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mercredi 30 mai 2012

L’Arménie récompense Ragip Zarakolu


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Alors que le Calife azéri, reprend de plus belle ses récriminations contre l’Arménie et les Arméniens du monde entier allant jusqu’à même voir des espions déguisés chez les journalistes européens ayant couvert l’Eurovision de la chanson, son grand frère ottoman, de retour des Etats-Unis, joue les modérateurs.

Barack Obama et Hillary Clinton lui ayant fait la leçon, Abdullah Gül pense que la ratification des protocoles arméno-turcs est toujours possible, - sous-entendue : dès que l’Arménie aura rempli la condition préalable et ‘rendu’ tout le Karabakh à l’Azerbaïdjan. C’est ce que l’on appelle de la diplomatie. En terme plus populaire, on dirait plutôt : Les chiens (occidentaux) aboient, la caravane (Turquie) passe.

Pour Ankara, l’Affaire est entendue, du moins pour les deux ans à venir. Il y a plus urgent à régler dans la région et plus spécialement chez deux de ses voisins immédiats. Le problème arménien remontra en tête de liste en 2014, la veille du centenaire, quand les premières contre-offensives d’ampleur seront lancées pour contrecarrer le travail de vérité des Arméniens. Et au cas où les millions de la Turquie seraient insuffisants, le trublion de Bakou est tout prêt à mettre la main à la poche.

Il serait temps que les grandes puissances et la communauté internationale prennent conscience que : 1- la Turquie n’a absolument pas l’intention de réparer ses crimes (car seulement reconnaître, ne veut dire grand chose) ; 2- pas plus que le Haut-Karabakh ne retournera dans le giron azerbaidjanais. A partir de là, le dialogue de sourds est ouvert.

«Les blessures que l'homme se fait à lui-même guérissent difficilement.» (William Shakespeare)

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Ragip Zarakolu, l’éminent militant turc des droits de l'homme et éditeur, a reçu mardi un prix de l’Etat arménien pour ce que le président Serge Sarkissian a appelé une "contribution remarquable" à la reconnaissance internationale des massacres Arméniens de 1915 dans l'Empire ottoman comme un génocide.

Zarakolu a été parmi plus de deux douzaines de scientifiques, écrivains et artistes, principalement arméniens, retenus pour le prix annuel du Président. Il est arrivé en Arménie avec sa femme et sa fille pour recevoir le prix moins de deux mois après avoir été libéré des prisons turques sur des accusations controversées de soutien illégal au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

"Ses activités ont été une mission exceptionnelle. Son combat pour la diffusion de la vérité historique à la société turque est un brillant exemple de prise de position de haute citoyenneté et de courage. (…) Votre présence ici et l'acceptation aujourd'hui de ce prix est aussi un acte de courage," a déclaré Serge Sarkissian lors de la cérémonie de remise des prix au palais présidentiel à Erevan.

Dans sa réponse, Zarakolu a réaffirmé sa conviction que les massacres de masse lors de la première guerre mondiale et les déportations d'Arméniens étaient bien un génocide, crime qui doit être reconnu par la Turquie moderne.

"La Turquie doit accepter la vérité historique. C’est seulement de cette manière que la Turquie peut retrouver l’estime de soi. Même après que la Turquie ait présenté ses excuses et réparé ses torts, les Arméniens et les Turcs ne seront jamais comme avant. Tous ces gestes ne rameront jamais ce qui a été perdu. Mais nous pouvons regarder ensemble vers l'avenir.

Ma génération sait ce qui s'est passé et a essayé de le cacher. Cependant, la jeune génération croit encore à ce mensonge sous certaines conditions, ce qui est pire encore. Le Coran dit: «Cessez d'abord de mentir et dites toujours la vérité ». La Turquie est devenue aveugle et sourde. Mon pays s'est transformé en cimetière des muets.

Le 100e anniversaire du génocide arménien approche, la Turquie doit arriver à comprendre que le temps de la reconnaissance et des excuses est arrivé, c’est devenu une condition préalable pour l'établissement d'une société démocratique dans le pays."

Zarakolu reste toujours sous le coup d’une inculpation, mais est laissé en liberté provisoire. S'il est reconnu coupable, il risque jusqu'à 15 ans de prison. L'Union européenne et les organisations internationales de défense des droits de l’homme ont exprimé de sérieuses préoccupations à ce sujet.

* Brèves Arménie *

Le 28 mai, le président Serge Sarkissian à la tête de son gouvernement et accompagné par les chefs religieux, les chefs militaires et de nombreux Haut-dignitaires du régime, s’est rendu au Mémorial de Sardarabad. Des couronnes ont été déposées et les personnalités ont participé aux festivités commémorant la première République de 1918. A cette occasion, le président s’est adressé à la nation :

"Chers compatriotes,

 Je tiens à tous vous féliciter à l'occasion du Jour de la République.

On a beaucoup parlé et écrit à propos du 28 mai, et je suis confiant, ce le sera encore de nombreuses fois. Cette date signifie un événement exceptionnel que nous attendions depuis longtemps, dont nous avions rêvé pendant des siècles et auquel les meilleurs fils de notre nation ont sacrifié leur vie. Ce jour-là, nous avons tourné la roue de l'histoire et défini la bonne voie. En fait, cet événement mémorable a eu lieu beaucoup plus tôt, il avait pris place dans notre mentalité et dans la pensée politique, quand les Arméniens vivant dans leur patrie se sont rendus compte que nous devions vivre sur notre propre terre non en tant que communauté mais comme citoyen d’un Etat, et qu’il ne fallait pas combattre comme des Fédaïs – combattants de la liberté, mais comme une Armée.

Nous devions donc vivre et lutter pour l'Arménie, ce qui était la nouvelle mentalité et la nouvelle pensée politique. Les batailles héroïques de Mai 1918 sont ancrées tout d'abord sur ces concepts. Le 28 Mai a fixé sur le papier une réalité qui était déjà implantée dans nos esprits et sur le champ de bataille. Tout a commencé quand la détresse s’est transformée en espoir, quand ils ont fait confiance à leur propre pouvoir et ont changé leur attitude à l'égard de la patrie arménienne. Pour moi, personnellement, le 28 Mai est précieux, car ce jour-là, nous avons modifié notre auto-évaluation.

En outre, les batailles glorieuses et la revendication d'indépendance politique avaient changé également l'évaluation des étrangers. Seulement une semaine avant le 28 mai, l'Arménie ou les Arméniens étaient un facteur politique inexistant. Ce jour-là, nous dit à tous nos voisins, à nos amis proches et lointains, ainsi qu’à nos ennemis que nous existions, et étions maintenant un facteur important dans cette région. Ce jour-là, nous dit à tout le monde que nous existions maintenant et éternellement, que nous étions une nation et un État, que nous avions des intérêts et des objectifs, que nous allions défendre farouchement notre patrie et nos intérêts, et poursuivre nos objectifs nationaux. D'autre part, notre République a adopté des idées très avancées pour l’époque, celles d’un État démocratique, avec une notion des droits de l'homme très  élevée. Nous avons adopté au niveau de l'Etat les valeurs humaines universelles et nationales, avec la conviction qu'elles se complètent mutuellement.

Nous sommes loin de l'idéal de notre Première République. On se souvient que c'était aussi un pays de famine, d’épidémies, peuplé d’exilés et d’orphelins à demi-morts. Mais à cause de tout cela, notre Première République est encore plus précieuse pour nous. Le 28 mai, les fondations de la nouvelle structure étatique ont été posées, et une structure qui a sauvé un ancien peuple de l'extinction.

Toutefois, je tiens à répéter que la chose la plus importante qui s'était passée : psychologiquement et politiquement un Arménien nouveau était né : le citoyen de la République d'Arménie.

Chers concitoyennes et concitoyens,

Je tiens encore une fois à vous féliciter pour cette grande fête. Je nous souhaite à tous des activités pacifiques et une image qui sied à un fier citoyen de l'Etat. Je souhaite que nous restions à jamais dignes des exploits héroïques et des rêves des héros, qui ont rendu le 28 Mai possible."

(...)

Rappelant certains épisodes des batailles héroïques de Sardarabad, Bash-Abaran et Kharakilissé, l’historien et professeur Papken Haroutounian, a indiqué que les victoires de Mai ont été emportées grâce à un petit groupe de forces régulières et de volontaires. "Nous avons vaincu les Turcs à cause de notre unité", a-t-il déclaré. Il a souligné l'importance de poursuivre une politique économique appropriée et avoir une armée forte.

Le doyen de la Faculté d'Histoire de l'Université d'Etat, Edik Minassian a également souligné l'importance de l'unité dans les victoires de Mai. "La première république n’a existé que 30 mois seulement, quelles sont les leçons qui doivent être tirées ? Tout d'abord c'est l'absence d'une armée régulière, lacune qui a été corrigée aujourd'hui," a-t-il souligné.

1918 a marqué une percée dans l'histoire arménienne. Les gens, qui avaient survécu au génocide, ont trouvé la force en eux-mêmes pour rétablir l'Etat a perdu il y a cinq siècles.

(…)

Le ministre de la Défense de la RHK, le Gal Movses Hagopian, a déclaré que les Arméniens doivent tirer des leçons de la bataille de Sardarabad : "Une personne désireuse de protéger sa patrie peut organiser sa défense. La bataille de Sardarabad l’a prouvée, permettant l'établissement de la première république."

Il a en outre ajouté que "l’exploit est devenu source d'inspiration" pour les Arméniens qui ont libéré Chouchi et établi la République du Haut-Karabakh en 1992, près d'un siècle plus tard.

(...)

"L’unité, la foi et l'amour de la patrie ont été les moteurs de la victoire de 1918," a déclaré pour sa part le chef d’Etat-major de l’armée arménienne, le Gal Yuri Khatchadourov, au Mémorial de Sardarabad.

Il a également souligné la volonté des armées de l'Arménie et du Haut-Karabakh d’accomplir des exploits identiques aux héros de la bataille Sardarabad.

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* Brève Russie *

Le 24 mai, l'Institut des Etats de la CEI a organisé des tables rondes présidées par le Directeur de l'Institut, Konstantin Zatuline. Un des thèmes était : "Les menaces intérieures et extérieures au Caucase, en arrière-plan de la crise du Moyen-Orient", avec la participation d’experts russes de la région, et des représentants des ambassades du Haut-Karabakh, d'Iran, d'Azerbaïdjan, et d'Abkhazie.

Le Haut-Karabakh était représenté par les Conseillers du ministre des Affaires étrangères : Ruben Zargarian et Arsène Melik-Chakhnazarian. M. Zargarian a analysé les menaces de la Turquie et les conflits qu'elle provoquerait sur la région, les revendications territoriales de l'Azerbaïdjan envers ses voisins et le refus officiel de Bakou de certaines normes du droit international. L'orateur a mis en avant le rôle et l'importance de la République du Haut-Karabakh dans l'établissement de la paix et de la stabilité en Méditerranée orientale, il a également exposé les tentatives illégales de l'administration azérie de jeter le doute sur la souveraineté et l'intégrité territoriale de la RHK.

Il a indiqué que le retard de la reconnaissance définitive de la RHK complique sérieusement les relations interétatiques. Le Conseiller a présenté la position de la RHK sur le règlement juridique international du conflit entre l’Azerbaïdjan et le Haut-Karabakh ; règlement qui a été activement soutenu par tous les participants de la table ronde.

Les tentatives du représentant de l'ambassade d'Azerbaïdjan pour nier l'existence de la RHK ont été rapportées par de nombreux participants, lesquels ont souligné dans leurs discours que six entités internationales existaient dans le Sud-Caucase et que le Haut-Karabakh était l'un des Etats les mieux établis et l’un des plus stables de la région.

* Brève Etats-Unis *

La Commission financière du Sénat a approuvé le budget 2013 (FY) des Etats-Unis, et notamment les fonds américains et les priorités stratégiques pour l'étranger, y compris pour l'Arménie et le Haut-Karabakh, indique l'Assemblée Arménienne d'Amérique (AAA).

Ainsi, la Commission communique : "Une résolution pacifique est nécessaire, et des fonds sont accordés pour les mesures de confiance et d'autres activités en vue de résoudre pacifiquement les conflits de la région. Une aide aux victimes du conflit du Haut-Karabakh est accordé, équivalent aux années précédentes, et pour les besoins courants liés au conflit."

L’Arménie se voit octroyer les montants suivants : 27,22 millions de soutien économique, 2,5 millions pour les programmes de santé, et 2,82 millions pour la lutte contre les stupéfiants. A ces sommes, une aide militaire de 2,7 millions (FMF) est allouée, ainsi que 600.000 $ pour la formation internationale militaire (IMET).

Le projet de loi a également réaffirmé les six exemptions habituelles pour l'assistance humanitaire prévue à l'article 907 du Freedom Support Act, lequel stipule que le gouvernement azerbaïdjanais doit prendre «des mesures tangibles pour mettre fin au blocus et à l’usage de la force» contre l'Arménie et le Haut-Karabakh.

* Brève Turquie *

"L'initiative Arménie n'est pas gelée. Je ne pense pas que le processus turco-arménien soit mort. La Turquie et la région ont besoin toutes deux de sortir de ce différend. Nous travaillons sur la question à plus grande échelle. Il existe des organisations, civiles et officielles, à qui nous avons confié la tâche pour ce faire. Le statu quo n'aide ni la Turquie, ni  l'Arménie, ni l'Azerbaïdjan," a déclaré aux journalistes le président Abdullah Gül dans l’avion qui le ramenait en Turquie après une visite de 10 jours aux États-Unis.

Il a indiqué que l'Etat de Californie est le foyer de nombreuses personnes d'origine arménienne, et qu'il n'y avait pas eu d'incidents notables. "Les Arméniens qui occupent des positions élevées à San Francisco nous ont accueillis chaleureusement et ont été d'excellents hôtes. Ils nous ont dit qu'ils étaient très heureux de notre visite," a-t-il ajouté.

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Extrait de Armenialiberty, de Radiolour et de PanArmenian

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