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mardi 17 juillet 2012

Haut-Karabakh : Les médiateurs ont de nouveau constatés

Traductions et commentaires de Gérard Merdjanian

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Commentaires

Depuis dix-huit ans, le rôle dévolu aux médiateurs est d’aider au règlement du conflit à partir de propositions basées sur le droit et les normes internationales. Mais attention, il faut bien faire la distinction entre les trois médiateurs et le groupe de Minsk de l’OSCE.

En fait ce sont les trois pays appartenant au G8 – Etats-Unis, Fédération de Russie et France – qui pilotent le groupe en tant que coprésidents et qui se déplacent sur le terrain. D’ailleurs c’est préférable quand on voit la composition du groupe de Minsk. En plus des trois pays sus-cités, le groupe comprend : l'Allemagne, la Biélorussie, la Finlande, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède, la Turquie, ainsi que l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Logiquement trois pays ne devraient pas en faire partie. L’Arménie et l'Azerbaïdjan car on ne peut être à la fois juge et partie, acteur direct et spectateur ; et si besoin était, ils pourraient toujours venir s’expliquer ou apporter des précisions devant le groupe. Mais le plus étonnant reste la présence d’un Etat génocidaire, la Turquie. Lequel par solidarité envers Bakou, maintient le blocus de l’Arménie depuis le cessez-le-feu et refuse systématiquement de ratifier les protocoles de normalisation des relations avec Erevan - signés il y a trois ans en grande pompe devant la communauté internationale, pour l’obliger à céder la zone de sécurité autour du Haut-Karabakh avant même qu’un quelconque préaccord ne soit signé entre les parties. Comme impartialité il y a mieux !

Il serait peut-être temps que les prérogatives du groupe de Minsk soient étendues, sans pour autant devenir une annexe du Conseil de sécurité. C’est sans doute les raisons pour lesquelles nombre de pays, UE en tête, essaient de contourner le côté politique pour travailler sur l’aspect ‘société civile’. Une question reste toutefois posée : la population azerbaidjanaise aura-t-elle le poids suffisant pour faire modifier la politique de son pays ?

Quelles que soient les solutions choisies, il est indispensable que les dirigeants et/ou la population du Haut-Karabakh participent de plein droit aux négociations de paix ; car au final c’est eux les premiers concernés.

La déclaration de Khrouchtchev à la tribune de l’ONU reste toujours valable cinquante ans après: «Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable».


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Traductions

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Communiqué

Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - Robert Bradtke (Etats-Unis), Igor Popov (Fédération de Russie), Jacques Faure (France) ainsi qu’Andrzej Kasprzyk (Représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice) se sont rendus du 10 au13 Juillet à Bakou, puis au Haut-Karabakh, et à Erevan.

A Bakou, les coprésidents ont rencontré le Président Ilham Aliev et le ministre des Affaires étrangères Elmar Mammadyarov ; au Haut-Karabakh, Bako Sahakian ; et à Erevan, le Président Serge Sarkissian, le ministre des Affaires étrangères Edouard Nalbandian, ainsi que le ministre de la Défense Seyran Ohanian. Le 11 Juillet, ils ont traversé la ligne de contact à pied vers le Haut-Karabakh et de là se sont rendu à Erevan en passant par Kelbadjar - leur première visite dans cette région depuis Octobre 2010 lors de la Mission d'évaluation sur le terrain. Dans toutes leurs réunions, les coprésidents ont réaffirmé l'engagement de leurs pays pour un règlement pacifique du conflit, tel que les présidents des trois pays coprésidents ont souligné dans leur Déclaration conjointe du 18 Juin à Los Cabos.

Les coprésidents ont poursuivi les discussions à Paris avec les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Les coprésidents ont exprimé leur profonde préoccupation devant les récents incidents le long de la ligne de front, et ont réitéré que la volonté politique des parties pour parvenir à la paix est la meilleure preuve, de s'abstenir de positions maximalistes, de respecter l'accord de cessez-le-feu de 1994 et de s'abstenir de la rhétorique hostile publique.

En ce qui concerne l'ouverture prévue d'un aéroport dans le Haut-Karabakh, les coprésidents ont reçu les assurances renouvelées des côtés qu'ils rejetaient toute menace ou emploi de la force contre des avions civils, de poursuivre l'affaire par le biais de mesures diplomatiques, et s'abstenir de politiser la question. Les coprésidents ont réaffirmé que le fonctionnement de cet aéroport ne peut pas être utilisé pour soutenir toute revendication portant sur un changement du statut du Haut-Karabakh, et ont exhorté les parties à agir conformément au droit international et à la pratique courante pour les vols au-dessus de leur territoire.

Les coprésidents prévoient de se retrouver séparément avec les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan en vue de préparer une réunion conjointe des ministres en Septembre.

(…)

Le ministre de la Défense arménien, Seyran Ohanian, a reçu les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE lors de leur tournée dans la région.

Les parties ont discuté du processus de règlement du conflit du Karabakh. À la demande des coprésidents, le ministre arménien de la Défense a présenté la situation actuelle sur la ligne de contact, suite à l'escalade de la tension, aux fréquentes violations du régime de cessez-le-feu, et qu’il attachait de l'importance à la mise en œuvre des mesures de confiance.

* Brève de l’ONU *

Des débats portant sur la paix post-conflit ont eu lieu au Conseil de sécurité. Une fois par an, le Conseil de sécurité traite de la question du processus et des mécanismes de rétablissement de la paix dans les pays en conflit. Etaient présents, le Secrétaire général, des Représentants de plus de dix pays membres, et notamment le Représentant permanent de l'Arménie, l'Ambassadeur Karen Nazarian.

L’Ambassadeur arménien a indiqué que les programmes de coopération peuvent servir comme d'importantes mesures de confiance, même dans le cas où les parties en conflit sont en pourparlers de paix.

Ainsi, le Sud-Caucase a besoin de la coordination des initiatives régionales et des programmes d'aide des organisations financières internationales afin de promouvoir la mise en place d'une paix durable et d’efforts ciblés sur le développement durable.

* Brèves de l’Artsakh *

Le président de la Commission de la politique étrangère et de la sécurité de la RHK a commenté le Rapport indiquant que l'Azerbaïdjan a lancé un exercice militaire sur la ligne de contact.

Selon Massis Maïlian, les exercices sont très probablement liés à l’élection présidentielle de l'Artsakh du 19 juillet. "Ces exercices sont généralement organisés par l'Arménie et/ou l'Azerbaïdjan, mais le fait qu'ils se déroulent la veille du vote peut être lié à l'événement en question."

Il considère la manœuvre de Bakou comme une autre tentative d'influencer les processus démocratiques en Artsakh. Quoi qu’il en soit, la confiance des dirigeants pour des élections réussies, avec la population de l'Artsakh, est une nouvelle preuve de leur adhésion aux valeurs démocratiques.

(…)

"Au cours de sa visite dans la région, la Secrétaire d'Etat  Hillary Clinton a parlé de ‘nouvelles propositions’ qui vont bientôt être mises en place dans le cadre des négociations de paix sur le conflit du Haut-Karabakh. Mais les coprésidents du Groupe de Minsk n'en ont pas parlé. Par conséquent nous pouvons conclure que les dites propositions relèvent des États-Unis, et non du Groupe de Minsk," indique le quotidien kharabakhi, Hayots Achkhar.

En réponse à cette interrogation, le porte-parole du président Sahakian, David Babayan, a déclaré : "je crois que l'accent sera principalement mis sur les mesures de maintien de la paix et de la stabilité, plutôt que sur de nouvelles propositions. Depuis quelques temps, les pays médiateurs essaient d’introduire une approche humanitaire, et non plus des mesures essentiellement politiques, ce qui peut être considéré comme une démarche assez rare pour un règlement de conflit."

* Brève de franco-arménienne *

L'Ambassadeur de France d’Arménie, Henri Reynaud, a donné une interview à l’occasion de la fête nationale française.

Comment qualifieriez-vous la dynamique des relations arméno-françaises?

La dynamique des relations arméno-françaises est constamment confirmée dans divers domaines, surtout après la visite du président arménien en France et du voyage du président français en Arménie en 2011, ainsi que les visites des maires de Paris et de Lyon. Sur le plan politique, la France est coprésidente du groupe Minsk de l'OSCE et travaille à trouver une solution au conflit du Haut-Karabakh. En termes de relations bilatérales, le Président Hollande a réitéré sa déclaration précédente concernant la pénalisation de la négation du génocide.

Concernant les liens économiques, la France reste le premier et plus grand investisseur occidental en Arménie. En outre, les entreprises françaises développent des projets en Arménie. Un nouvel élan à la coopération économique a été l'Agence française de développement.

Quant à l'Université française en Arménie, il a obtenu un grand succès, y compris sur le marché du travail. Le travail est en cours pour créer un lycée franco-arménien qui viendra compléter la chaîne du réseau de l'éducation intégrée - de la maternelle à l'université en langue française. Ceci est particulièrement important dans le contexte où l'Arménie va devenir un membre à part entière de l'Organisation de la Francophonie.

Le peuple français a commencé la lutte pour les droits de l'homme et des valeurs démocratiques il y a plus de 200 ans. Les citoyens arméniens ont beaucoup à apprendre. Qu’en est-il du développement de la coopération sur ce point ?

Concernant les "droits de l'homme", je suppose que la question concerne l’inviolabilité les droits de l’homme universels qui sont énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il est également vrai que le concept a été fondé au 18ème siècle en France et que de nombreux pays considèrent la France comme la patrie des droits de l'homme. L'Etat de droit est étroitement lié à la question des droits de l'homme.

Dans ce domaine, la coopération franco-arménienne se manifeste de différentes manières. Des ateliers sur les droits de l'homme, sur la liberté d'information, avec la participation de la fondation d'Alembert, et une conférence sur la réconciliation se sont tenus. Nous fournissons également une assistance aux jeunes avocats qui vont en France pour se former sur la protection des droits de l'homme. En collaboration avec l'OSCE, nous avons aidé certains membres de la Commission électorale centrale à suivre les dernières élections législatives en France. Enfin, les étudiants de l'Université française d’Arménie et les entreprises françaises qui travaillent en Arménie sont les porteurs de valeurs démocratiques.

Les peuples français et arménien ont une affection et une amitié mutuelle. Quel est le volume du chiffre d'affaires du commerce entre les deux pays ? Combien de sociétés à capitaux entièrement français ou mixtes travaillent en Arménie ?

Les relations commerciales entre la France et l'Arménie qui avaient ralenti en raison de la crise mondiale, ont repris. A titre de comparaison, le CA qui en 2010 s'élevait à 44 millions de dollars, a atteint 59 millions en 2011. L’an dernier, les biens importés d'Arménie en France ont représenté 15 millions, et la France a exporté vers l’Arménie pour 44 millions. Le travail visant à accroître ces volumes des échanges est en cours.

Il y a environ 150 entreprises françaises qui travaillent en Arménie. Vingt-quatre entreprises sont entièrement ou partiellement des joint-ventures. Parmi elles on peut citer Pernod Ricard, le Crédit Agricole, Orange, Air France, SOAR ou Veolia.

Combien d'Arméniens ont visité la France depuis le début de l'année et combien de touristes français ont visité l'Arménie ?

L'Arménie et la France ont développé le tourisme, un nouvel élan dû notamment aux efforts de la communauté arménienne. En parallèle, les français sont de plus en plus intéressés par l'Arménie, ainsi, ils découvrent toute la richesse culturelle et historique de ce pays. Il est encourageant de voir l'Arménie mettre en valeur le potentiel exceptionnel du tourisme, l'ouverture de nouvelles opportunités pour aborder les questions d'emploi, le développement économique.

En tant que coprésident du Groupe de Minsk de l'OSCE pour le règlement du conflit du Karabakh, quel est votre sentiment de voir l'Azerbaïdjan refuser de retirer les snipers et refuser de créer des mécanismes pour enquêter sur les incidents à la ligne de contact ? Quelle est votre attitude à l'égard de la course aux armements initiée par Bakou ?

Il n'y a pas de solution militaire au conflit du Haut-Karabakh. Cela a été confirmé par le président du Conseil européen - Van Rompuy, et par le Secrétaire général de l'OSCE - Lamberto Zannier, au cours de leurs récentes visites à Erevan. Par conséquent, il est nécessaire de travailler en permanence vers un règlement du conflit du Karabakh par le biais des pourparlers de paix dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE. Cela s'est reflété dans l'appel des présidents des pays coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE dans leur communiqué publié à Los Cabos. Il est donc nécessaire de prendre des mesures pour renforcer la confiance comme il a été convenu lors du sommet de Sotchi en 2011. Cela permettra aux parties en conflit de parvenir à un accord en rapprochant leurs positions. Les parties doivent travailler à instaurer une confiance, il est nécessaire de choisir la voie du dialogue, et non celle de la confrontation. C'est le seul moyen pour aider à délimiter les perspectives de la région.

Malgré les appels répétés à ne pas lier la normalisation des relations arméno-turques avec le règlement du conflit du Karabakh, Ankara continue de s’obstiner en refusant de ratifier les protocoles arméno-turcs. Quelle est l'attitude de la France sur la position d'un membre de l'OSCE qui continue le blocus d'un autre Etat membre ?

La normalisation des relations arméno-turques est la plus grande priorité. Les relations diplomatiques doivent être établies et les frontières doivent être ouvertes. Il est nécessaire de ratifier rapidement les protocoles signés en 2009. C’est le seul moyen possible pour préparer le terrain à la communication et à l'échange, afin d’ouvrir la porte à la réconciliation entre les deux pays. En fait, l'exemple de la France et l'Allemagne montre qu'il n'y a pas de plaies incicatrisables. L’histoire de la réconciliation Franco-allemande depuis 50 ans mérite d'être méditée.

Comment voyez-vous la coopération entre l'Arménie et la France au sein des organismes internationaux et en particulier, l'assistance de la France à l'intégration européenne de l'Arménie ?

L'Arménie a choisi un modèle européen de développement entrant dans le processus de convergence avec l'UE. Des progrès ont été enregistrés dans les pourparlers sur l'Accord d'Association. Les négociations sur la facilitation du régime des visas et de réadmission sont satisfaisantes. Les entretiens sur la zone de Libre-échange approfondi et global ont été lancés. L'UE est déjà devenue le partenaire commercial n°1 de l'Arménie. La France, à son tour, appuie inconditionnellement le processus de convergence UE-Arménie.


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Extrait de Radiolour, de PanArmenian et de News.am

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