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mardi 18 octobre 2011

Le président Sarkozy remercie l’Arménie


Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

On ne peut que se réjouir en lisant la lettre du président Sarkozy. Tout va dans le sens de l’histoire, et pour peu que la France tance le comportement de Bakou en donnant raison à l’Arménie, il serait le ‘phœnix des hôtes de ces lois’.

Le problème, c'est que ce genre de comportement arrive :

- Six moins avant la fin de son mandat et donc fort à propos pour la prochaine élection présidentielle.
- Que pendant quatre et demi, il n’a rien fait pour faire confirmer par le Sénat une loi votée par l’Assemblée nationale en octobre 2006, sur la pénalisation du déni de génocide.
- Que pendant qu’il caresse les Arméniens dans le sens du poil, ses collaborateurs (le ministre Claude Guéant et le conseiller Jean-David Levitte) font de même vis-à-vis avec la Turquie, en limitant la portée des propos du président français. Ce que fait la main droite est rectifié aussitôt par la main gauche, sachant que les deux mains appartiennent au même corps, l’Etat.

Aussi, dans le cas du phœnix français le passage [à l’acte] ne correspond pas au ramage. Et c’est pire dans le cas du phœnix américain, sauf quand il s’agit de faire la guerre ... chez les autres.

A croire que M. Petersen ne lit pas les déclarations des dirigeants turcs, qu’ils soient ottomans ou azéris. Il y verrait entre-autre que si la Turquie a un tel comportement envers l’Arménie, c’est bien parce que l’Azerbaïdjan pèse de tout son poids dans les décisions d’Ankara ; et ce sans être intégré au processus de rapprochement. Le processus de négociation arméno-azéri a certes une influence sur le processus de normalisation arméno-turc, mais ce n’est pas pour autant que les deux processus sont liés.

Quant à croire que si le conflit du Karabakh est résolu, la Turquie va ouvrir les bras à l’Arménie, c’est bien mal connaître l’histoire de ces deux peuples.


***

"La France fait confiance à l'engagement déclaré de l'Arménie pour une solution de compromis au conflit du Haut-Karabakh. Soyez assurés que la France se tient résolument à vos côtés pour relever les défis auxquels votre pays fait face et, dans en premier lieu, le règlement du conflit du Haut-Karabakh par des négociations," a déclaré lundi dans une lettre à son homologue arménien Serge Sarkissian, le président Nicolas Sarkozy.

"Aux moments critiques de votre pays, vous avez réussi à prouver votre courage et votre sens des responsabilités qui méritent l'admiration. Je n'ai aucun doute que, si nécessaire, vous serez capable de prendre le risque de la paix pour le bien de votre pays et de la région et laisser ainsi votre empreinte sur l'avenir de l'Arménie."

Dans sa lettre, M. Sarkozy a également souligné l'importance de sa visite d'Etat en Arménie, soulignant qu'elle va "renforcer l'amitié entre nos pays." Il remercie l’Arménie pour l'accueil chaleureux qu'il a reçu lors de sa visite en début de mois et réaffirme l'engagement de son pays de continuer la campagne pour la reconnaissance du génocide arménien.

M. Sarkozy exprime également sa gratitude pour l'accueil chaleureux de la population arménienne au Square de France d'Erevan, ce qui est une preuve de la longue amitié entre les deux pays.

Le président poursuit en indiquant : "J’ai été profondément ému au Mémorial du Génocide quand j'ai rendu hommage à la mémoire des victimes des massacres perpétrés contre votre peuple, le 24 avril 1915. La France n'arrêtera pas son engagement, tant que les massacres n'auront pas été correctement reconnus par les descendants des coupables," et d’ajouter qu’il salue la contribution apportée par "les survivants du génocide qui ont trouvé refuge en France."

"Maintenant, nous devons déterminer plus clairement les perspectives que nous avons décrit lors de nos réunions pour mettre en œuvre des programmes qui contribueront à renforcer encore l'amitié entre nos deux pays. Soyez confiant que la France va œuvrer résolument à mettre en œuvre ceux-ci," a déclaré M. Sarkozy, souhaitant un avenir pacifique et prospère à l'Arménie.

*

"La France est le deuxième investisseur dans l'économie arménienne. Elle est représentée dans les différentes sphères de l'économie, et les investissements Français ont tendance à augmenter," a déclaré l'ambassadeur français d'Arménie, Henri Reynaud.

"La Turquie devrait regarder son histoire en face et reconnaître le génocide arménien."

"Paris est pour le maintien du format du Groupe de Minsk de l'OSCE. La solution doit être trouvée avec des négociations dans ce cadre."

"Les négociations sur l'accord d'association entre l'Arménie et l'Union européenne sont plutôt actives. L'Arménie a assumé la politique d'intégration rapide dans la famille européenne et se déplace régulièrement dans cette direction. La signature de l'accord d'association va marquer le début d'une nouvelle étape dans les relations Arménie-UE et stimulera le développement économique du pays. Par ailleurs, les relations UE-Arménie et Arménie-France sont étroitement liées aujourd'hui," et d’ajouter que "le régime des visas sera facilité dans un avenir proche, suivi par la création d'une zone de libre-échange."

* Brève américano-azérie *

Le Chargé d'Affaires de la Mission des Etats-Unis de l'OSCE, Gary Robbins, a publié une déclaration condamnant les comportements envers les manifestants du 2 avril en Azerbaïdjan.

"Les Etats-Unis regrettent profondément les condamnations récentes d'un certain nombre de militants de l'opposition qui ont participé aux manifestations pacifiques du 2 avril. Ces décisions portent sur :

- Le verdict du 10 Octobre de la Cour du district de Nasimi condamnant quatre militants - Ahad Mammadov, Ulvi Guliyev, Elnur Medzhidli et Rufat Hajibeyli - sur des accusations de ‘trouble de l'ordre public’ et/ou ‘résistance à la police’ ;

- Le 3 Octobre, l’Arrêt de la Cour du district de Sabail condamnant quatre autres militants - Arif Hajili, Tural Abbasli, Mahammad Majidli, et Fouad Gahramanli - sur des accusations de ‘trouble de l'ordre public’ et pour avoir organisé et planifié les manifestations pro-démocratie du 2 avril.

Nous regrettons en outre les décisions prises par le même tribunal le 25 août dernier, pour la condamnation de six autres militants sur des accusations similaires.

14 militants politiques ont été condamnés à la suite de la démonstration du 2 avril. Nous encourageons la Mission à continuer de suivre de près les procédures judiciaires, y compris pour les Appels.

Les États-Unis rappellent au gouvernement les obligations de l'Azerbaïdjan liés à sa Constitution et ses engagements vis-à-vis de l'OSCE, de respecter la primauté du droit et les droits de tous ses citoyens, sur la liberté de réunion et la liberté d'expression. En conséquence, nous appelons les autorités judiciaires de l'Azerbaïdjan de s'assurer que tout Appel de ces condamnations doit être examiné conformément aux engagements constitutionnels et internationaux de l'Azerbaïdjan, créés pour aider tous les Azerbaïdjanais à progresser, dans la culture démocratique, dans les processus et les institutions dans leur pays."

* Le coin des experts *
* Alexandros Petersen *

Un expert de l’Europe du Sud du Centre international Woodrow Wilson des Universitaires, Alexandros Petersen, est sceptique quant à l’ouverture la frontière Arménie-Turquie d’ici la fin de l’année.

"A l'heure actuelle, Erevan et Ankara ne sont pas prêts de résoudre le problème, il existe trop de différences dans leurs positions ainsi que sur les méthodes de rapprochement. Si l'Azerbaïdjan avait été impliqué dans les négociations de rapprochement, l'ouverture des frontières aurait eu un effet positif sur la situation régionale. Toutefois, l'administration américaine qui pilote la politique de rapprochement, a préféré ne pas impliquer les dirigeants de Bakou. Ce fut la tentative d'impliquer l'administration azérie à la dernière minute qui a conduit à une impasse."

* Manuel Ghoumachian *

"Le mythe politique de la Turquie du ‘zéro problème avec les voisins’ a implosé suite au processus de normalisation des relations arméno-turques. L’échec de la ratification des protocoles depuis deux ans, montre que la Turquie n'était pas sincère dans ses propos de vivre en paix avec tous ses voisins," a déclaré l'analyste politique Manuel Ghoumachian.

"Ce mythe n’a plus lieu d’être. Nous voyons les relations de la Turquie avec ses voisins : Israël, l'Iran, la Syrie ou la Grèce, en aucun cas cela correspond au slogan ‘zéro problème avec les voisins’. La Turquie montre ainsi son vrai visage."

Le politologue rappelle ce que le Wikileaks a révélé : que la Turquie a ouvert ses archives aux chercheurs qu'après avoir détruit tous les pièces compromettantes sur le génocide arménien.

Ce qui selon Ghoumachian, a eu une autre conséquence importante : c’est qu'il est devenu clair aux yeux monde entier que la Turquie n'était pas impartial et donc qu’elle ne pouvait pas agir comme médiateur dans le processus de règlement du conflit du Karabakh.
















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