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vendredi 11 mai 2012

L’Arménie réagit aux propos du président Ilham Aliev




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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Les propos tenus par le président Aliev à New-York lors de la réception officielle à l’ONU, n’en finissent de faire des vagues chez les dirigeants arméniens, les élections électorales de dimanche dernier ayant masqué pour quelques temps les réactions officielles.

Que le calife de Bakou, fort de ses pétrodollars, se permette d’invectiver l’Arménie et les Arméniens n’est pas nouveau et n’a rien de surprenant, et être à la tête, même pour un mois, de l’Assemblée la plus puissante du monde, capable de décider en toute légitimité de la vie ou de la mort d’un pays, risque de gonfler encore plus son ego. Une chance que la Turquie ne fasse pas partie des quinze [membres], nous aurions assisté à un festival anti-Arménie.

L’Azerbaïdjan cherche à tous prix à récupérer ses territoires perdus et à remettre la main sur le Haut-Karabakh, de préférence vidée de sa population, sinon il lui faudra plusieurs décennies pour arriver au même résultat qu’au Nakhitchevan. Car il est clair qu’Aliev n’a que faire du Haut-Karabakh, qui ne recèle ni richesses minières ni énergies fossiles ; la preuve en est l’état d’abandon dans lequel a été laissée cette région depuis les années 20, date de rattachement à la RSS d’Azerbaïdjan. Aussi ce combat est avant tout pour défendre la fierté du pays et ne pas perdre la face. Cela rappelle le grand frère turc qui poursuit toute personne qui «Humilie l’identité turque, la République, les institutions ou les organes d’Etat». (Article 301 du code pénal).

Faire croire à la communauté internationale le contraire est mensonger. Bakou joue au chat et à la souris avec les médiateurs, leur faisant croire à des intentions pacifistes. Son surarmement, ses propos bellicistes et racistes, ses violations constantes du cessez-le-feu, son refus de retirer ses snippers, ne signifient qu’une chose : reprendre ce qu’il considère comme sien, quel qu’en soit le prix à payer.

C’est dommage que les dirigeants azéris ne connaissent pas cette citation de l’historien Tite-Live : "Mieux vaut la paix certaine que la victoire espérée."



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* Communiqué du ministère des A.F arménien *

Le ministère des Affaires étrangères de l'Arménie a publié une déclaration concernant le discours du président azerbaïdjanais du 4 mai au Conseil de sécurité des Nations unies.

"La déclaration du Président de l'Azerbaïdjan, le 4 mai au Conseil de sécurité, est basée sur des mensonges, des déformations et des spéculations sans fondements. C’est bien regrettable qu’une plate-forme aussi auguste soit utilisée pour de telles déclarations. Au lieu de réaffirmer l'engagement de son pays à un règlement pacifique du conflit  du Haut-Karabakh, le Président azerbaidjanais a abusé de l’importante tribune du Conseil sécurité de l'ONU pour répéter les thèses éculées de la propagande anti-arménienne de l'Azerbaïdjan ; et rappelons à ce sujet la célèbre thèse raciste du chef de l’Etat azerbaïdjanais : "Les principaux ennemis de l'Azerbaïdjan sont les Arméniens du monde entier."

Au cours de son discours sur la lutte anti-terroriste, Monsieur Aliev a fait une tentative infructueuse de porter sa propre responsabilité, sur des liens avec des groupes terroristes, sur les autres ; vu qu’il est le chef d'un pays qui a activement utilisé des milliers de mercenaires, étroitement liés aux réseaux notoires du terrorisme international, dans la guerre déclenchée par Bakou visant à l'anéantissement du peuple du Haut-Karabakh.

Il s'agit d'une expression particulière de cynisme lorsque de vaines accusations sont exprimées contre l'Arménie par le dirigeant d'un pays, dont les autorités ont orchestré les massacres et les nettoyages ethniques contre les Arméniens par des méthodes médiévales ; un pays, où les bouchers cruels sont glorifiés comme des héros nationaux ; un pays où un prisonnier est humilié devant les caméras puis tué comme cela se fait par des organisations terroristes bien connus ; un pays, où les monuments culturels vieux de plusieurs siècles sont détruits de manière barbare comme cela a été fait par les terroristes d’un pays voisin.

Les menaces continuelles à la paix et à la sécurité régionales, la diffusion de déclarations provocatrices, belliqueuse et propagatrices de haine par les dirigeants azerbaïdjanais, qui sont en totale contradiction avec les buts et les principes de la Charte des Nations Unies, ne sont pas compatibles avec un État membre de l'ONU et sapent l'autorité du Conseil de sécurité."

* Brève Suède *

Le 9 mai 2012, le parlement suédois a rejeté la motion parrainée par l'Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh.

La motion, introduite l'an dernier par le député Vert Mehmet Kaplan, appelait la Suède à participer activement dans la résolution du conflit du Karabakh, exigeant "le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces armées arméniennes des territoires occupés de l'Azerbaïdjan et au travail des organisations internationales pour garantir la sûreté et l'autonomie de la minorité arménienne du Haut-Karabakh dans les limites territoriales de l'Azerbaïdjan."

La motion diverge de manière significative des propositions existantes négociées, et notamment des Principes de Madrid. La motion, soi-disant signée par une seule personne, n'a pas donné lieu à un examen séparé, mais a été votée avec un certain nombre d'autres questions, indique l'Union des Associations Arméniennes de Suède.

Au final, le parlement a adopté la position de la Commission des Affaires étrangères qui stipule : "Le conflit du Haut-Karabakh nécessite d'une solution pacifique et il existe un mécanisme pour traiter de la question. C'est la responsabilité du Groupe de Minsk. La Commission soutient les efforts qui sont en cours dans le cadre de l'OSCE."

Le texte de la Commission des Affaires étrangères inclut également une réflexion sur le programme en cours du partenariat oriental de l'UE, en particulier dans les domaines "de la démocratie, de la liberté de la presse et du respect des droits de l'homme" et de souligner : "La Commission note que les négociations avec les trois pays du Sud-Caucase sur le traité d'Association avec l'UE continuent, et si Géorgie et l'Arménie ont fait de grands progrès, les négociations avec l'Azerbaïdjan ont été plus compliquées."

* Brève Turquie *

Le Vice-ministre turc Naci Koru a déclaré aux journalistes à Konya que la Turquie espère que les problèmes avec la France disparaitront avec le nouveau président, aussi il est difficile de dire quoi que ce soit sur les relations futures, et que la Turquie attendra de voir.

Koru a ajouté que : "la Turquie espère améliorer les relations avec la France, car c’est un pays important avec lequel la Turquie coopère depuis de longues années. La Turquie va tourner une nouvelle page avec le nouveau président de la France, ce qui aura un impact positif sur les relations entre les deux pays."

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a déclaré aux journalistes que les relations turco-françaises remontent loin dans l'histoire et que la Turquie estime qu’Hollande prendra des mesures positives dans le processus de transformation de la France. Il a exhorté la France à agir de manière rationnelle et conforme à sa tradition, ajoutant que la Turquie a toujours agi avec ces principes.

* Brève Belgique *

Les autorités de la ville de Namur (Belgique) ont interdit une réunion de turcs ultranationalistes - les Loups gris.

Le Parti Mouvement Nationaliste, ou MHP, dirigé par le négationniste et ultranationaliste turc Devlet Bahçeli, comptait organiser un colloque à Namur le 20 mai.

La communauté arménienne a alerté Maxime Prévot, le nouveau maire de la ville, qui a immédiatement informé le propriétaire et gestionnaire du Centre où la réunion devait avoir lieu. Après vérification, la réunion qui a été déclarée comme étant une rencontre culturelle, a été interdite en raison de son caractère raciste.

L’organisateur de l'événement, La Fédération Turque de Belgique (Belçika Federasyon Türk), la branche belge des Loups Gris, a décidé de porter plainte.

* Brève Autriche *

"L’entrée de la Turquie dans l'UE ne ferait qu'accroître le danger d'islamisation de l'Europe," a déclaré le député européen autrichien, Johann Ewald Stadler. L’eurodéputé a été l’un des membres de la mission d'observation du Centre International des Systèmes Electoraux (CIEM). S'exprimant au parlement de l'Autriche le 24 Avril dernier, J.E. Stadler a appelé la Turquie à reconnaître le génocide arménien. En 2011, dans un discours mémorable il avait exigé le renvoi de l'ambassadeur turc de Vienne.

Interview :

Pensez-vous que l'adhésion de la Turquie à l'UE soit quelque chose de possible dans un futur proche?
Non, pour deux raisons. D'abord parce que les pays qui la soutiennent bluffent, et particulièrement la Grande-Bretagne, ils agissent juste pour leurs intérêts, mais ils savent que c’'est irréaliste. Deuxièmement, parce que les sondages dans les pays à forte population, notamment en Pologne et en Autriche, montrent que 75 à 80% des sondés s'opposent à l'adhésion de la Turquie à l'UE. Enfin, il devrait y avoir un référendum final où l’entrée de la Turquie risque fort d’être rejetée.

Comment estimez-vous le danger de l'islamisation de l'Europe dans son ensemble?
Le danger est énorme, vu que le taux de natalité des musulmans dépasse de loin celui des chrétiens, l'immigration musulmane ne fait qu’accentuer le déséquilibre. L’entrée de la Turquie dans l'UE ne ferait que l’aggraver encore plus.

Pensez-vous qu'il y ait des possibilités pour la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie?
La Turquie devra reconnaître le génocide des Arméniens parce que le débat sur les génocides tient toujours compte des génocides historiques. La Turquie devra admettre sa faute historique et ses crimes contre les Arméniens.

Avez-vous des commentaires sur les relations Arménie-Autriche ... ?
Nous avons des liens étroits basés sur une identité chrétienne commune et une solidarité, et d'ailleurs, il y a aussi une solide base morale, parce que des Autrichiens, comme Franz Werfel, se sont beaucoup efforcés de faire respecter les droits et la justice pour l'Arménie.

* Brève des Pays Non Alignés *

Le 10 mai, le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, a prononcé un discours en marge de la réunion ministérielle du Mouvement des Pays Non Alignés (NAM) à Charm el-Cheikh (Egypte).

En tant que pays Observateur, l’Arménie partage les valeurs du Mouvement.

Abordant le règlement du conflit du Karabakh, le ministre a souligné la rhétorique militaire azerbaidjanaise, notant que les déclarations de Bakou vont à l'encontre de l'esprit du groupe de Minsk de l'OSCE. "L’approche azérie ne menace pas seulement le processus de paix et la situation fragile dans la zone de conflit, mais est aussi en contradiction avec les principes fondamentaux de la NAM. L'Azerbaïdjan, membre du Mouvement depuis un an seulement, a violé les principes de Bandung, tout en favorisant la discrimination et la haine ethnique. C'est la seule explication à la récente déclaration du leader azerbaidjanais annonçant que : ‘les Arméniens du monde entier sont l'ennemi n°1 de l'Azerbaïdjan’."

En marge de la réunion, le chef de la diplomatie arménienne a rencontré son homologue iranien, Ali Akbar Salehi. Le ministre iranien a rappelé les liens historiques entre l'Iran et l'Arménie, et a souligné que les pays voisins doivent travailler ensemble dans une ambiance conviviale afin d'éviter tout malentendu.

Edouard Nalbandian l’a invité à se rendre en Arménie.

* Le coin des experts *

* Oleg Smirnov

L’expert ukrainien, Oleg Smirnov, a commenté le discours que le président azerbaïdjanais a adressé au Conseil de sécurité des Nations unies.

"Quels sont les possibilités d'Ilham Aliev à utiliser tous les outils diplomatiques et plates-formes possibles pour la promotion de sa vision du règlement du conflit du Haut Karabakh ? Très faibles. Par ailleurs, la rhétorique anti-arménienne est susceptible de devenir le leitmotiv de la présidence azérie en Mai du Conseil de sécurité de l'ONU.

De plus, les démarches de Bakou auront une faible efficacité, étant donné les réalités géopolitiques actuelles et le refus des pays coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE à vouloir modifier le statu quo actuel et déstabiliser la situation dans la région."

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Extrait de Radiolour et de PanArmenian



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