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vendredi 4 novembre 2011

Relations UE-Arménie



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Depuis quelques mois, l’Union européenne est passée à la vitesse surmultipliée concernant les six pays du Partenariat de l’Est - Ukraine, Moldavie, Belarus, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan – en multipliant les réunions et les visites. Alors que la Commission de coopération parlementaire termine sa visite c’est au tour du Vice-président de la BERD, Jan Fisher, d’arriver pour déterminer les priorités en Arménie.

Le but est d’essayer de diminuer autant que faire se peut, l’influence de la Russie dans cette partie du monde. L’Ukraine, la Géorgie et l’Azerbaïdjan font de gros efforts pour se détacher économiquement et surtout politiquement de la Russie, en lorgnant fortement vers l’UE, voire vers les Etats-Unis par OTAN interposé. La mise en place de stations de radar n’a rien d’innocent. Les millions d’euros prévus dans les programmes ne seront pas de trop surtout en ces temps de crise. D’autant qu’au bout il y a le gaz de la mer Caspienne. L’Arménie est probablement parmi ces six, le pays le plus attaché à Moscou, non pour des raisons idéologiques mais sécuritaires. La Turquie et l’Azerbaïdjan maintiennent un blocus depuis 1993 et ne demanderaient pas mieux que de franchir la frontière, s’il n’y avait pas les deux grandes puissances, USA et Russie. La France comme l’UE n’ont qu’un rôle de figurant dans ce domaine.

L’UE commence sérieusement à se désintéresser de la Turquie. Des milliards ont été versés à la Turquie comme subvention en vue d’une adhésion hypothétique d’ici une douzaine d’année, et ces sommes ont été englouties sans résultats tangibles au bout – c'est-à-dire mise en place des valeurs de l’UE (Libertés, Démocratie, Droits de l’Homme) –, mais ont servi à redresser l’économie du pays, lequel pays a maintenant des velléités de puissance régionale avec un regard insistant vers le Proche-Orient, le tout agrémenté d’une politique anti-israélienne et pro-musulmane . Ce qui bien sûr n’empêche pas de nombreux pays européens de commercer de façon lucrative avec les dignes successeurs de l’empire ottoman.

Les affaires sont les affaires.


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Le président Serge Sarkissian a reçu hier une délégation du Parlement européen conduite par Milan Gabrinoch, le coprésident de la Commission de coopération parlementaire UE-Arménie.

Le président attache beaucoup d’importance à la visite de la délégation du PE en l'Arménie et a exprimé l'espoir que ce serait une bonne occasion de connaître les problèmes, les défis et les développements de l’Arménie et dans la région, contribuant ainsi au renforcement des relations Arménie-UE. Il est prévu que la délégation rencontre des représentants des partis politiques, de la société civile et des organismes d'Etat.

"Nos vœux et nos aspirations sont claires. Nous voulons avoir une approche beaucoup plus prospère, plus démocratique et plus sûre pour l'Arménie et pour une région stable et pacifique. Nos efforts vont dans ce sens," a déclaré le Chef de l’Etat.

Sous la coprésidence de M. Milan Gabrinoch (Groupe Conservateurs et réformistes) et Mme Naira Zohrabyan (du parti Arménie Prospère), la 12e réunion du Groupe de coopération  parlementaire UE-Arménie s’est déroulée à Erevan les 2 et 3 Novembre. Une déclaration finale a été adoptée au sortir de la rencontre.

La Commission de coopération parlementaire se félicite de l'intensification des relations UE-Arménie des dernières années et l'ouverture de perspectives ambitieuses pour la coopération dans les domaines politiques, économiques, culturels, et autres. Elle soutient entièrement le Partenariat oriental et les principaux objectifs de la révision de la Politique européenne de Voisinage, notamment en mettant un lien fort et clair entre l'offre de l'UE pour chaque pays partenaire et le taux d'avancement des réformes dans les pays respectifs.

La Commission se félicite également du lancement des négociations sur l'Accord d'association UE-Arménie, et note avec satisfaction les progrès accomplis. Elle espère l'ouverture rapide de négociations sur le libre-échange UE-Arménie de manière profonde et complète, et attend avec impatience le lancement de l'Accord global de renforcement des programmes institutionnels.

La Commission appuie l'ensemble des principes, sans exception, présenté par les présidents des pays coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE dans leurs déclarations communes d’Aquilla en 2009 et de Muskoka en 2010. Elle soutient également la déclaration de Deauville du 26 mai 2011 qui appelle toutes les parties au conflit à faire un pas décisif vers un règlement pacifique du conflit, qui déplore le statuquo inacceptable, qui condamne l'usage de la force, et qui insiste sur la nécessité de préparer les populations à la paix.

Elle soutient également avec le Groupe de Minsk les déclarations des coprésidents du 17 Juillet 2010 que toute tentative de sélectionner que certains éléments des Principes de base, entrainera l’impossibilité de parvenir à une solution équilibrée.

La Commission se félicite de l'intention de l'UE d'accroître son soutien à une résolution pacifique du conflit du Haut-Karabakh, et notamment attache une grande importance pour éviter les propos incendiaires dans les déclarations générales et belliqueuses, et souligne en particulier, que toute tentative de résoudre le conflit par la force serait catastrophique.

Concernant les relations avec la Turquie, la Commission déplore la non-ratification des deux protocoles signés en 2009 sur l'établissement de relations diplomatiques, l'ouverture de la frontière commune (fermée par la Turquie) et le développement de la coopération. Elle souligne que le processus de normalisation arméno-turc et les négociations arméno-azéries sous l’égide du Groupe de Minsk de l’OSCE sont des processus séparés qui doivent progresser sur leurs justifications propres. Elle note, cependant, que les progrès dans l'un des deux processus pourraient avoir de vastes conséquences, potentiellement très positives dans la région, comme un tout.

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* Brèves de Turquie *

* Dogu Perinçek

Une délégation de 160 personnes s’est rendue en Suisse pour soutenir le chef du Parti des travailleurs de la Turquie, Dogu Perinçek, lequel est sous le coup d’une condamnation suisse pour négation du génocide arménien lors d'une manifestation en 2005 à Lausanne.

Suite à cette condamnation, Mr. Perincek a déposé une plainte contre la Suisse devant la Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH).

La CEDH avait adressé à la Turquie une lettre demandant un complément d’informations, Ankara vient de répondre.

On attend la décision de la CEDH.

* Relations avec Israël

Les relations entre la Turquie et Israël sont susceptibles d’une nouvelle crise suite au projet de satellite électro-optique Gokturk.

Le projet doit permettre à la Turquie d’acquérir des images en haute résolution, d’Europe, du Caucase et du Moyen-Orient, destinées au renseignement militaire ;  officiellement pour renforcer la lutte contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

Craignant que le satellite espionne son territoire, Israël a fait pression sur la France, qui travaille à la construction du satellite, en coopération avec la société italienne Telespazio, pour faire arrêter le projet. Les responsables israéliens font également pression à Ankara, par crainte du refus de la France.

Une fois le satellite lancé en 2012, la Turquie sera en mesure de vendre les images. Israël tente actuellement de négocier avec les responsables turcs, afin de s'assurer que la Turquie ne vendra pas d’images d'Israël à des Etats ‘non-fiables’ (Iran, Palestine, etc.).

La réponse des autorités turques a été claire: "Pendant des années, Israël a obtenu des images de notre territoire. Pour la première fois, nous aurons un satellite de même type. La réciprocité est essentielle dans les relations internationales. S’ils observent le sol turc, la Turquie aura le même droit. Aussi, nous déciderons comment utiliser les images prises par notre satellite."

* Yusuf Halacoglu


Yusuf Halacoglu, membre du MHP (parti d’opposition turque), historien de son état,  compte former une Commission pour contrer la campagne de reconnaissance du génocide arménien, en prévision du centenaire de 1915.

Le Président du Parlement turc, Cemil Cicek, en prendrait la direction.

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* Brève d’Azerbaïdjan *

"Un consortium va être créé pour construire un nouveau gazoduc qui transportera le gaz naturel azéri (projet Shah Deniz II) vers l’Europe à travers la Turquie," a déclaré Nasirov, le Directeur adjoint de Socar (société nationale azerbaidjanaise d’énergie).

Le gazoduc aura un débit de 16 milliards de m3/an, dont 10 destinés à l'Europe et 6 pour la Turquie occidentale. Le coût du projet n’a pas été dévoilé.

Quatre projets de pipeline sont en concurrence pour transporter le gaz azéri vers l'Europe : Nabucco ;  Interconnector Turquie-Grèce-Italie ; Trans Adriatic Pipeline ;  BP-led.

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* Brèves d’Arménie *

* Edouard Nalbandian

"Les Nations-Unies ne jouent et ne joueront aucun rôle majeur dans les efforts internationaux pour mettre fin au conflit du Haut-Karabakh, même après que l'Azerbaïdjan soit devenu membre de son Conseil de Sécurité," a déclaré hier le ministre des Affaires étrangères Edouard Nalbandian.

"Les trois pays coprésidents et les membres permanents du Conseil de sécurité ont déclaré à maintes reprises que le conflit du Haut-Karabakh doit être résolu dans le cadre du Groupe de Minsk et non être déplacé vers d'autres structures. Je pense donc qu'il n'est pas nécessaire d’avoir des états émotionnels ou de dramatiser la situation, suite aux déclarations en provenance d’Azerbaïdjan. L'Arménie continuera à prendre des mesures en vue de la résolution du conflit du Karabakh sans avoir des ‘convulsions nerveuses’, travaillant pour le renforcement de la stabilité régionale et de la sécurité, et pour le développement de relations normales avec tous les Etats", a-t-il ajouté.

Abordant le processus de normalisation des relations arméno-turques, le ministre a exprimé ses regrets qu’Ankara continue de démontrer une position non-constructive sur la question, et de donner comme preuve la dernière déclaration du ministre turc des Affaires étrangères que la fourniture de l'aide humanitaire n’aura aucune influence sur la normalisation des relations. Le chef de la diplomatie arménienne reste toutefois confiant que les efforts vers la normalisation se poursuivront.

Réactions

L’opposition et certains analystes ont exprimé de sérieuses préoccupations à ce sujet. Ils ont également critiqué le gouvernement arménien pour avoir omis de faire échouer l'élection de l'Azerbaïdjan au Conseil de sécurité la semaine dernière et que c’était un revers pour la politique étrangère de l’Arménie.

Armen Rustamian, président de la Commission des Affaires étrangères et membre FRA-Dachnaktsoutioun, a rejeté les arguments du ministre : "Je ne suis absolument pas d’accord que nous ne devons pas réagir émotionnellement au fait que l'Azerbaïdjan soit devenu membre non-permanent du Conseil de sécurité. Ce n'est pas une réponse adéquate à la situation."

Selon des sources bien informées, "l'Azerbaïdjan aurait offert des forfaits et des incitations monétaires à nombre de délégués de l'ONU, ainsi que  des aides économiques à des pays en difficulté financière en échange de leurs votes à Assemblée générale de l'ONU qui élisait les 10 membres non-permanents du Conseil de sécurité. Par des chemins non avouables, l'Azerbaïdjan a acquis le soutien des pays islamiques, de la Ligue arabe, du Mouvement des pays non-alignés, ainsi que de la CEI. Pourtant, malgré ce lobbying inhabituelle, il a fallu à l'Azerbaïdjan 17 tours de scrutin pour recueillir le nombre de votes nécessaires, et c’est seulement après que la Slovénie, son principal rival, se soit retirée en signe de protestation contre ce type d’agissement. Le ministre des Affaires étrangères slovène, Samuel Zbogar, s’est plaint en disant que son pays ‘n’approuvait pas la façon dont cette campagne s’est déroulée’. Bien qu'il n'ait pas donné de détails, il faisait allusion aux somptueux cadeaux distribués par l'Azerbaïdjan."

Le monde musulman a majoritairement une position pro-azérie, ce qui est l’une des principales raisons de la forte opposition de l'Arménie à toute participation de l'ONU dans le processus de paix au Karabakh. On se souvient qu’en 2008, l’Azerbaïdjan avait obtenu de l’ONU une résolution non-contraignante qui demandait "un retrait immédiat, complet et inconditionnel des forces arméniennes des territoires azerbaïdjanais occupés."

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* Brève de l’OSCE *


Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - les ambassadeurs Bernard Fassier (France), Robert Bradtke (Etats-Unis), et Igor Popov (Fédération de Russie) – ainsi que l'Ambassadeur Andrzej Kasprzyk (Représentant personnel du Président de l'OSCE en exercice) ont présenté leur rapport annuel d'activités le 3 Novembre devant le Conseil permanent de l'OSCE, en vue du prochain Conseil des ministres de l'Organisation à Vilnius.

En résumant leurs efforts de médiation pour un règlement durable et pacifique du conflit du Haut-Karabakh, ils ont noté que sur l’année, ils ont visité la région à huit reprises et tenu quatorze réunions séparées en différents endroits avec les présidents Aliev et Sarkissian. Ils ont également franchi à pied la ligne de contact par quatre fois au cours des quatorze derniers mois, démontrant ainsi que la ligne n'est pas une barrière permanente entre les peuples de la région, et que la coordination militaire dans la mise en œuvre du cessez-le feu est possible lorsque toutes les parties sont la veulent.

Soulignant l'engagement continu de leurs trois gouvernements, y compris au plus haut niveau, les coprésidents ont également réitéré qu'il n'y a pas de solution militaire et que la volonté politique des côtés est essentielle pour prendre les décisions difficiles nécessaires pour aller au-delà de l'état inacceptable de statuquo et arriver à la paix.

Les ambassadeurs ont également décrit les efforts nécessaires en vue d’améliorer l'atmosphère des négociations, de renforcer l'application du cessez-le-feu, et de promouvoir la compréhension entre les peuples de la région. Ils prévoient de se rendre à nouveau dans la région fin Novembre pour continuer à développer des propositions et discuter de la poursuite du processus de négociation.

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian.net

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