Le Conflit du Karabakh s'invite au Sommet de l'OSCE

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Comme nombre d'Observateurs l'avaient annoncée, la déclaration finale reste dans le flou concernant une date butée, et les contours exacts d'un accord, même très général.

Un de ces points d'achoppement concerne le futur référendum sur le statut du Haut-Karabakh proposé par les médiateurs. La population majoritairement arménienne du Karabakh serait probablement en mesure de déterminer le statut définitif de l'enclave litigieuse, des années après le retrait arménien des districts qui l'entourent.

Le point majeur restant le refus absolu de Bakou d'entendre parler d'une quelconque indépendance du Karabakh ; tout au plus une large autonomie.

Erevan insiste sur le fait qu'il ne sera jamais d'accord pour un retour du Haut-Karabakh sous domination azerbaïdjanaise.

La question que devraient se poser les pays médiateurs ainsi que les Organisations internationales qui souscrivent aux principes de bases :

Comment peut-on se déclarer souscrire aux trois principes de bases, lorsqu'on ne respecte pas le principe de non usage de la force ou de le menace de force, et qu'on rejette catégoriquement le principe du droit à l'autodétermination, c'est-à-dire la possibilité de se déclarer indépendant ?

Il serait intéressant de connaître leur réponse.

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Brèves :

- Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, Vartan Oskanian, ministre des Affaires étrangères de 1998 à 2008, a déclaré que les parties ne se sont pas encore mises d'accord sur le calendrier du référendum proposé. "Cet échec reste le principal obstacle pour traiter les nombreux autres problèmes en suspens entre les parties en conflit. Si, à Astana, les pays coprésidents renforcent l'idée d'un référendum et fixe une date mutuellement acceptable, ce serait un pas important."

- La Turquie a fourni des techniques militaires et des moyens financiers à l'Azerbaïdjan pendant le conflit du Karabakh au début des années 1990. Le processus se poursuit aujourd'hui, englobant également le domaine de la production militaire.

Selon l'expert Vladimir Ivanov, les aspirations géopolitiques de la Turquie la poussent à devenir plus active dans sa coopération militaire avec la Géorgie. Des officiers pro-turcs géorgiens sont formés pour renforcer la ligne Turquie-Géorgie-Azerbaïdjan. Toutefois, dans ce processus il y a un élément qui devrait préoccuper l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Cela rend leurs forces armées contrôlables et donc dépendants de la Turquie.

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** Préambule **


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L'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) est composée de 56 Etats membres et de 12 pays participants. Le Sommet d'Astana au Kazakhstan réunit 38 chefs d'Etats et de gouvernements, un vice-président, sept vice-premiers ministres, 14 ministres et de nombreux hauts responsables, ainsi que des organisations internationales et régionales.

Le Président du Kazakhstan, Nursultan Nazarbaiev, a prononcé le discours d'ouverture. Le ministre kazakh des Affaires étrangères Kanat Saudabaiev, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le président de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE, Petros Efthymiou, et le Secrétaire général de l'OSCE, Marc Perrin de Brichambaut, ont également pris la parole.

Saudabaiev a souligné que le Sommet de l'OSCE - le premier depuis le Sommet d'Istanbul en 1999 - est le premier jamais organisée en Asie centrale, ce qu'il a offert une occasion unique de relever les défis urgents de sécurité, y compris les menaces transnationales comme le terrorisme et le trafic, et les troubles récents au Kirghizstan, sans oublier la situation en Afghanistan.

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** Déclaration des Etats-Unis **


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"L'OSCE doit être autorisée à jouer pleinement son rôle dans la prévention de nouveaux conflits et dans la recherche de solutions pacifiques aux conflits existants en Géorgie, en Moldova, ainsi que dans le conflit du Haut-Karabakh," a déclaré la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, lors du sommet de l'OSCE à Astana.

Mme Clinton a souligné que "le conflit du Haut-Karabakh doit être réglé sur la base des principes de : non-usage de la force ou la menace de la force, - l'intégrité territoriale, - et le droit des peuples à l'autodétermination, ainsi que les six éléments annoncé par les présidents des États-Unis, de la Russie et de la France. Ils forment un tout, et que toute tentative de sélectionner que l'un des principes est non constructif et ne contribuera pas au règlement."

Et d'ajouter que les conflits doivent être résolus pacifiquement, et que l'OSCE devra redoubler d'efforts pour empêcher l'escalade des conflits.

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** Déclaration de la Russie **


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Mardi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est resté prudent sur les chances de progrès décisifs dans le processus de paix au Haut-Karabakh au Sommet d'Astana.

Dans une interview à la Radio Rossii, M. Lavrov a déclaré : "Le rôle de la Russie est de faciliter la résolution du conflit du Haut-Karabakh en tant qu'un des trois coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, ainsi que dans ses capacités nationales, compte tenu de nos relations de bon voisinage avec l'Arménie et avec l'Azerbaïdjan. Le président russe Dmitri Medvedev a déjà tenu sept ou huit rencontres avec les présidents azéri et arménien, au cours desquelles il y a fait de sérieux efforts pour aller au fond des divergences qui existent toujours, et a essayé d'atténuer les différences de position. Son objectif est de développer le premier document collectif global, intitulé : "Les Principes fondamentaux de la résolution", et qui fixerait les grandes orientations pour élaborer un accord juridiquement contraignant pour une paix définitive. Un accord a été conclu sur une grande majorité des principes qui pourraient jeter les bases de la résolution. Cependant, il y a encore des graves divergences."

Il a indiqué que les parties en conflit pourraient "parvenir à un accord sur des variantes de principes de réglementation commune" lors du Sommet.

Selon Lavrov, les diplomates – américains, russe et français - qui coprésident le Groupe de Minsk de l'OSCE, vont maintenant essayer de trouver une « déclaration » sur le Karabakh qui serait signé par les deux parties et les puissances médiatrices à Astana.

"Nous travaillons en contact étroit avec les Américains et les Français en tant que coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. Avant le sommet d'Astana, les médiateurs ont rencontré les dirigeants de l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Ils sont chargés de préparer une déclaration pour le sommet d'Astana, à laquelle Bakou, Erevan peuvent adhérer. J'espère qu'ils vont réussir. Mais je ne peux pas dire encore si lors du Sommet à Astana, nous parviendrons à réaliser une véritable percée sur le règlement lui-même. C'est un travail très minutieux qui implique la nécessaire conciliation des positions, parfois diamétralement opposées. Et cela est incompatible avec toute hâte. Si le sommet d'Astana contribue à de nouveaux progrès [dans les pourparlers de paix arméno-azerbaïdjanais,] alors ce sera un succès sérieux", a-t-il ajouté.

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** Déclaration de la France **


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"En tant que coprésident du Groupe de Minsk, la France est déterminée à contribuer au règlement du conflit du Haut-Karabakh, lequel ne peut être qu'une solution politique équilibrée et négociée, sur la base, entre autres éléments, des propositions faites par les présidents Sarkozy, Medvedev et Obama à L'Aquila et à Muskoka. Ces propositions doivent être considérées comme un tout intégré.

Nous devons d'abord nous atteler au règlement des conflits gelés. En ce qui concerne la Transnistrie, les négociations doivent entrer dans une phase plus active et de plus, elles doivent être accompagnées par des mesures de confiance visant à un règlement du conflit qui préserverait la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Moldavie. L'Union européenne continuera à soutenir l'OSCE dans cette entreprise," a déclaré le Premier ministre français, François Fillon, lors du Sommet de l'OSCE à Astana.

"Concernant la Géorgie, nous souhaitons voir son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale respectée au sein de frontières internationalement reconnues", a-t-il ajouté.

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** Déclaration d'Ilham Aliev **


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Mardi, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a accusé l'Arménie de "faire traîner" la résolution du conflit du Haut-Karabakh et a de nouveau exclu tout accord de paix qui ne prendrait pas en compte le contrôle de Bakou sur le Haut-Karabakh.

"Nous comprenons que l'Arménie essaie maintenant de faire traîner artificiellement la question, de se présenter comme une partie constructive dans les négociations. Mais la vérité est que dans les moments décisifs, l'Arménie s'éloigne des questions préalablement convenues, et fait de nouveau des propositions irréalistes qui ne peuvent pas être acceptées. Ainsi, elle tente de rendre le processus de négociation ouvert et sans fin," a-t-il déclaré devant le parlement azéri, nouvellement élu.

Et d'ajouter : "Les puissances médiatrices - les États-Unis, la Russie et la France - ne devraient pas permettre à ce statu quo de perdurer, ou bien, les négociations seront complètement dénuées de sens."

Aliev a réaffirmé que la population majoritairement arménienne du Karabakh ne peut déterminer l'étendue de l'autonomie du territoire au sein de l'Azerbaïdjan. "L'Etat d'Azerbaïdjan n'accordera jamais l'indépendance au Haut-Karabakh, sa terre originelle. C'est impossible. L'autre partie le sait très bien."

L'Azerbaïdjan insiste pour qu'aucune date précise ne soit fixée pour le vote. Selon un document classifié publié par Wikileaks, le président Ilham Aliev s'est plaint à un Haut-fonctionnaire américain, en visite à Bakou en Février dernier, qu'Erevan veut que la date du référendum soit inscrite dans le texte de l'accord de paix.

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** Déclaration finale **


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A l'occasion du Sommet de l'OSCE, les chefs de délégation des pays Coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE (le président de la Fédération russe Dmitri Medvedev, le premier ministre français, François Fillon, et la Secrétaire d'État des Etats-Unis, Hillary Clinton), le Président azéri Ilham Aliev et le Président arménien Serge Sarkissian, ont convenu que le moment était venu pour des efforts plus décisifs afin de résoudre le conflit du Haut-Karabakh.

Dans ce contexte, ils ont rappelé les déclarations communes des Présidents azéri, arménien et russe du 2 Novembre 2008, à Moscou, et du 27 Octobre 2010, à Astrakhan. Ils ont également convenu qu'un règlement pacifique et négocié apportera la stabilité et la sécurité, et que c'est le seul moyen d'apporter une véritable réconciliation entre les peuples de la région.

Les Présidents Sarkissian et Aliev ont réaffirmé leur engagement à rechercher un règlement définitif du conflit du Haut-Karabakh, fondé sur : - les principes et les normes du droit international ; - la Charte des Nations Unies ; - l'Acte final d'Helsinki ; - ainsi que sur les déclarations des présidents Medvedev, Sarkozy et Obama, à L'Aquila le 10 Juillet 2009, et à Muskoka le 26 Juin 2010.

Les trois pays coprésidents de l'OSCE ont promis leur soutien aux présidents de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, pour prendre les décisions nécessaires afin de parvenir à un règlement pacifique. Ils ont exhorté les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan de se concentrer avec une énergie renouvelée sur les questions qui restent encore en suspens dans les Principes de base, et ont chargé leur médiateur de continuer à travailler avec les parties en conflit afin de les aider dans ces efforts. Dans le but de créer une meilleure atmosphère pour les négociations, ils ont appelé à des mesures supplémentaires pour renforcer le cessez-le feu et prendre des mesures de confiance dans tous les domaines.

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Extraits de la Radio Publique d'Arménie et de Armenialiberty