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vendredi 28 octobre 2011

L’Azerbaïdjan réactive ses lubies



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Mettant en pratique les préconisations du Mouvement Européen International, il y a une semaine à Erevan, sur la nécessité de rapprocher les sociétés civiles des différents pays en parallèle et/ou en complément aux actions politiques, Richard Guiragossian œuvre dans ce sens depuis quelques années.

S’il a réussi peu ou prou à rencontrer des politiciens turcs, à entretenir des liens avec nombre d’intellectuels du pays, et échanger sur les différends arméno-turcs, il en va différemment avec les Azerbaidjanais qui restent sous l’influence de leurs dirigeants et surtout des extrémistes qui jettent l’anathème et black-listent les personnes en contact avec des Arméniens, officiels ou non.

La chape de plomb posée par Bakou sur l’Arménie verrouille toute les bonnes volontés, surtout celles susceptibles d’émaner du monde musulman en instrumentalisant l’OCI et obligeant ces deniers à voter des motions contre l’Arménie. Bakou utilise toutes les tribunes qui s’offrent à lui, que ce soit à l’ONU, à l’UNESCO, à l’OSCE, au CoE, ou dans les assemblées parlementaires, ou parlements, pour dénigrer l’Arménie en déformant la réalité ou en avançant des contre-vérités.

Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Le plus visible et probablement le plus ancien, est la Turquie qui en contradiction avec sa politique du ‘zéro problème avec les voisins’ et du processus de normalisation des relations avec Erevan, maintient son blocus de l’Arménie et sert de porte-voix aux Azéris. Le plus récent (hier) est l’accusation par l’Azerbaïdjan de l’Arménie comme ‘Etat destructeur de patrimoine religieux’ devant l’UNESCO - "L’hôpital qui se moque de la charité !".

A noter, que la majorité des analystes et des politologues, arméniens ou autres, pense que l’élection de l’Azerbaïdjan au Conseil de sécurité de l’ONU n’aura pas d’incidence majeure sur le déroulement du processus de négociations de paix. Il y a suffisamment de sujets épineux à traiter à travers le monde, qu’il n’y a pas urgence à ajouter celui du Karabakh, d’autant  qu’il est en cours de traitement par une autre organisation internationale : le groupe de Minsk de l’OSCE. Ce qui bien sûr n’empêche pas l’Arménie de rester vigilent.


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* Le coin des experts *

* Richard Guiragossian

"L'Arménie est maintenant dans une position avantageuse aux yeux de la communauté internationale en ce qui concerne les relations arméno-turques et le processus de règlement du Karabakh," a déclaré le directeur du Centre de recherche régional, Richard Guiragossian.

Selon lui, la Turquie a bouleversé le processus de réconciliation turco-arménien, et c’est l'Azerbaïdjan qui a empêché tout progrès à la réunion trilatérale de Kazan.

"A Kazan, l'Azerbaïdjan a échoué à répondre aux attentes du Président Medvedev et des coprésidents du Groupe de Minsk. Cela a mis la politique étrangère arménienne dans une meilleure position concernant le Haut-Karabakh. Le défi pour le gouvernement arménien consiste à maintenir et à exploiter cet avantage stratégique. C’est pourquoi, la politique étrangère arménienne doit continuer à être plus active que réactive," a-t-il ajouté.

Richard Guiragossian ne se contente pas seulement d’analyser mais essaie de contribuer à l'établissement d'un dialogue arméno-azerbaïdjanais ainsi qu’un dialogue arméno-turc. Il a participé à une conférence sur le sujet à Washington, et va assister à un autre forum à Istanbul.

S'exprimant sur les relations arméno-turques, le politologue a déclaré: "L'Arménie a été très rapide à offrir une assistance humanitaire à la Turquie suite au tremblement de terre dans la région de Van. Il est intéressant de constater que la Turquie a commencé par refuser toute aide internationale, sauf de celle de l'Azerbaïdjan. [ndlt : Maintenant elle accepte les aides étrangères, y compris celle d’Israël]. Cela démontre également que l'Arménie est prête, et tout à fait disposée à avoir une stature d'Etat dans ce processus, mais pour être honnête, l'Arménie ne peut faire qu’avec ses moyens,  parce que nous attendons tous que la Turquie bouge. "

Concernant l’élection de l'Azerbaïdjan au Conseil de sécurité de l'ONU, Richard Guiragossian a indiqué : "Ce n'est pas une menace pour l'Arménie. Toutefois, les autorités arméniennes se doivent d'intensifier l'activité diplomatique dans les institutions internationales. Il est peu probable que Bakou puisse amener le débat sur le Karabakh car cela mettrait en porte-à-faux les pays coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, lesquels n’accepteront pas l’ingérence de l’ONU dans ce processus."

* Yervant Bozoyan

Pour la première fois de son histoire, l'Azerbaïdjan a été élu le 24 Octobre dernier pour deux ans, membre non-permanent du Conseil de sécurité de l'ONU. De suite, Bakou a déjà déclaré qu'il va utiliser cette situation pour demander à ce que le conflit du Karabakh soit résolu avec la restitution des soi-disant "territoires occupés". Les ministères des Affaires étrangères américain et russe ont félicité l'Azerbaïdjan, l'Arménie pour sa part, n'a pas fait de commentaires.

"Il n’y a pas de quoi faire un drame, car les possibilités de l'Azerbaïdjan sont limitées. Aucun des pays coprésidents ne souhaite que le format des négociations ne change et ne voit aucune alternative au Groupe de Minsk de l'OSCE. Ce qui n’empêchera pas qu'il y ait de nouveaux troubles au cours des deux prochaines années, et l'Arménie devra assumer une politique étrangère plus active pour résister à ces défis. Elle doit avoir une feuille de route claire concernant sa politique étrangère," a déclaré le politologue Yervant Bozoyan.

* Artak Zakarian

"Je pense que l'Azerbaïdjan ne parviendra à prouver qu'une telle responsabilité lui soit confiée. Car c’est un pays qui est loin de la démocratie et loin d’avoir la capacité de contribuer à la paix régionale et encore moins à la sécurité mondiale, un pays, dont la propagande est focalisée sur la diffusion de la haine et de l'intolérance. L'Azerbaïdjan a un point de vue sur l'intégrité territoriale qui lui est propre, et qui diffère de celui du reste des 193 pays de l’Organisation," a déclaré le député républicain, Artak Zakarian.

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* Brève suédoise *


La communauté arménienne de Suède a réussi à bloquer au Parlement les efforts azéris sur un projet de résolution sur le Karabakh, préparé par le parlementaire Mehmet Kaplan en vue d’informer ses collègues suédois sur les ‘réalités’.

La communauté arménienne de Suède a envoyé une lettre au Parlement demandant d'annuler les discussions au motif que le contenu du projet azéri se base sur de faux rapports sur les réfugiés, sur des contrevérités au sujet des événements de Khojaly, et que tout cela consiste de la part de l’Azerbaïdjan à falsifier l'histoire tout en continuant la propagande anti-arménienne.

S'adressant à un rassemblement du Congrès des Azerbaïdjanais de Suède, M. Kaplan a déclaré que ses efforts au parlement étaient motivés par les rapports des médias suédois après la réunion trilatérale de Kazan de Juin dernier. Il a affirmé que des médias ont présenté de façon "incorrecte" l’information stipulant que l'Azerbaïdjan voulait résoudre le conflit par des moyens militaires.

* Brève européenne *

"Le Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Catherine Ashton, visitera l'Arménie fin novembre," a indiqué le négociateur en chef pour l'Accord d'association UE-Arménie, Gunnar Wiegand.



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