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mercredi 7 décembre 2011

Le conflit du Haut-Karabakh en filigrane au Conseil ministériel de l’OSCE



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Comme je l’indiquais dans mes propos d’hier, il ne fallait pas s’attendre à du nouveau. La réaction des pays coprésidents s’appuie bien évidement sur les déclarations conjointes faites par les présidents de ces trois Etats – Russie, France et Etats-Unis - déclarations reprises sur le terrain par les trois ambassadeurs-médiateurs coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE. Les autres pays leur emboitent le pas.

Autre non-surprise, la position de la Turquie qui soutient à 100% les propositions et les griefs de l’Azerbaïdjan, voire par l’utilisation de mots identiques. Quant à l’Azerbaïdjan, alors que d’habitude il ‘attaque’ l’Arménie bille en tête, l’accusant de tous les maux, a, cette fois-ci, joué profil bas. Il faut dire que ses refus successifs d’accepter deux des trois principes proposés par les médiateurs (non recours à la violence ou à sa menace et droit à l’autodétermination des peuples) auxquels s’ajoute le non-retrait des snippers de la ligne de contact, jouent difficilement en sa faveur dans le cadre d’une telle réunion.

Aussi, le ministre des Affaires étrangères, Elmar Mammadyarov, a essentiellement parlé de la paix et de la stabilité régionale. Ce qui concerne beaucoup plus les pays de l’OSCE avec les projets de gazoduc, tels Nabucco ou South-Stream.  Quant à la menace de son intégrité, ni Erevan ni Stépanaguerd n’ont l’intention d’ouvrir les hostilités ou de reprendre la guerre et encore moins d’envahir l’Azerbaïdjan. Ce qui n’est vrai pour l’inverse.


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Dalia Grybauskaitė, la présidente de la Lituanie, en accueillant les 56 ministres et représentants des Etats membre à la réunion de deux jours au 18ème Conseil des ministres de l’OSCE, a déclaré : "Il est important de continuer votre travail en vue de résoudre les conflits prolongés, face aux nouvelles menaces et défis, et de consolider les valeurs fondamentales de l'OSCE. Il est essentiel que les droits de l’homme et les principes fondamentaux de la démocratie soient transférés dans les politiques et pratiques nationales. Ceci s'applique à tous les droits de l'homme et des libertés fondamentales, allant des élections libres à la sécurité des journalistes. Assurer la sécurité dans la région de l'OSCE exige des efforts supplémentaires pour faire face aux menaces transnationales, prévenir et résoudre les conflits, et s'engager de façon significative avec des partenaires de la Méditerranée et de l'Asie."

Le Président en exercice de l'OSCE, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Audronius Ažubalis, a rappelé la vision d'un espace euro-atlantique et eurasiatique de sécurité communautaire, énoncée par les dirigeants lors du Sommet de l'OSCE à Astana l'année dernière, et a exhorté les Etats membres à respecter leurs engagements.

Il a souligné les progrès déjà accomplis dans la lutte contre les menaces transnationales, a appelé à un engagement accru avec l'Afghanistan, et a exhorté les présents à soutenir les pays de l'OSCE partenaires méditerranéens dans leur transition démocratique, soulignant que "leurs progrès, leur sécurité et leur stabilité sont aussi les nôtres". Le Président a également souligné les progrès récents réalisés sur le redémarrage des négociations officielles sur le conflit de la Transnistrie, exhortant les parties "à saisir cette opportunité" et a appelé à des efforts accrus pour résoudre les autres conflits prolongés dans la région de l'OSCE.

Le Secrétaire général de l'OSCE, Lamberto Zannier, a souligné pour sa part la nécessité d'aller vers la réalisation d'une sécurité communautaire euro-atlantique et eurasiatique : "Cette vision doit maintenant être mieux articulée et opérationnalisée. Notre tâche collective au cours des deux prochains jours est de s'appuyer sur cet effort, afin de fournir un nouvel élan au travail des présidences prochaines." Il a souligné la nécessité d’une voie d'avenir pour l'Organisation qui comprendrait des propositions pour consolider et renforcer les efforts visant à lutter contre les menaces transnationales et à travailler avec les pays partenaires, ainsi qu’une l'interaction accrue entre l'OSCE et la communauté universitaire. Il a également apporté son soutien aux efforts de la Présidence pour renforcer la capacité de l'OSCE à répondre à toutes les phases du cycle de conflit et a exhorté les ministres à prendre des décisions concrètes dans ce domaine.

Discours d’Edouard Nalbandian

Prenant la parole, le ministre arménien Edouard Nalbandian a déclaré en substance : "L’Arménie met en œuvre les réformes visant à poursuivre la consolidation des structures démocratiques, la promotion de la suprématie du droit, l'amélioration dans les secteurs de la législation électorale, de la défense des droits de l’homme, de l’environnement des affaires, de l'augmentation du rôle de la société civile. Les autorités arméniennes comptent organiser les procédures d'élection parlementaire en pleine conformité avec les normes internationales."

"L'Arménie a encore du travail à accomplir pour atteindre les objectifs annoncés en 2010 au Conseil ministériel de l’OSCE d’Astana. A cet égard, nous souhaitons la bienvenue à la présidence de l'Irlande et souhaitons la mise en œuvre de l'agenda de l'OSCE."

Il a poursuivi en exprimant ses regrets sur les violations actuelles des accords de contrôle des armements dans la région.

De plus, Nalbandian a donné une évaluation très positive aux efforts de la présidence lithuanienne, ainsi des membres du Groupe de Minsk pour le règlement du conflit Karabakh.

Il a attiré l'attention sur l’augmentation déstabilisante du budget militaire de Bakou qui contrevient ainsi à ses obligations internationales et aux principes de sécurité, le tout assorti d’une poursuite de la rhétorique militaire, de la xénophobie et d’une propagande anti-arménienne.

"Ainsi, le 24 Juin le Sommet de Kazan entre la Russie, l'Azerbaïdjan et l'Arménie, s’est achevée sans accord sur les principes fondamentaux d’un règlement du conflit car l’Azerbaïdjan n’était pas prêt à accepter les documents. Pas plus qu’il ne l’était à Sotchi en Mars 2011, ou à Astrakhan en Octobre 2010, ni même à Saint-Pétersbourg en Juin 2010."

"L'Azerbaïdjan continue d'entraver la mise en œuvre de l'accord sur le développement de mécanismes pour enquêter sur les incidents sur la ligne de contact, portant ainsi la responsabilité des vies perdues par violation du cessez-le feu. Bakou a maintes fois ignoré les préconisations du Secrétaire général de l'ONU, du président de l'OSCE en exercice, et des coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE, de retirer les snipers de la ligne de contact et de s'abstenir de violer cessez-le feu."

"Quoi qu’il en soit, l’Arménie adhère aux principes d’un règlement pacifique du conflit et continuera ses efforts pour sa réalisation malgré la position non-constructrice de Bakou," a conclu le ministre arménien.

(...)

En marge du Conseil, Edouard Nalbandian a eu un certain nombre de réunions bilatérales notamment avec son homologue ukrainien Kostiantyn Hryschenko, l'Australie Kevin Rudd, le Représentant spécial de l'UE pour le Sud-Caucase et la crise Géorgienne, Philippe Lefort, ainsi que le Secrétaire général de l'OSCE, Laberto Zannier.

L'observation du cessez-le-feu sur la ligne de contact, la promotion de la confiance dans la zone du conflit du Haut Karabakh et le retrait des tireurs d'élite ont été au cœur de ces rencontres.

** Les Réactions **

Réaction arménienne

Le ministre a commenté la déclaration de son homologue russe, Sergueï Lavrov, exhortant l’Arménie et l’Azerbaïdjan à accepter les propositions sur le Karabakh développées au cours des deux dernières années, lors des réunions présidentielles initiées par Dmitri Medvedev.

L'Arménie soutient la suggestion de Sergueï Lavrov présentée à la séance plénière du Conseil : C'est-à-dire la poursuite des négociations sur les propositions faites par les médiateurs, avec à la clé, une prochaine rencontre entre présidents arménien et azerbaidjanais.

Réaction française

"2011 n’a vu aucun de progrès dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh, malgré les efforts des présidents russe, français, et américain ainsi que ceux des médiateurs,  pour tenter d'obtenir des résultats tangibles," a déclaré le ministre français des Affaires européennes, Jean Leonetti.

Il a exprimé l'espoir que 2012 sera témoin de l’intensification du processus de négociation, et a appelé les parties en conflit à soutenir les principes de Madrid révisés.

Les principes soumis à l'Arménie et l'Azerbaïdjan en Novembre 2007 à Madrid (Espagne) proposaient :
-      Des garanties de sécurité avec le déploiement de casques bleus internationaux;
-      Le retrait des forces arméniennes et du Karabakh des territoires entourant le Haut-Karabakh, avec des modalités particulières pour les villes de Kelbadjar et de Latchine;
-      Le retour des personnes déplacées;
-      Un statut intérimaire permettant la réouverture de tous les moyens de transports et des routes commerciales, avant un statut final ;
-      Le statut final du Haut-Karabakh sera déterminé éventuellement par un vote plusieurs années après.

Depuis lors, le document a subi des modifications importantes. L’Azerbaïdjan ne retenant que le principe d’intégrité territoriale avec l’intangibilité des frontières et un haut niveau d’autonomie pour le Haut-Karabakh.

Réaction russe

Sergueï Lavrov a appelé les parties en conflit sur le Haut-Karabakh à "utiliser" des propositions élaborées à la suite des rencontres initiées par le président Dmitri Medvedev.

Le ministre russe a rappelé que ces propositions ont été validées par les présidents des pays coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE à Deauville, et ont fait l’objet d’une déclaration sur le règlement du conflit du Karabakh, en marge du Sommet du G8 le 26 mai dernier. Les trois présidents ont fermement appelé les dirigeants arménien et azerbaïdjanais "à démontrer la volonté politique et à finaliser les principes de base ... d'un accord de paix."

Réaction américaine

"Les Etats-Unis soutiennent les efforts du Groupe de Minsk de l'OSCE concernant  le règlement du conflit du Karabakh," a déclaré la Secrétaire d'Etat, Hillary Clinton.

Mme Clinton a souligné la nécessité de poursuivre les pourparlers entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan pour l'établissement d’une paix et d’une stabilité dans la zone du conflit du Haut-Karabakh, et de rappeler : "Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev ont adopté une déclaration commune sur le règlement du conflit du Karabakh, en marge du Sommet du G8 de Deauville. Les trois présidents ont fermement appelé les dirigeants arménien et azerbaïdjanais à faire preuve de volonté politique et à finaliser les principes de base d'un accord de paix."

Réaction lettone

"L'OSCE devrait examiner les possibilités d'approfondir les négociations sur le règlement du conflit au Haut Karabakh. Approfondir les négociations est essentielle pour parvenir à une coopération et à des progrès dans les négociations, " a déclaré pour sa part le ministre des Affaires étrangères de la Lettonie, Edgars Rinkēvičs

Quant à la situation en Géorgie, M. Rinkēvičs a déclaré que son pays soutient  "l'intégrité territoriale et la souveraineté de la Géorgie" et a ajouté que la mission de l'OSCE devrait être relancée.

Réaction turque

"La Turquie reconnaît les efforts du groupe de Minsk de l'OSCE, mais juge nécessaire d'intensifier son activité. L'initiative des coprésidents du Groupe de Minsk à donner un nouvel élan aux discussions sur le Haut-Karabakh n'a donné aucun résultat," a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.

Il a en outre indiqué que la Turquie est pour une résolution pacifique des conflits prolongés, basée sur le principe de "l'unité, l'intégrité territoriale et la souveraineté", alors que l'incapacité de l'OSCE à résoudre de tels conflits, sape la confiance envers l'organisation.

Réaction azerbaidjanaise

"Les progrès dans les négociations du Haut-Karabakh dépendent entièrement de la position de l'Arménie à changer le statu quo. Le statu quo dans le Haut-Karabakh est inacceptable, mais, malheureusement, aucun progrès dans le règlement du conflit n’est observé, malgré la médiation de l'OSCE, qui va marquer son 20e anniversaire l'an prochain," a déclaré le ministre des Affaires étrangères Elmar Mammadyarov.

"L'Azerbaïdjan est un acteur clé dans la région, et la menace à son intégrité territoriale est une question de sécurité pour le Sud-Caucase dans son ensemble. L’existence de conflits non résolus dans l'espace de l'OSCE, y compris celui du Haut-Karabakh, sape l'autorité et la confiance dans l'organisation."

"Les relations de bon voisinage sont la garantie de réussite du développement de toute la région, et l'Azerbaïdjan est prêt à faire des compromis au sein de normes internationales visant à parvenir à la paix et à la stabilité dans le Sud-Caucase. L'ouverture des frontières dans la région rendrait possible la réussite du développement et la prospérité au Sud-Caucase," a-t-il souligné.

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Extrait de Radiolour, de PanArmenian et de Todays.az


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