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vendredi 11 novembre 2011

Les Perinçek père et fils

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Au cours de plusieurs conférences en Suisse en 2005, Dogu Perinçek, ressortissant turc, Docteur en droit et président du Parti des Travailleurs de Turquie, nia publiquement l'existence de tout génocide perpétré par l'Empire ottoman sur le peuple arménien en 1915 et dans les années suivantes. Reconnu coupable de discrimination raciale, il s’est plaint auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme que les tribunaux suisses ont fait usage de termes discriminatoires à son égard et violé sa liberté d'expression, en infraction avec l'article 10 de la CEDH.

En attendant la décision de la CEDH, Dogu Perinçek peut dormir sur ses deux oreilles, car son fils Mehmet a pris la relève. Historien et politicien turc, ce dernier a été emprisonné en Août dernier, tout comme son père en 2008, au motif qu’ils avaient des liens avec les comploteurs du réseau Ergenekon.

Qu’ils aient ou pas des liens avec cette organisation ultras-nationaliste, Les Perinçek sont persuadés que les Arméniens n’ont pas subi de génocide et qu’au contraire ce sont eux les vrais coupables des massacres. Pour eux les quelques rares poches de résistance qui ont fait quelques milliers de morts dans les rangs de la soldatesque turque est équivalent aux 1,5 million de femmes, enfants et vieillards arméniens massacrés et/ou déportés dans les déserts de Mésopotamie.

Avec de tels propos et surtout de telles dispositions, ils ont gagné le droit de rentrer dans le club très fermé des négationnistes du sieur Youssouf Halacoglu, grand Historien turc et pourfendeur devant l’Eternel de tout ce qui est minorité en Turquie.


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La Turquie a doublé ses efforts pour déformer les faits historiques en prévision du 100e anniversaire du génocide arménien. Ainsi, le jeune historien turc, Mehmet Perinçek, a publié son chef-d'œuvre récurrent, dans lequel il présente son point de vue sur le génocide arménien.

Dans "La Cause arménienne à travers 120 documents d'archives d’Etat russes" publié à Moscou, l'auteur essaie de démontrer que les massacres ont été perpétrés par les deux côtés, et blâme pour cela les puissances impérialistes y compris la Russie.

"Quand vous détaillez le livre, il devient clair que l'auteur n'a utilisé que 63 documents, le reste sont des différentes  publications de l'ère soviétique contre la Fédération Révolutionnaire Arménienne", a déclaré le directeur des Archives Nationales d'Arménie, Amadouni Virabian.

Selon lui, les documents propres au génocide conservés dans les archives russe, sont plutôt modestes. Alors que les archives des pays qui avaient des représentants diplomatiques à cette époque, sont beaucoup plus riches. Et notamment les rapports des diplomates allemands, américains, autrichiens, ou espagnols envoyés à leurs gouvernements respectifs, font état des brutalités commises contre les Arméniens de Turquie.

En réponse à cette publication, Amadouni Virabian a préparé un article où en reprenant ces documents, il détruit les arguments de Mehmed Perencek ; article qui sera prochainement traduit en russe.

En vue du centenaire du génocide arménien, les Archives Nationales travaillent à la publication d’un ouvrage de 1500 pages, intitulé "Vechdabadoum" (Le Récit des Douleurs), qui décrit le génocide arménien basé sur des témoignages oculaires. Il sera publié en arménien, en anglais, en russe, voire en français.

Toujours en vue de cet anniversaire, les Archives Nationales vont publier environ 1200 documents sur le massacre de la population arménienne de Kars de 1918 à 1920. Les documents avaient été recueillis par la Commission mise en place par Hovannès Toumanian en 1919 et devaient être présentés à la Conférence de Paix de Paris (Traité de Sèvres).

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* Brèves UE–Arménie *

"Nous avons l'intention de tenir des élections les plus transparentes et les plus équitables de l'histoire de 20 ans de l’Arménie. Le monde d'aujourd'hui évolue plus rapidement que jamais. Par conséquent, la République de l'Arménie accélère le rythme des réformes et des changements institutionnels. Il est clair que l'assistance technique et financière de l'Union européenne aura une grande importance pour assurer des progrès substantiels," a déclaré le Premier ministre arménien Tigrane Sarkissian devant l'assemblée du Parti Populaire Européen à Bruxelles.

"A cet égard le Partenariat oriental proposé par l'UE est un outil essentiel qui va favoriser la transparence du processus. Nous réaffirmons notre volonté d'approfondir notre intégration économique et politique avec l'UE et nous sommes reconnaissants de l'aide apportée. Nous sommes actuellement en négociations sur l'accord d'association, et allons commencer les pourparlers sur la création d'une zone de libre-échange approfondi et complet."

Concernant les relations arméno-turques, le Premier ministre a réaffirmé la volonté d'Erevan d'établir des relations normalisées avec Ankara sans conditions préalables. Pour conclure, il a présenté les grandes orientations des réformes mises en œuvre en Arménie.

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"Dès le premier jour de l'indépendance, la direction européenne a été l'une des priorités de la politique étrangère de l'Arménie. Nos relations avec les structures de l'UE et les Etats membres de l'UE sont en développement régulier," a déclaré le ministre des Affaires étrangères arménien, Edouard Nalbandian, à la conférence ‘Partenariat oriental : Une dynamique nationale et européenne.’

"Des progrès considérables ont été enregistrés dans la coopération bilatérale et multilatérale après que le Partenariat oriental ait été lancé il y a deux ans. Un jalon important a été le second sommet du Partenariat oriental à Varsovie les 29 et 30 Septembre derniers. La déclaration adoptée prévoit le renforcement de la coopération bilatérale à travers l'association politique, l'intégration économique progressive et le renforcement de la coopération multilatérale."

"La disposition sur la création d'une zone de libre-échange approfondi et complet est une partie importante de l'accord d'association. La réussite de ces dispositions contribuera à rendre l'économie arménienne plus compétitive. La facilitation du régime de visa est également une priorité haut de l'agenda Arménie-UE."

"Nous avons toujours été fermes dans notre aspiration à construire un Etat fondé sur les valeurs européennes – la liberté, la démocratie et la primauté du droit. Le système de valeurs européennes est devenu la propriété de nos citoyens, et les ONG jouent un rôle important pour amener les pays de la région à s’approcher l’un de l'autre et à l'Union européenne," a déclaré le ministre.

* Brèves turques *

"La Syrie ne doit même pas envisager pouvoir abriter des membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) ou pouvoir utiliser ces gens comme pion contre la Turquie. Je pense sincèrement  que Damas ne s'impliquera pas dans un tel jeu dangereux.  Même si je suis persuadé qu'ils ne le feront pas, nous sommes suivront de près la question," a indiqué le président turc Abdullah Gül à Damas.

(…)

Selon le quotidien "Zaman", le 7 Novembre, la Cour d'appel des Etats-Unis a commencé son investigation sur la question de savoir si la législation sur la reconnaissance du génocide arménien, en Californie, ne contredit pas la politique étrangère américaine. La loi permet à tous les héritiers des victimes du génocide d'intenter une action contre les trois compagnies d'assurances allemandes, chez lesquelles les biens des victimes du génocide arménien étaient assurés. La Cour d'appel américaine va enquêter sur cette question pour la troisième fois ; la dernière la décision avait été adoptée en faveur des héritiers du génocide.

Comme preuve de cette contradiction, les entreprises allemandes soulignent les déclarations des anciens présidents, Bill Clinton et George Bush. Les défenseurs des héritiers des victimes du génocide notent que les déclarations des ex-présidents ne sont pas la base de la politique américaine actuelle à l'étranger. Ils insistent pour dire que sur le sujet, les Etats-Unis n'ont pas eu encore une position claire, ce qui signifie que la législation de la Californie ne peut pas contredire la politique de l'Etat. Affaire à suivre.

* Brève russe *

"Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE se rendront dans la région fin Novembre pour rencontrer les dirigeants azerbaïdjanais et arménien et poursuivre leurs efforts de médiation avec les parties. Le rapport du Groupe (au Conseil permanent de l'OSCE) indique que le conflit n'a pas de solution militaire et que seule une volonté politique des parties peut conduire à des résultats positifs," a déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexander Loukachevich.

"Le rapport du Groupe de Minsk déclarait que plus de 14 réunions distinctes avaient eu lieu avec les présidents arménien et azerbaïdjanais cette année. Les contacts avec les dirigeants arméniens et azerbaïdjanais ont porté sur le processus de paix, sur un projet de principes de base pour résoudre le conflit du Haut-Karabakh, menés avec la participation active et personnelle du président russe en coordination avec leurs homologues américains et français," a souligné le diplomate.

* Brève norvégienne *

"La Norvège a des relations depuis longtemps avec l'Azerbaïdjan, les compagnies pétrolières norvégiennes participent à l'exploitation des gisements azerbaïdjanais de la mer Caspienne. Cependant, ceci n’affecte la position du gouvernement norvégien sur le fait que les conflits régionaux doivent être résolus par des voies strictement pacifiques dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE," a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Norvège, Jonas Gahr Støre lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue arménien.

"Nous soutenons toute initiative liée au règlement du conflit du Karabakh, proposée par les parties ou la communauté internationale. Nous nous félicitons des activités du Groupe de Minsk et des efforts de la communauté internationale pour une solution pacifique."

Les deux ministres ont assisté au lancement d'un projet de développement de petites centrales hydroélectriques et ont participé au 150ème anniversaire de Fridtjof Nansen.

* Le coin des experts *

* Stephen Blank

"Une nouvelle guerre au Karabakh serait désastreuse pour toutes les parties concernées, avec une Russie qui tentera de mettre ses idées impérialistes dans le fruit, et qui sera la seule à tirer des bénéfices," a déclaré le professeur de Recherches des Affaires de Sécurité Nationale des Etats-Unis à l’Institut d'études stratégiques des Armées.

Dans son rapport analytique sur le conflit du Karabakh, Stephen Blank n'a pas été surpris des récents échecs des tentatives de règlement pacifique. "Cependant, en se basant sur les récents développements dans le Caucase, on peut inférer que si aucun progrès n'est réalisé dans la mission de médiation, le résultat des négociations pourrait être d'autant plus inattendu."

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian.net



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