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jeudi 5 juillet 2012

Herman Van Rompuy au Sud-Caucase


Traductions et commentaires de Gérard Merdjanian

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Commentaires

Après les laïus du Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Aston, et du Commissaire européen pour l’élargissement et le voisinage de l’UE, Stefan Füler, voici celui du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Alors que les deux précédents avaient mis l’accent sur le côté politico-économique, le respect des normes, tant sur la politique intérieure (élections) que sur la politique extérieure (conflit du Haut-Karabakh), le président Van Rompuy a abordé le côté culturel et humain en insistant sur la société civil. Bien évidemment en parlant des dérapages et des violations du cessez-le-feu, comme ses collègues, il s’est bien gardé de citer le fauteur de trouble, d’autant que sa prochaine étape est Bakou puis Tbilissi. D’ailleurs son discours, au sortir de sa rencontre avec Ilham Aliev, reflète le ton généraliste où il reprend le même argumentaire que la veille à Erevan.

On remarquera toutefois, que le ton affectif employé à Erevan ne se retrouve pas à Bakou où priment essentiellement l’économique et l’aspect politique, qu’il a commencé sa visite par l’Arménie, qu’il a rencontré plus d’interlocuteurs à Erevan qu’à Bakou et qu’il a réitéré le vœu de l’UE de pouvoir de rendre en Artsakh, vu que tout officiel se rendant à Stépanaguerd se retrouve immédiatement sur la liste noire des ‘personna non grata’ de Bakou.

La question reste toujours la même : Est-ce que le clan Aliev va prendre en compte ou pas les remarques et les remontrances, même si elles sont généralistes ?

C’est peu probable pour deux raisons :
-      La première, même quand elles émises par les présidents américains, russes et français, c'est-à-dire les pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE, Bakou n’en a cure.
-      La seconde, les élections présidentielles devant se dérouler d’ici un an (comme en Arménie), ce n’est pas le moment de se montrer faible et plier devant les médiateurs internationaux.   


«Le fanatisme est aveugle, il rend sourd et aveugle. Le fanatique ne se pose pas de questions, il ne connaît pas le doute : il sait, il pense qu’il sait.» (Elie Wiesel)





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Traductions

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, se trouve en Arménie, premier pays de sa tournée du Sud-Caucase. S’adressant à l'Assemblée nationale arménienne, il a déclaré :

"L'Arménie a apporté tellement de choses à l'histoire et la culture européenne - l'influence de votre pays est familière à tous les Européens, qu’ils aient eu ou non la chance de la visiter. Et je crois que nous avons encore beaucoup à partager à l'avenir. J'ai toujours été captivé par la riche et remarquable histoire de votre pays. En tant que nation chrétienne la plus ancienne, vous avez les églises et les monastères les plus vénérables du monde."

Selon le président, l'Europe considère l’Arménie comme un partenaire clé dans la promotion de la paix et la sécurité internationales, qui s'engage dans un multilatéralisme efficace, y compris pour le règlement pacifique du différend aussi bien par l’ONU que par l’OSCE.

"Les ambitions que nous avons pour nos relations avec l'Arménie ne seront atteintes que si elles sont construites sur la paix, la sécurité et la stabilité. La situation dans la région est un défi majeur."

"La résolution du conflit du Haut-Karabakh est la clé pour libérer l’énorme développement potentiel de la région et la prospérité qu'elle peut apporter. Mais pour ce faire, cela dépend beaucoup de la volonté non seulement des politiciens, mais aussi des citoyens, pour prendre des décisions difficiles et travailler ensemble, pour résister aux tentations de la rhétorique populiste et de l'enchâssement."

"L'Arménie a l'intention d'approfondir ses relations avec l'Union européenne, et c'est quelque chose que nous accueillons avec plaisir. Votre désir d'apporter vos propres normes et les normes plus proches de celles de l'Union européenne représente un choix stratégique pour votre pays, qui est au cœur de notre nouvel accord."

"Les avantages du partenariat oriental ne peuvent pas se réaliser pleinement sans un effort soutenu pour renforcer la stabilité entre voisins. L'Union européenne continuera d'insister pour que l'Arménie et l'Azerbaïdjan intensifient leurs efforts pour arriver à un Accord. Les principes de Madrid, ainsi dénommés, restent une base valable pour la paix, conformément aux engagements pris par les présidents des deux pays envers la France, la Russie et les États-Unis en tant que coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. Et nous allons continuer à demander un accès inconditionnel aux représentants de l'Union européenne au Haut-Karabakh et aux régions environnantes."

"C'est avec une grande préoccupation que j'ai appris que de graves incidents armés avaient eu lieu le long de la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et sur la ligne de contact. Je regrette profondément la perte des vies humaines. L'horloge ne peut pas revenir sur ces incidents tragiques, mais des leçons peuvent être tirées. L'Union européenne appelle les deux parties à respecter strictement le cessez –le-feu et se retenir d’utiliser la force, sur le terrain et dans les déclarations publiques, afin de prévenir une nouvelle escalade de la situation. La menaces et l'usage de la force ne contribuent pas à la résolution de ce conflit persistant."

"Les efforts du Groupe de Minsk et de ses coprésidents qui visent à un règlement pacifique, ont notre entier soutien. S'il y a lieu, nous sommes prêts à fournir une assistance supplémentaire pour les mesures de confiance. Et une fois qu'il y aura une entente de règlement, l'UE sera prête à aider à sa mise en œuvre par une assistance de réhabilitation."

Concernant les relations arméno-turques, le Président a déclaré : "L'Union européenne continuera à encourager les deux parties à rester engagés dans le processus de normalisation des relations bilatérales, sans conditions préalables de n'importe quel côté. Je suis profondément convaincu qu’en normalisant ces relations avec notre voisin commun et pays candidat à l'UE, ce sera une contribution exceptionnellement positive à la sécurité, la stabilité et la coopération dans le Sud-Caucase et au-delà."

(…)

Après avoir rencontré le président Serge Sarkissian, les deux présidents ont donné une conférence de presse conjointe.

"L'Arménie est résolue à mettre en œuvre sur une grande échelle des réformes ciblées pour une plus grande démocratisation, un renforcement de la primauté du droit, l'amélioration de la situation socio-économique et une efficacité accrue des structures étatiques. Nous considérons l'Union européenne comme un partenaire fiable et un supporter du processus."

Au cours de la conférence, les interlocuteurs ont réaffirmé que le conflit du Karabakh doit être résolu dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE sur la base des principes de la Charte des Nations Unies et l'Acte final d’Helsinki.

"L'utilisation de la menace de la force et les provocations armées sont aussi inacceptables dans l’Europe du 21e siècle que les déclarations chauvines et les tentatives de falsification de l’histoire. Nous nous félicitons de la volonté de l'Union européenne pour nous aider à mettre en œuvre des mesures de confiance et pour l'établissement d'une paix durable dans la région."

Herman Van Rompuy a déclaré pour sa part : "Les progrès sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh doivent rester une priorité absolue. Chaque jour qui passe sans une solution est une occasion manquée pour nous tous. Afin de trouver une solution, nous devons renforcer la confiance en nous, la confiance envers l’autre et le respect."

"La force militaire ne résoudra pas le conflit. Seul un règlement pacifique et négocié peut permettre à l'ensemble de la région de se déplacer au-delà du statu quo actuel vers un avenir sûr et prospère. Si un environnement sûr et stable régionale peut être préparé, la stabilité et la paix apporteront des avantages à tous les Arméniens. L'UE est prête à soutenir les efforts de construction de la confiance et de la réconciliation. Nous avons à la fois les moyens et l'expérience pour ce faire."

En ce qui concerne les élections législatives en Arménie du 6 mai dernier, Herman Van Rompuy a indiqué que les positions des parties se chevauchent sur leur évaluation. Que celles-ci ont été les meilleures élections de l'histoire de la nouvelle Arménie indépendante, mais qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer encore le processus électoral.

Le président Serge Sarkissian a réitéré son engagement à inscrire de nouveaux progrès dans l'organisation et la conduite des élections présidentielles de 2013.

(…)

"L'engagement de l'Arménie à des réformes fondées sur les valeurs fondamentales de l'Union européenne, et conformément aux standards et aux normes de l'UE, est la bienvenue. Il s'agit clairement d'un choix stratégique fait par l'Arménie," a déclaré le président du Conseil européen, au Forum de la société civile "l'Arménie en Europe".

"L'Arménie est sur la bonne voie, même s'il y a encore du travail. L’Union européenne est prête à soutenir l'Arménie. Nous saluons les efforts que les autorités arméniennes fournissent pour plus de compétitive et pour la transparence des élections parlementaires. Ce fut une étape importante, même si il y a encore quelques problèmes à régler, tels qu’indiqués dans le rapport final de la Mission d'observation des élections de l'OSCE/OCIDH."

"L’accomplissement de l'Arménie avec son énorme potentiel, y compris dans l'association politique avec l'UE, dépend de la réalisation à moyen et à long terme, de la stabilité et de la prévisibilité. Ce ne peut être atteint qu’en éliminant la menace d'un conflit, et en s'attaquant aux conséquences du conflit précédent. Ici aussi la société civile a un rôle important à jouer, en encourageant et en servant la résolution pacifique du conflit du Haut-Karabakh. Sans la pleine participation des sociétés touchées par le conflit dans le processus de paix, cette phase des négociations pourrait échouer, avec des conséquences graves pour la stabilité à long terme dans la région."

* Brève de Turquie *

Le Premier ministre turc a appelé le président américain pour lui proposer de mener une attaque contre la Syrie après que Damas ait abattu un jet turc le 22 Juin. Recep Tayyip Erdogan a essayé de persuader Barack Obama d’utiliser ce prétexte pour mettre en scène une attaque contre la Syrie.

Erdoğan "a fait valoir avec force" que l'incident était parfait pour une offensive de l'Ouest-arabo-musulman contre la Syrie, et pour créer une zone d'interdiction aérienne, tout en attaquant les cibles militaires du régime afin d’établir des zones sûres pour les rebelles syriens et des réfugiés.

L'armée turque, la Force aérienne et la Marine sont prêtes pour l'action, mais cette fois les Etats-Unis doivent conduire l'offensive et non pas «juste derrière», comme en Libye.

Le président américain a contré les arguments d'Erdogan en disant que le moment n'était pas encore venu pour une action militaire directe contre la Syrie par les États-Unis et que pour le moment, ils fomentent des opérations clandestines en collaboration avec les forces spéciales britanniques, françaises et turques.

Selon Erdoğan, ces tactiques secrètes ne parviendront pas à arrêter la violence en Syrie ou à renverser le régime de Bachar al-Assad. Il pense qu’une attaque par la puissance militaire américaine permettrait d'atteindre ce but, objectif que la Turquie ne peut atteindre seule.


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Extrait de Radiolour et de PanArmenian


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