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mardi 13 décembre 2011

Les communautés arméniennes du Moyen-Orient en danger de disparition


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Traduction Gérard Merdjanian -commentaires

Les communautés arméniennes résidant dans les pays arabes  ont commencé leur exode au lendemain de la seconde guerre mondiale, d’abord avec la création de l’Etat d’Israël, puis l’arrivée au pouvoir de Nasser, suivi de la seconde guerre israélo-palestinienne, le flux de migrants s’est en fait calqué sur les crises de la région : guerre du Liban, durcissement du régime irakien, guerre Irak-Iran, chute de Saddam Hussein, etc. On peut estimer que les départs depuis 60 ans représentent près de la moitié des 800.000 Arméniens qui résidaient dans ces régions. Les principaux bénéficiaires de ces flux furent les pays occidentaux, Australie compris.

L’immigration vers l’Arménie n’est que très récente et ne porte que sur quelques milliers de familles, à l’inverse, le nombre d’émigrés qui ont profité de la chute de l’URSS et des facilités offertes pour quitter le pays, se compte par centaines de milliers.

Le constat est là, les Etats-Unis raflent la mise avec sur leur sol plus d’un million d’Arméniens, les pays du Commonwealth (Canada, Australie et Angleterre) ont recueilli nombre d’immigrés arméniens venant de leurs anciens protectorat (Ethiopie, Soudan, Chypre, Irak). Quant à la communauté arménienne de France, elle a vu son chiffre augmenter d’un  tiers, mais avec la crise, elle est plus devenue une étape vers l’Amérique du Nord qu’un lieu de résidence définitive.

Ce que les islamistes ne feront pas c’est la crise qui la fera. Seule la Turquie tire son épingle du jeu, mais ce n’est pas un pays arabe et son objectif est d’inciter les futurs gouvernements des pays du ‘printemps arabes’ à suivre son exemple de démocratie-islamiste. Ajoutons qu’à l’inverse des pays arabes, la minorité arménienne de Turquie a toujours été la ‘tête de turc’, et des dirigeants, et de la population. C’est vrai que les Arabes n’ont pas sur les mains le sang d’un million et demi de victimes innocentes.


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Les élections en Egypte peuvent sérieusement compliquer la vie des chrétiens dans le pays, y compris des Arméniens. Le succès du parti salafiste Al-Nur a suscité la craintes des Coptes, qui craignent qu’avec les islamistes au pouvoir, leur vie sera pire que sous l’ex-président Hosni Moubarak. Et bien que beaucoup appellent l'ancien leader ‘dictateur’, lui, au moins, n'a pas persécuté les chrétiens. Si les islamistes emportent la majorité au parlement, la population chrétienne du pays, à savoir les Coptes et les Arméniens, n’aura d’autres choix que d’émigrer en masse.

De manière générale, l'émigration a déjà commencé : après la chute du régime de Moubarak des dizaines de milliers de Coptes ont quitté l'Egypte. Un triste sort semblable attend aussi la communauté arménienne forte de trois mille âmes, qui a déjà subi une première vague d'émigration au moment de l’arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser. Dans les années 50, il y avait environ 60.000 Arméniens vivant en Egypte. Ils ont émigré vers les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et autres pays. Maintenant, les Coptes font de même. Le ‘problème’ des Salafistes réside dans leur désir de faire revenir l’Egypte au mode de vie du VIIème siècle, ce qui suppose la concentration de la vie et de la foi sur celles des premières communautés musulmanes et de leurs ancêtres vertueux, condamnant ainsi toutes sortes d'innovations apportées dans le monde musulman par les contacts avec l'Occident. À cet égard, ils ne sont pas différents des islamistes iraniens. L'aile politique du mouvement ‘Frères musulmans’ (interdit par Moubarak) arrive en tête des votes, suivis par les Salafistes, purs et durs, les libéraux laïques n’arrivant qu’en troisième position. Ainsi, l'Égypte est à ajouter à la liste des pays, où les islamistes sont arrivés au pouvoir après le ‘printemps arabe’.

Tout cela ne peut qu'inquiéter les Arméniens, qui craignent à juste titre pour leur vie. Aucun État islamique ne jamais garanti la sécurité des ‘infidèles’. L'Iran est l’exception qui confirme la règle, et encore, il n'y a aucune garantie que cette situation va durer éternellement. Peu importe la manière dont se déroulera la neutralité de l'Arménie en cas d'attaque militaire contre l'Iran, il est clair que la plupart des Arméniens d’Iran seront contraint de se barricader chez eux. On peut dire que l'un des résultats du ‘printemps arabe’ est la menace de la destruction totale des communautés arméniennes du Moyen-Orient, et maintenant leur seul espoir est Bachar al-Assad, sous le régime duquel la communauté arménienne de Syrie est unie et respectueuse du pouvoir en place, qui, à son tour, la respecte et l’apprécie. Tout sera oublié et disparaitra dans un Etat islamique. Certes, s’il n’y a pas de communauté arménienne en Tunisie et en Libye, elle est beaucoup plus abondante en Syrie qu'en Egypte ou en Irak, sans parler bien sûr du Liban. Ce à quoi les chrétiens doivent s'attendre dans les pays où les islamistes radicaux sont victorieux, n'est pas difficile à deviner ; n'oublions pas le cas avec cette jeune fille au Pakistan, qui fut exécutée pour s'être convertie au christianisme. Et ce ne sont que des faits rapportés dans les médias. En fait, de tels comportements ne sont pas des cas isolés, mais des pratiques ancrées dans les mœurs.

En attendant, l'armée égyptienne, face à la décision du Conseil Suprême des Forces Armées, est gravement troublée craignant que l'Egypte se transformer en un Etat islamique. "L’islamisation de l'Egypte pourrait provoquer un conflit liée à la nouvelle constitution et la préservation de l'Egypte comme Etat laïc. La tentative de créer un Etat islamique ici est vue comme une ligne rouge infranchissable," ont indiqué des sources proches de la direction militaire du pays dans une interview à "Al-Hayat". Selon elles, l'Armée est profondément préoccupée par les développements actuels, et craint que les élections à venir, dont la dernière se tiendra en Janvier, voient une victoire encore plus éclatante des islamistes. Le Conseil militaire suprême est susceptible de prendre des décisions qui répondent aux intérêts de l'Egypte. "Le conseil va insister sur les deux lignes rouges. Il demandera que le statut de l'Armée reste inchangé et que le caractère laïc de l'Egypte et les droits de l'homme du peuple égyptien soient protégés," précisent les sources.

Il convient de souligner que les principaux idéologues de l'intégrisme islamique et du terrorisme sont venus d'Egypte – l’idéologue des ‘Frères musulmans’ est le djihad Sayyid Qutb, ainsi que la deuxième personne de ‘Al-Qaïda’ après Oussama ben Laden, est  Ayman al-Zawahiri. Ben Laden est mort, Qutb a été exécuté en 1966, et Zawahiri est condamné à mort par contumace. Actuellement une nouvelle génération, prêchant le djihad, a grandi en Egypte, et si l'armée ne prend pas le contrôle du pays, l'effondrement final de l'Egypte ne sera plus très loin. Cette année le trésor égyptien a perdu 10 millions de dollars, par manque de touristes. Le candidat salafiste d'Alexandrie a clairement indiqué qu’en cas de victoire, il ordonnera que tous les monuments préislamiques, et notamment les pyramides et le sphinx, soient fermés aux yeux des habitants, parce qu'ils sont des ‘symboles d'une culture de corruption’. Que peuvent faire d’autres les intégristes, sinon détruire les monuments qui ne rentrent pas dans leur vision du monde ? On se souvient encore de la destruction par explosifs, il y a une dizaine d’années, des Bouddhas de Bâmiyân par les Talibans afghans.


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* Brève Turquie *

Le Président du Parlement turc, Cemil Cicek, a réitéré la ‘condition principale’ pour normaliser les relations avec l'Arménie : "La réconciliation avec l'Arménie est directement liée au règlement du conflit du Haut-Karabakh", a-t-il déclaré lors d’un rassemblement à Ankara à la mémoire de feu le président azerbaïdjanais Heydar Aliev.

Il a profité de l’occasion pour critiquer l'Occident pour sa passivité dans la résolution des conflits, selon 1news.az.

* Brève Etats-Unis *

La Chambre des Représentants doit se prononcer mardi 13 Décembre, sur un projet de loi (H.Res.306) concernant la liberté religieuse et inviter la Turquie à restituer les biens volés, propriétés des églises arménienne, grecque, assyrienne et syriaque, indique le Comité National Arménien d'Amérique (ANCA).

Cette proposition, qui a été adoptée par 43 voix contre 1, le 20 Juillet dernier par la Commission des Affaires étrangères, a été introduite par les Représentants Ed Royce (R-CA) et Howard Berman (D-CA). Il a été prévu un vote plancher par le chef de la majorité, Eric Cantor (R-VA), selon une procédure parlementaire spéciale connue sous le nom de ‘Suspension de Calendrier’. Le texte de la résolution qui viendra devant la Chambre, sera le même que la version abrégée adoptée au niveau de la Commission.

"Le consensus et la coopération bipartisans que nous voyons, incitant la Turquie à restituer les biens volés, propriétés chrétiennes au sein des frontières actuelles, reflète et renforce à la fois l'engagement durable de l'Amérique sur la liberté religieuse, comme puissamment réaffirmé dans la promulgation par le Congrès de la loi ‘Liberté Religieuse Internationale’, et durablement représenté sur la scène internationale par le leadership américain qui soutient la Déclaration universelle des droits de l'homme. Nous encourageons les partisans de la liberté religieuse - de toutes confessions - à contacter leurs législateurs pour appuyer la résolution H.Res.306, et appelons tous les membres de la Chambre américaine à voter pour cette position de principe sur la liberté de la foi," a déclaré le directeur exécutif de l'ANCA, Aram Hamparian

* Le coin des experts

* Alan Deshowitz

"La Turquie devrait d’abord présenter des excuses aux Arméniens [pour le génocide], avant de demander la même chose à quelqu'un d’autre. Comment peut-elle exiger des excuses de quiconque ?" a déclaré le juriste Alan Deshowitz, professeur de Droit à Harvard, lors d’une conférence parrainée par Tel-Aviv Globes.

Deshowitz a abordé la politique étrangère israélienne et les défis à relever dans ce contexte, il a critiqué le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan sur son comportement en 2010 concernant la ‘Flottille de la Liberté’ et les excuses qu’il a exigé du gouvernement israélien.

Le professeur a également noté qu’Israël applique deux poids deux mesures, alors qu'il y a des pays qui méritent beaucoup plus les remontrances de Tel-Aviv.

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