parole du président Bako Sahakian, David Babayan, a surenchéri : "Dans un certain sens la construction du mur est la bienvenue, elle définira ainsi la frontière du Haut-Karabakh."
"La construction du mur est une tentative de Bakou afin de promouvoir la propagande anti-arménienne, en vue de protéger son peuple des tribus barbares, de plus, l'Azerbaïdjan passera pour une victime. Une autre raison serait de cacher ses snipers. Les Azéris continueront probablement de violer cessez-le-feu, et si l'Artsakh cherche à détruire le mur pour se protéger, Bakou déclarera rapidement que la RHK est un agresseur," a-t-il ajouté.
L'Azerbaïdjan avait envisagé depuis 2006 la construction d'un mur "pour se protéger des tireurs d'élite arménienne".
Comme l'écrit ‘Nezavissimaïa gazeta' : "il est toujours possible de construire un mur, mais ni la Grande Muraille de Chine, ni le Mur de Berlin n'ont résisté à l'épreuve du temps."
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* Brève US *
L'ambassadeur américain en Azerbaïdjan, Matthew Bryza, a refusé de commenter le fait que Nicolas Sarkozy ne se soit pas rendu à ‘Shahid Alley', alors qu'il a déposé une couronne au Mémorial du Génocide à Erevan, vu que le président Sarkozy n'est ni un ambassadeur français, ni l'un des médiateurs du groupe de Minsk de l'OSCE.
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* Le coin des experts *

* Andreï Areshev

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Un expert à l'Institut d'Etudes Politiques et Sociales de la mer Noire et de la mer Caspienne, Andreï Areshev, pense que la visite du président Nicolas Sarkozy au Sud-Caucase a équilibré les priorités de l'Occident dans la région.
"Jusqu'à récemment, la coopération avec Bakou était axée essentiellement sur les projets énergétiques de l'UE avec l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Maintenant, il devient évident que l'Arménie est également importante pour l'Occident comme une dimension politique dans le contexte du rôle croissant de la Turquie dans la région. L'Occident est susceptible de continuer d'appliquer différentes combinaisons politiques poursuivant des objectifs tactiques et stratégiques pour sécuriser les corridors de communication fiables grâce à l'Asie centrale.
"Cependant, les événements en Libye et surtout en Syrie, où les enjeux occidentaux sur les forces radicales islamiques, peuvent être fatales pour la population chrétienne, spécialement pour la communauté arménienne. Ainsi, une question subsiste : ce que fait M. Sarkozy, qui peut paraitre attrayant pour la diaspora arménienne, quel impact cela aura-t-il le sort de dizaines de milliers d'Arméniens (et les autres chrétiens) du Moyen-Orient ? Qu'en est-il du sort de ces personnes, qui ont déjà été victimes de la politique aventuriste des Etats-Unis et la France ? En ont-ils discuté lors de sa visite en Arménie ?" a souligné l'expert.
* Artak Chakarian

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"Le 24 avril 2015 est une idée fixe pour la Turquie, qui ne ménagera pas ses efforts pour distraire l'attention de la communauté internationale à l'approche du 100e anniversaire du génocide arménien. La Turquie fera de son maximum pour remplir le champ des informations « d'émotions positives ». En outre, des offices religieux se dérouleront dans église Sainte-Croix d'Akhtamar (sur le lac de Van) et un vol Erevan-Van sera peut-être inauguré," a déclaré Artak Chakarian.
Il a également indiqué que les États-Unis pousseront au développement d'un projet ferroviaire Kars-Gumri, qui peut se prolonger vers le Nakhitchevan. Projet qui risque fort de faire face au refus catégorique de l'Azerbaïdjan.
Il n'a pas exclu non plus que : "la Turquie peut même ouvrir la frontière avec l'Arménie à la veille du 100e anniversaire du génocide, et la refermer de suite après.
Concernant la Syrie, elle ne se lancera pas dans une guerre, cependant, une opération spéciale visant à renverser le régime de Bachar al-Assad n'est pas à exclure. Toutefois, Ankara aura recours à cette mesure qu'avec le soutien de l'OTAN et l'approbation du monde arabe.
Evincer l'Iran hors de la région, accroître son influence en Syrie, avec l'arrivée au pouvoir de l'opposition, sont parmi ses principaux objectifs. La réponse de l'Iran risque d'être rude, mais Téhéran ne se lancera jamais dans une confrontation ouverte, sans être sûr du soutien des militants kurdes, au mieux," a conclu Chakarian.
Sur la visite de deux jours du président Nicolas Sarkozy à Erevan, il estime que : "Cette visite a simplement souligné les liens amicaux entre l'Arménie et la France. Monsieur Sarkozy n'a fait aucun commentaire nouveau que ce soit sur le génocide ou sur le conflit du Karabakh. L'Europe et par conséquent la France, sont incapables de contribuer au règlement du conflit du Karabakh, à la normalisation des relations arméno-turques, pas plus qu'influer positivement sur la situation militaire et/ou politique dans la région."
Commentant la réponse de la Turquie sur l'exhortation du président français à ce que ce pays se réconcilie avec son passé, l'expert a cité Davutoglu, qui a rappelé à la France son histoire coloniale. "Ce qui prouve que la Turquie est incapable de répondre de manière civilisée," a souligné Chakarian.
* Ruben Melkonian

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Ouverture de la frontière avec la Turquie a toujours été sur l'agenda de la politique étrangère de l'Arménie et les protocoles sont apparus comme être l'étape la plus sérieuse en vue de cet objectif. Leur échec a été un coup dur pour la diplomatie turque vis-à-vis de la communauté internationale, en particulier des Etats-Unis, de la Russie ou de l'UE, qui ont accusé Ankara d'être un partenaire irresponsable et non constructif", a déclaré Ruben Melkonian.
Selon lui, la politique du "zéro problème avec les voisins" a échoué. "D'ailleurs, les appels d'Ankara pour la formation d'une Commission d'historiens a provoqué une scission parmi les intellectuels turcs, dont certains ne soutiennent pas la position de leur gouvernement sur le génocide arménien."
Melkonian pense également que malgré la volonté présumée de la Turquie à normaliser ses relations avec l'Arménie, le pays n'est pas intéressé par ce sujet. "Si les protocoles avaient été bénéfiques pour la Turquie, ils auraient été ratifiés depuis longtemps par le Parlement. Même si l'Arménie devait retirer sa signature des protocoles, la communauté internationale en ferait le reproche à Ankara."
Selon l'expert, les déclarations du président Nicolas Sarkozy ont prouvé que toute démarche difficile de l'Arménie ne serait pas forcément condamnée.
"Les protocoles ne peuvent pas rester gelés éternellement. Toutefois, ce n'est pas le moment de reprendre sa signature, avec une communauté internationale qui se concentre essentiellement sur les problèmes du Moyen-Orient. Actuellement, le statuquo de l'Arménie est un avantage."
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Extrait de PanArmenian.net


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