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samedi 7 avril 2012

Chassez le naturel, il revient au galop



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Malgré l’optimisme affiché par les Occidentaux, - que ce soit par les Etats-Unis envers la Turquie, dans le cadre du processus de normalisation des relations arméno-turques, pensant qu’Ankara va retirer sa condition préalable ; - ou que ce soit par l’UE envers l’Azerbaïdjan, dans le cadre du processus des négociations de paix arméno-azéris, pensant que Bakou va accepter le droit à l’autodétermination des Arméniens du Haut-Karabakh, -rien ni fait, les mêmes rengaines remontent à la surface dès que l’occasion se présente ; et tant pis pour la vérité historique, plus le mensonge est gros, plus il a de chance d’être cru.

Ainsi L'Assemblée parlementaire Euronest a été une nouvelle occasion pour les azéris de faire étalage de leur mauvaise foi et de traiter les représentants du parlement arménien de tous les maux de la terre, y compris d’actes perpétrés par eux-mêmes ! Il ne manquait plus qu’une agression physique pour que le tableau soit complet, sans doute ont-ils été freinés par la présence d’observateurs de l’UE.

On se souvient que début 2004, lors du séminaire de formation de l’OTAN ‘partenariat pour la paix’ qui se déroulait à Budapest, Ramil Safarov avait décapité à la hache son collègue arménien Kourken Markarian alors que celui-ci dormait. La Cour d’assises de Budapest avait condamné l’officier azerbaïdjanais Safarov à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine incompressible de 30 ans. Depuis M. Safarov est devenu un héros national en Azerbaïdjan. Ainsi, en février 2006, il a été élu homme de l’année par le ministre de l’intérieur, M. Iskanker Hamidov, en récompense de "ses efforts dans la protection de l’Etat et des intérêts nationaux". A l’occasion de cette distinction, M. Hamidov avait déclaré "je me moque de savoir dans quelles circonstances Safarov a tué l’officier arménien. Plus les Azéris tueront d’Arméniens, moins d’Arméniens il restera. Si chaque soldat azéri avait tué un Arménien, la guerre se serait terminé avec la victoire de l’Azerbaïdjan".

"La haine, c’est la colère des faibles", écrivait Alphonse Daudet. Six ans plus tard, on voit que les mentalités et la haine anti-arménienne ne se sont pas apaisées, d’autant que les dirigeants azéris ne manquent jamais l’occasion de jeter de l’huile sur le feu, ce qui leur permet au passage de détourner l’attention de leur population des problèmes internes.


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"L'Assemblée parlementaire Euronest(1) doit renforcer la démocratie parlementaire et contribuer à des élections libres et équitables dans les pays voisins de l'Est de l'UE. Cette réunion est une autre occasion de réfléchir sur les pouvoirs de la démocratie. C’est un défi mais aussi une opportunité pour nos voisins de reconfirmer leur place parmi les démocraties européennes," a déclaré dans son discours d'ouverture de la deuxième session ordinaire à Bakou, le coprésident d’Euronest, le député européen Kristian Vigenin, rappelant les prochaines élections législatives en Arménie, en Géorgie, en Ukraine et en Biélorussie.

M. Vigenin a remercié l'Azerbaïdjan d’avoir accueilli la réunion et pour avoir créé de bonnes "conditions techniques et politiques" pour tenir la session d’Euronest à Bakou. Il a également mentionné l'importance de la participation de représentants du Parlement arménien, en dépit du conflit du Karabakh, qui affecte toujours les relations bilatérales dans la région. Pour le député européen, la forte participation des députés était un signe du Parlement européen à vouloir développer des relations avec les voisins de l'Est.

"Le conflit du Haut-Karabakh, de la Transnistrie (Moldavie) et ceux des géorgiens seront pris en considération. En tant que Assemblée parlementaire, nous nous efforçons de bâtir la confiance entre les parties. Le Groupe Minsk de l'OSCE possède une expérience de 20 ans dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh, et d’après eux, ils ne croient pas que le conflit restera en stand-by pour encore 20 ans. LAzerbaïdjan et l'Arménie doivent aider le Groupe de Minsk à le résoudre."

Notant que l’AP-Euronest n'est pas autorisé à prendre des décisions sur le règlement des conflits régionaux, Vigenin a indiqué en même temps qu'avenir, il n'est pas exclu que des rapports distincts de cette structure prennent en considération le conflit du Karabakh. Il a noté que lors de la session de Bakou de l'AP-Euronest est tombé d’accord sur la préparation de recommandations et de suggestions ayant trait au conflit. "Nous allons aussi travailler sur une forme d'évaluation de la mise en œuvre de ces recommandations afin de déterminer comment chaque parlement suit les décisions Euronest," a-t-il souligné.

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Le Commissaire à l'Elargissement, Stefan Fule, a souligné pour sa part que : "Euronest n'est pas juste une autre institution établie en vertu du Partenariat oriental, mais, étant donné que le rôle des parlements est de ‘tenir les gouvernements responsables et avocat des réformes’, c’est un véritable outil pour faire progresser la démocratisation chez les voisins de l’Est de l'UE. La contribution d’Euronest est nécessaire pour atteindre les objectifs du Partenariat oriental et mettre en œuvre les nouveaux instruments de la politique de voisinage de l'UE."

Concernant le remplacement possible de la France dans le Groupe de Minsk, le Commissaire a indiqué que l'Union européenne soutient les efforts du Groupe de Minsk, et donc qu’il était inutile de parler d’un remplacement de la France.

Selon lui, l'UE envisage un paquet de nouvelles propositions pour le renforcement de la confiance entre les parties. Ainsi, l'établissement de contacts sociétaux était la clé de voute de l'initiative.

D’autre part,  l'UE peut activer les efforts visant à aider à la résolution des conflits, en particulier dans le cadre du Partenariat oriental. Elle est également prête à organiser des événements visant à stimuler la confiance entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

"Des progrès dans le processus de négociation sont possibles par la création d’une atmosphère de confiance et de compréhension mutuelle entre les parties. Le conflit du Karabakh est considéré comme gelé, l'UE prévoit d'activer les efforts visant à parvenir à un règlement," a-t-il souligné.

L'ouverture de la session d’Euronest s’est conclue par l'adoption des règles de procédure pour une adoption rapide des rapports communs.

* Brèves Azerbaïdjan *

"Les crimes commis par les séparatistes arméniens du Haut-Karabakh à Khodjalou et au Haut-Karabakh en général, sont un véritable exemple de fascisme. Comment peut-on appeler ceux qui ont expulsé les gens hors de leur terre natale, tué des milliers de personnes, détruit des cimetières et commis d'autres crimes pendant 20 ans ?" a déclaré le député Elman Mammadov.

"Les auteurs de crimes de guerre à Khodjalou doivent être traduits devant un tribunal international. Nos forces de l'ordre et les organismes diplomatiques doivent déposer plainte devant un tribunal international pour les crimes de l'Arménie contre l'Azerbaïdjan. Le Parlement azerbaïdjanais doit demander aux parlements des pays européens de le soutenir dans cette démarche," a déclaré un autre député, Asim Mollazade.

Les membres de la délégation arménienne ont protesté contre l'utilisation de l'expression "le génocide de Khodjalou a été commis par des barbares et des fascistes" lors de la session de l'Assemblée parlementaire Euronest à Bakou.

"Ils ont reconnu que le génocide de Khodjalou a été commis par l'Arménie," a déclaré pour sa part le président du Parlement azerbaïdjanais, Oktay Asadov, lors de la session plénière du parlement, en commentant la protestation des députés arméniens à l’AP-Euronest.

"La délégation arménienne a participé aux travaux de l'Assemblée. Nous avons essayé d'être accueillants, en dépit du fait que nos députés font face à un certain nombre de problèmes en Arménie. L’organisation de l’AP-Euronest à Bakou prouve une fois encore que l'Azerbaïdjan peut organiser des événements internationaux d’un niveau élevé," a-t-il ajouté.

(…)

"Depuis mon départ, il n'y avait pas eu de changement spectaculaire dans les négociations sur le Haut-Karabakh. Je continue d’être convaincu qu'il existe une proposition viable et juste sur la table suite aux travaux  des coprésidents pendant de nombreuses années, et je pense qu'il y aura percée lorsque les deux présidents (de l'Azerbaïdjan et l'Arménie) auront le sentiment qu'ils peuvent se faire suffisamment confiance. J'espère que ce sera bientôt, mais que c'est aux présidents et à la société de décider. Les sociétés doivent aussi comprendre qu'elles ont à vivre ensemble. Je me languis terriblement de l'Azerbaïdjan, je suis heureux de venir ici pour passer les vacances de Pâques," a déclaré l’ancien ambassadeur des Etats-Unis en Azerbaïdjan, et ancien coprésident du groupe de Minsk de l’OSCE, Matthew Bryza, lors de la manifestation marquant le 20e anniversaire de la création des relations diplomatiques Azerbaïdjan-États-Unis.

Bryza occupe maintenant le poste de directeur du Centre international d’Etudes de la défense, basé en Estonie.

* Brève Suisse *

Les procureurs suisses ont abandonné la procédure à l’encontre du ministre turc des Affaires avec l'UE, du fait de son immunité diplomatique.

Une enquête préliminaire avait été ouverte contre Ergemen Bagis après ses propos tenus lors du Forum économique mondial de Davos en Janvier, mais également lors d'un concert à Zurich. La Turquie avait alors convoqué l'ambassadeur suisse à Ankara pour se plaindre qu’une enquête avait été diligentée.

La déclaration du ministre turc, "ce n’est pas un génocide", est devenu une sorte de ‘gant’ jeté à la figure de la législation européenne, et un pied de nez envers les principes moraux suisses.

La Suisse, avec la Slovénie, sont les seuls pays européens à pénaliser le déni du génocide arménien conformément à la loi contre le racisme et la négation des génocides.

Les autorités suisses ne sont pas à leur coup d’essai, et avaient déjà entrepris des actions en justice contre plusieurs personnes niant le génocide arménien. Ainsi le politicien turc Dogu Perincek avait été condamné à une amende de 3000 francs suisses en 2007, tout comme le président de la Fondation de l’Histoire Turque, Yusuf Halacoglu.

Malgré cette fanfaronnade, les autorités turques devraient réfléchir sur la conduite de leurs ministres, et que l'Europe a de nombreux autres moyens pour influer sur le pays qui aspire à l'adhésion à l'UE, tout en ignorant et/ou ridiculisant ses lois.

Le 23 Janvier 2012, le parlement français avait adopté une loi similaire, qui a été cassée par le Conseil constitutionnel sur pression de la Turquie.

* Brève Russie *

"L'Azerbaïdjan et la Russie tentent de trouver une solution à de nombreux problèmes, après avoir prouvé à maintes reprises leurs positions identiques la fois bilatéral et au niveau international," a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères le mardi 3 Avril à Bakou.

Concernant le conflit du Haut-Karabakh, Sergei Lavrov a indiqué que la Russie est préoccupée par sa résolution. "Nous voulons tous l’accélération du règlement du conflit, et nous déploierons des efforts diplomatiques pour dissuader les parties de prolonger le processus."

* Brève Turquie *

"Le conflit entre l’Arménie et l'Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh, toujours non réglé, est en permanence au centre des attentions de la Turquie. 20% du territoire azerbaïdjanais reste encore sous occupation arménienne. La Turquie continuera ses efforts en vue de résoudre ce différend et d'autres problèmes régionaux dès que possible," a déclaré le président du parlement turc, Cemil Cicek, au Premier ministre albanais Sali Berisha.

Il a souligné que la Turquie est préoccupée par les problèmes des pays frères.

* Le coin des experts *

* Yana Amelina

"Il n'y aura pas de reconnaissance universelle du génocide arménien par la ‘communauté internationale’, et les récents développements en France le prouver," a déclaré Yana Amelina, responsable du département des Etudes du Caucase à l'Institut russe de Recherche stratégique.

"Et cela pour plusieurs raisons. De toute évidence, une telle reconnaissance est une démarche politique et non une démarche légale, en quelque sorte une déclaration politique contraignante. De nombreux États ne sont pas prêts pour une telle action, et pas seulement parce que ce serait nuire à leurs relations avec la Turquie, lesquelles priment sur l'Arménie sur la scène internationale."

"En outre, une question émerge quant à la légalité de la qualification des événements de cette époque par des définitions juridiques d'aujourd'hui. Les adversaires géopolitiques de la Russie ne manqueraient pas de soulever activement la question du ‘génocide’ à l'égard des Circassiens, des Tchétchènes ou d'autres nations du Nord-Caucase. Aussi, et pour pas mal de temps encore, la position de la Turquie sur le génocide arménien restera inchangée," a-t-elle souligné.

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"Quant à la question d’une attaque de l’Iran par Israël, c’est assez compliquée. Il était difficilement concevable qu'un petit pays agresse sur la Russie, et pourtant Saakachvili a pris l'initiative en 2008 et a réussi à présenter sa défaite comme une victoire. Aussi, il n'est guère possible de prévoir si Israël va lancer ou pas une offensive sur l'Iran. L’avenir nous le dira."

L'expert russe a noté que la folie politique et sociale est si forte que la situation nécessite une analyse plus par des médecins spécialistes plutôt que par des politologues.

* Hrant Melik-Chahnazarian.

"La question du remplacement du mandat français par celui de l'Union européenne dans le Groupe de Minsk de l’OSCE est le produit de la politique active de Bakou. L’Azerbaïdjan a pour objectif de démontrer sa force, son rôle et son activité. Il s'efforce d'intensifier sa présence dans le Sud-Caucase. Au final, le Groupe de Minsk est devenu un instrument pour régler ses propres problèmes. En attirant l'attention sur les questions extérieures, les autorités poursuivent une politique totalitaire, un renforcement du système et le musèlement de l'opposition," a déclaré le politologue Hrant Melik-Chahnazarian.  Il a jugé qu'un tel changement est peu probable du fait que c’est un format bien établi dans lequel les actuels coprésidents sont très satisfaits de la composition du groupe.

L'expert a souligné que le changement de format comme objectif principal de l'Azerbaïdjan était nouveau, car jusqu’à présent il exprimait constamment son mécontentement quant à l'activité du Groupe, et demandait le transfert du processus vers un autre organisme.

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian

(1) L’Assemblée Parlementaire d'EURONEST est un forum parlementaire pour promouvoir l'association politique et la nouvelle intégration économique entre l'Union européenne et les partenaires de L'Europe de l'Est. L'EURONEST doit contribuer au renforcement, au développement et à la visibilité du Partenariat Oriental, comme l'institution responsable de la consultation parlementaire, de la surveillance et du contrôle.

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