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vendredi 18 novembre 2011

Catherine Ashton en Arménie


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Comme je l’indiquais dans mon précédent commentaire, autant l’UE est démunie face à la résolution du conflit du Karabakh, autant elle peut apporter beaucoup à l’Arménie tant sur le plan intérieur qu’extérieur.

En politique intérieure elle agit depuis des années à travers ses programmes par la Politique Européenne de Voisinage mise en œuvre depuis 2004, s’appuyant sur des Plans d’Actions (2006) et des Accords de partenariat et de coopération avec une quinzaine de pays (1), complétée en 2009 par le Partenariat Oriental avec six pays (2). En plus de subventionner des actions ciblées, l’UE apporte aide, assistance et conseil sur nombres de sujets touchant aux valeurs européennes de démocratie, de liberté collective ou individuelle, de droits de l’homme. Et il reste encore beaucoup à faire, hélas.

En politique extérieure, si elle ne peut pas concurrencer directement l’influence des Etats-Unis dans la région ou pire celle de la Russie sur le Sud-Caucase, elle peut par ses prises de positions influer sur la politique de certains Etats.
Ainsi, sur les deux processus qui concentrent une grande partie de l’attention la diplomatie arménienne, à savoir les négociations de paix avec l’Azerbaïdjan et la normalisation des relations avec la Turquie, plutôt que valider automatiquement les prises de positions des uns et des autres en avançant des banalités du style "mieux vaut la paix que la guerre" ou "regardons l’avenir plutôt que s’appesantir sur le passé", les représentants des peuples que sont les eurodéputés peuvent dans le cadre du Parlement Européen mettre le doigt là où cela fait mal et tancer clairement certains Etats. Comportement que les technocrates de Bruxelles, Commissaires en tête, n’ont jamais fait et ne feront jamais, habitués qu’ils sont à caresser tout le monde dans le sens du poil, mauvais élèves compris. La méthode Coué ne s’applique forcement au niveau des Etats.

Parler du négationnisme d’Etat, érigé en dogme en Turquie, ou de l’intangibilité des frontières, érigé en dogme en Azerbaïdjan, indisposerait sûrement certains. A vouloir satisfaire tout le monde, l’UE a fini par perdre sa crédibilité dans ce domaine. Dommage.


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Le président Serge Sarkissian a reçu Catherine Ashton, le Haut Représentant de l'UE chargé des Affaires étrangères et de la politique de sécurité, qui est arrivé en Arménie dans le cadre d'une visite régionale.

Le Président a indiqué que l'Arménie attachait une grande importance à l'approfondissement renforcé et cohérent des relations avec l'Union européenne. Il s’est dit satisfait du récent dialogue avec les collègues de l'UE, et qui est devenu plus dynamique dans un cadre bilatéral aussi bien que multilatéral.

La réunion avec Mme Ashton, qui s'est tenue à Varsovie en marge du deuxième Sommet du Partenariat oriental, a fourni une bonne occasion d'échanger leurs vues sur les mesures à venir et de déterminer des domaines de coopération. Notant que le développement des relations Arménie-UE est un processus de coopération en expansion fondé sur des valeurs communes, le Président a déclaré : "Notre objectif est précis et nous l'avons déclaré à maintes reprises que nous voyons l'avenir de l'Arménie comme un pays prospère construit selon les normes européennes, et nous suivons ce chemin avec constance."

Catherine Ashton a constaté les progrès réalisés dans les relations bilatérales UE-Arménie. Elle a souligné l'importance de renforcer ces relations et a salué les travaux visant à l'approfondissement de la coopération bilatérale. "J'apprécie et remercie tous ceux dont l'enthousiasme a fait que le progrès a été possible."

La discussion a également porté sur les réformes menées en Arménie, avec une évaluation comme partie de la coopération avec l'Union européenne, ainsi que sur les questions régionales.

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Le ministre arménien des Affaires étrangères Edouard Nalbandian a rencontré à son tour le Haut Représentant. L’euro-intégration est l'une des grandes orientations de la politique étrangère arménienne a déclaré le ministre et il a assuré que la visite de Mme Ashton va générer un nouveau stimulus pour les relations Arménie-UE. "Nos sociétés ont les mêmes valeurs, c'est pourquoi nous nous efforçons de mener les réformes suivant les normes européennes."

Catherine Ashton l’a remercié et a indiqué que les relations avec l'Arménie se déroulent  normalement et que l’UE continuera d’apporter son soutien pour les réformes et les évolutions.

Sur la demande de son hôte, le ministre a présenté les derniers développements du processus de règlement du conflit du Karabakh. Mme Ashton a indiqué que l'UE était prête à aider le groupe de Minsk de l'OSCE.

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Au sortir de la réunion, une conférence de presse conjointe a eu lieu.

"Ce ne sera pas ma dernière visite. Je suis heureuse des progrès réalisés dans les relations bilatérales. Je pense que nous avons réellement enregistré un grand progrès dans le renforcement de ces relations ", a-t-elle indiqué lors de la conférence.

"Dès le début il était prévu que le processus traite de la facilitation du régime des visas et du libre-échange,  mais il existe de nombreuses questions de nature technique. Depuis les deux dernières années les Hauts fonctionnaires de l'UE affirment qu'ils vont bientôt les lancer. Il ne s'agit pas de pro-action. Il faut juste s’assurer que toutes les conditions préalables sont remplies et tout faire d'une manière appropriée. Je suis convaincue qu’on y verra plus clair dans un proche avenir," a-t-elle souligné.

Le ministre a déclaré de son côté, qu’à de nombreuses occasions il avait rencontré Mme Ashton dans les capitales européennes et qu’il était très heureux de l'accueillir pour sa première venue à Erevan. "Nous sommes heureux que les relations entre l'Arménie et l'UE se développent de façon dynamique. Ces relations sont basées sur un même système de valeurs," a-t-il souligné.

Dans une semaine, le conseil de coopération UE-Arménie aura lieu à Bruxelles où l’on discutera des étapes vers un renforcement des relations Arménie-UE. Pour le ministre, ces relations se développent vraiment activement.

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Le Premier ministre arménien, Tigrane Sarkissian, a également accueilli le Haut Représentant. "Les relations entre l'Arménie et l'UE sont d’un excellent niveau maintenant. Ceci est le résultat des réformes qui ont lieu en Arménie." Il a souligné les priorités du gouvernement et du travail accompli par celui-ci, visant à établir une société civile et à introduire les valeurs européennes.

Mme Ashton a confirmé l’excellence des relations bilatérales, et a noté que toutes les conditions préalables étaient réunies pour renforcer encore plus ces relations. "Nous sommes prêts à aider l'Arménie à progresser économiquement. Nous sommes prêts à la soutenir dans sa croissance économique. La signature sur un accord de libre-échange complet et approfondi va faciliter ce processus, et les négociations sur l'accord vont entrer dans une nouvelle phase prochainement."

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* Brève Azerbaïdjan *

"Plus de 10 Etats membres du Group de Minsk de l'OSCE cherchent à avoir une participation active dans le règlement du conflit du Karabakh," a déclaré la vice-présidente du Parlement azerbaïdjanais, Bakhar Mouradova, soulignant que Bakou soutenait cette démarche.

De toute évidence, l'implication de pays n’ayant aucune expérience antérieure dans le règlement du conflit, par opposition au trois pays coprésidents  - Etats-Unis, Russie, et France -, va compliquer le processus, et ne pourra que prolonger les négociations de paix.

L'Azerbaïdjan, qui ne s'arrête jamais d’acheter des armes en espérant toujours reprendre la guerre, sera la seule à profiter de la situation.

Toutefois, Bakou continue son double langage avec la déclaration de Mme Mouradova qui va à l'encontre de sa précédente intervention. En réponse à l’exhortation de retirer à la France sa coprésidence, elle avait indiqué : "tout changement de format de la coprésidence va retarder le règlement. L'UE ou d'autres organisations internationales, susceptibles d’intervenir sur le processus de négociation, sont susceptibles de le faire sans avoir à remplacer la France. Son remplacement n'est pas indispensable. Sur la période écoulée, le trois pays coprésidents ont acquis l'expérience nécessaire. Le remplacement d'un coprésident avec un pays ignorant de la situation, va compliquer la situation."

La Vice-présidente semble indécise sur le fait de savoir si son pays a besoin qu'une douzaine de pays s’implique dans le règlement du conflit ou s’il est préoccupé par le remplacement d'un seul coprésident. Bref, l'Azerbaïdjan continue de sauter de la poêle à frire dans le feu, en essayant de se présenter comme partisan d'un règlement rapide du conflit, tandis qu’il travaille secrètement à faire durer les négociations.

"L'implication d’autres pays et de structures dans le règlement du conflit va déclencher d'autres agitations diplomatiques",  a déclaré le politologue et directeur général adjoint de l’Institut d’Etudes Stratégiques, Andreï Areshev. Ajoutant qu’une commotion de cette échelle va prendre un certain temps à se dissiper.

* Brève Karabakh *

"Aucune réunion de représentants des communautés arménienne et azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh n’est prévue le 28 Novembre  à Berlin," a déclaré le chef du Département central d'information de la Présidence de la République, David Babayan.

"Avec son style qui lui est propre, l'Azerbaïdjan essaie d'utiliser cette conférence pour des spéculations politiques. Nous ne connaissons pas de communautés arménienne et azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh. Il y a seulement la population du Haut-Karabakh," a-t-il souligné, et d’ajouter que les récentes réunions du président de la RHK, Bako Sahakian, avec des fonctionnaires européens rendent nerveuses les autorités azerbaïdjanaises.

En fait, la conférence du 28 Novembre va porter sur le Sud-Caucase avec la participation d'experts d'Arménie, d'Azerbaïdjan, du Haut-Karabakh et de différents pays européens dont l’Allemagne.

* Brève OSCE *


"La situation à la ligne de contact arméno-azerbaïdjanais n'est pas très bonne, mais elle est stable. Toutefois, je ne suis pas satisfait de cette situation, car il ya encore des pertes humaines", a déclaré le représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice, Andrzej Kasprzyk, au sortir de la mission d’observation, effectuée hier vers Talish, côté azéri.

Il a exprimé l'espoir qu'il sera possible de surmonter les dangers probables envers la population, vivant paisiblement à proximité de la ligne de contact, et de promouvoir l'amélioration du régime du cessez le feu.

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"En tant que coprésident, la France ne sera pas remplacée au sein du Groupe de Minsk de l'OSCE par tout autre pays. Je regrette que le coprésident Bernard Fassier ne soit plus en mesure de poursuivre le travail pour cause de retraite. Il avait un grand impact dans toute la région. Une autre personne assumera les responsabilités de la coprésidence. Malheureusement, même la coprésidence française ne peut pas seule assurer de bons résultats," a déclaré le professeur de sciences politiques à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Alfred Grosser.

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(1) : La PEV s’applique aux voisins immédiats, terrestres ou maritimes, de l'Union – Algérie, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Egypte, Géorgie, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Moldavie, Maroc, Territoire palestinien occupé, Syrie, Tunisie et Ukraine. Bien que la Russie soit également un voisin de l'UE, les relations sont fondées sur un ‘partenariat stratégique’ qui englobe quatre "espaces communs".

(2) : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldavie, Ukraine et Biélorussie

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Extraits de Radiolour, de PanArmenian.net, de Armenpress et de Panorama.am


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