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samedi 15 octobre 2011

La Turquie de nouveau sur la sellette

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Gabriela-Knaul1_maxiDe même que les Ides de Mars furent néfastes à Jules César, celles d'Octobre risquent de l'être pour la Turquie. Après les remontrances de l'UE, voici celles du Rapporteur de l'ONU. Même si les stylets utilisés ne sont pas les mêmes, ils blessent profondément l'orgueil de la Turquie, qui comme on le sait, est très pointilleuse sur ce point.

L'homme malade de l'Europe n'en finit pas de guérir. Ce n'est pourtant pas les médications qui ont manqué. Après avoir modifié sa Constitution, son Code pénal, après que l'UE ait dépensé des millions pour former les juges et les procureurs aux méthodes européennes, l'atavisme séculaire a repris le dessus.

Les mesurettes mises en place n'ont trompé personne : Les libertés continuent d'être bafouées comme avant, les avantages octroyés généreusement aux minorités restent des coquilles vides, quand un Kurde parle de liberté il est assimilé à un terroriste, et traiter quelqu'un « d'Arménien » reste toujours une injure.

Les dirigeants turcs veulent aller de l'avant et refusent catégoriquement de regarder derrière, de regarder ce que leurs ancêtres on fait. Triturer l'Histoire ne change rien aux faits, et vouloir adhérer à l'UE avec un tel poids derrière soi, c'est comme vouloir gagner une course hippique avec un jockey de 100kg.



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Faisant suite au rapport critique de l'Union européenne, le rapporteur de l'ONU, Gabriela Knaul, a dévoilé un large éventail de pratiques des tribunaux spéciaux turcs ainsi que des restrictions à la liberté d'expression.
"Je suis particulièrement préoccupée par le manque de respect des garanties procédurales fondamentales, notamment sur les restrictions des droits de la défense en cas d'accusations liées au terrorisme, traitées par les tribunaux spéciaux," a déclaré Mme Knaul, Rapporteur spécial de l'ONU sur l'indépendance des juges et des procureurs, à l'issue d'une visite de cinq jours en Turquie.
Notamment, sur des restrictions au droit d'un suspect de contacter un avocat, des garde-à-vues prolongées, des périodes de détention provisoire, ainsi que l'utilisation courante de témoins secrets.
Selon le Rapporteur, les avocats ont des difficultés à exercer correctement leur travail, portant sur des limitations d'accès aux fichiers, sur la non-divulgation de preuves et sur les délais pour contacter leurs clients. "Tout ce qui précède n'est pas conforme aux normes internationales."
Mme Knaul ne donne pas de noms, mais lorsqu'on lui demande si sa critique porte également sur l'arrestation de journalistes, elle indique : "C'est lié à la liberté d'expression en générale. Le pouvoir judiciaire doit bien analyser les cas et sans aucun préjudice en prenant en considération le rôle des journalistes dans la société actuelle."
Et de préciser : "les réformes constitutionnelles de l'an dernier, avaient donné plus de pouvoir au Conseil Supérieur des Juges et des Procureurs (HSYK), mais la proéminence du ministre de la Justice avec son pouvoir d'approuver ou non les enquêtes, pose problème."
Elle a également ajouté que beaucoup de juges et de procureurs s'étaient plaints d'avoir été déplacés et/ou d'avoir du changer de fonction, tandis que d'autres avaient été remplacés alors qu'ils enquêtaient sur des affaires délicates, et parmi eux, ceux à haut profil.
La charge de travail des juges et des procureurs est un autre domaine de préoccupation comme cause principale des retards dans les procédures. "Une justice différée est une justice refusée," a-t-elle souligné.
Gabriela Knaul prépare pour 2012 un rapport sur ses conclusions et préconisations.
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* Brève Uruguay *

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Récemment, Diego Karamanoukian membre du Comité central d'Uruguay du parti social-démocrate Henchakian (SDHP) et son collègue Louis Aprazyan, Président du Comité exécutif, ont rencontré le sénateur uruguayen Michelini Rafael. La discussion a porté sur le projet de loi de Michelini d'inclure dans les dépenses du budget d'État la création d'un musée du génocide arménien, dans un immeuble alloué par l'Etat.
Le projet de loi vise à faire connaître et informer le public sur le crime horrible de génocide commis contre le peuple arménien en 1915. Le musée présentera également des informations historiques et culturelles sur la communauté arménienne d'Uruguay.
Le sénateur Michelini a informé les membres du SDHP que toutes les factions politiques au sein du Parlement avaient donné leur consentement préalable au projet de loi, ouvrant ainsi la voie à un vote prochainement à l'Assemblée Générale.
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* Brèves azéries *

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Une soixantaine de drones doivent être livrés aux forces armées de l'Azerbaïdjan d'ici la fin de l'année, principalement pour des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.
Ces drones sont construits sous licence israélienne. Environ 70% des composants sont fabriqués en Israël, le reste en l'Azerbaïdjan.
Le ministre azéri de l'Industrie de Défense, Yavar Jamalov, a déclaré que Bakou envisage la production de drones armés de missiles dans les deux prochaines années.
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Le ministre de l'Intérieur azerbaidjanais, le général-colonel Ramil Usubov, se trouve à Erevan pour assister au Conseil de ministres de l'Intérieur de la CEI.

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L'Organisation de Libération du Karabakh (KLO) a fermement condamné le déplacement du ministre de l'Intérieur, l'accusant de trahir les intérêts nationaux.
"Rien ne peut justifier le fait que Ramil Usubov piétine le sang de nos martyrs. Usubov va quitter son bureau mais aussi la vie, mais ce geste le marquera lui et ses descendants. Nous inscrivons le nom de Usubov sur la liste noire et le maudissons face aux âmes de nos martyrs."
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* Brève russe *

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Le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexander Lukashevich, a commenté la déclaration de son homologue azerbaïdjanais qui soulignait que les liens Russie-Arménie perturbent la stabilité régionale. "Je suis en total désaccord avec cette opinion. La Russie est très intéressée par la préservation de la paix et de la stabilité dans la région. Elle s'appuie pour ce faire sur ses relations avec les deux Etats ainsi que sur les efforts de médiation dans le cadre du processus de règlement du conflit du Karabakh."
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* Le coin des experts *

* Hrant Melik-Chahnazarian

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"L'Azerbaïdjan a compris, en voyant la parade militaire du 21 Septembre à Erevan qu'il avait peu chance de vaincre l'Arménie et a donc décidé d'arrêter sa rhétorique militaire, pour jeter le blâme sur l'instabilité à la frontière du côté arménien. L'initiative de construire un mur sur la ligne de contact s'inscrit également dans ce cadre," a déclaré le politologue Hrant Melik-Chahnazarian.
Selon lui, même les organisations internationales, qui soutiennent traditionnellement l'Azerbaïdjan, sont fatiguées de sa rhétorique militaire.
Le politologue pense que si Vladimir Poutine revient au pouvoir, la Russie cessera de faire pression sur les parties en conflit, pour trouver une solution rapide au problème. La Russie a suffisamment de problèmes avec l'Ukraine et l'Afghanistan et sa politique étrangère sera axée là-dessus, il est également probable que la France, et donc l'UE, reprenne le rôle moteur de médiateur.
L'analyste considère les accusant de l'Azerbaïdjan contre la Russie et l'OSCE d'avoir une position pro-arménienne comme étant la suite du défilé militaire lors du 20e anniversaire de l'indépendance de l'Arménie.
"Pour justifier les menaces d'une nouvelle guerre, l'Azerbaïdjan a commencé à accuser l'Arménie d'acheter des armes en vrac. Si ces accusations se poursuivent, l'Europe peut réellement croire que l'Arménie se prépare à une guerre."
(…)
"Si l'Arménie et l'Artsakh lancent le processus de reconnaissance de la RHK, ils auront certainement plus de chance de réussir que la Russie avec la reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Si le processus démarre, environ 30 pays pourraient la reconnaître, et préciser le temps venu son statut. L'Arménie a la capacité de réaliser cela dans des délais brefs."
On se souvient qu'après la déclaration du ministre uruguayen des Affaires étrangères, Luis Almagro, suggérant que son pays était prêt à reconnaître la RHK, - "Je suis personnellement convaincu que le Haut-Karabakh fait partie de l'Arménie historique et qu'il doit être indépendant et rapidement être unifié avec l'Arménie. C'est la seule solution au conflit." - l'Azerbaïdjan a tenté de soudoyer les dirigeants de l'Uruguay pour empêcher la reconnaissance. Il utilise une méthode identique à celle de la Turquie quand un pays déclare vouloir reconnaître le génocide arménien.
(…)
Concernant la France, il reste sceptique quant à sa capacité à réussir dans le règlement du conflit, ce qui implique que le processus va traîner pendant une longue période.
"L'Arménie doit repeupler les territoires libérés dès que possible. Cela fait 20 ans que le processus est en cours, toutefois, si la résolution traîne encore, il n'est pas trop tard pour repeupler la zone."
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* Andreï Yepifantsev

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Le politologue russe Andreï Yepifantsev s'attend à ce que Moscou soit moins actif dans le processus de règlement du conflit Karabakh, vu que la médiation russe s'est avérée inefficace.
" Ni l'Arménie ni l'Azerbaïdjan ne sont prêts à des concessions mutuelles, alors que toute réussite n'est possible que sur la base de fortes concessions par les deux parties."
Le retour de Vladimir Poutine au Kremlin l'année prochaine n'affectera pas les relations de la Russie avec les deux pays.
Concernant les relations russo-turques, il estime que : "certains intérêts de Moscou et Ankara se chevauchent, mais cet accord ne durera pas éternellement ni sur toutes les questions. Nos pays restent des rivaux au sens global du terme et ont des divergences, notamment sur le Haut-Karabakh ou de la politique énergétique. Je pense que le rapprochement russo-turc des années 1920 est impossible."
Yepifantsev pense qu'en cas d'agression éventuelle américaine contre l'Iran, cela va totalement chambouler le paysage de la région. "Si les Etats-Unis prennent le contrôle sur l'Iran, comme en Irak, alors Washington prendra également le contrôle du dernier ‘secteur libre' de la frontière arménienne, augmentant ainsi la pression économique sur l'Arménie. Cela faussera l'équilibre de la région en faveur de Washington."
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Extrait de Radiolour et de PanArmenian.net


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