Le Haut-Karabakh ou la quadrature du cercle

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

La guerre n'est pas une solution, non seulement elle ne résoudra pas le problème mais en créera d'autres. Reste la négociation, c'est-à-dire faire des compromis, mais sur quoi ou sur quel point céder ? Et c'est là que les choses s'enveniment.

En deux phrases le problème est posé :

- La sécurité et le statut du Haut-Karabakh ne sont pas négociables et donc restituer les territoires-tampons est inenvisageable.

- Le principe du droit à l'autodétermination des peuples ne fait pas partie du vocabulaire de Bakou, seules existent l'autonomie et l'intangibilité des frontières.

Si effectivement on prend comme bases de réflexion l'Acte final d'Helsinki, signé en 1975 par 35 pays, où l'Arménie et l'Azerbaïdjan n'existaient pas en tant que tels, mais noyés dans l'URSS, on peut honnêtement se poser la question si 36 ans après on doit prendre pour argent comptant toutes les conclusions d'un document signé du temps de la guerre froide. C'est faire fi de la chute de l'Union soviétique, des guerres de libération, de la création de nouveaux Etats ou de l'évolution des mentalités.

Alors pourquoi les grandes puissances laissent-elles Bakou pérorer de la sorte, arc-bouté sur feu la RSS d'Azerbaïdjan ? L'appât du gaz et du pétrole n'explique pas tout.

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Une possible guerre au Karabakh aurait des résultats désastreux pour Bakou

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Un mauvais exemple est toujours contagieux, et cela débouche politiquement sur un échec. Après la réunion de Kazan, la France a fait une tentative pour évincer la Russie du processus de règlement du conflit du Karabakh. Dans son interview à la radio ‘Ekho Moskvy' le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré que des propositions supplémentaires seraient faites à l'Arménie et à l'Azerbaïdjan pour le règlement du conflit du Haut-Karabakh. "La France salue les efforts de la Russie et de son président en vue de résoudre le conflit, mais, malheureusement, la réunion de Kazan a été improductive."

Alain Juppé sait parfaitement que de nouvelles propositions sur le Karabakh ne pourront jamais être faites, pour la simple raison que, ce soit l'Arménie ou l'Azerbaïdjan trouveront toujours une excuse pour ne pas les accepter. Ce n'est pas que les parties ne veulent pas dialoguer, mais tout simplement, parce qu'elles parlent un langage différent. De plus, l'Arménie ne se donne pas le droit de signer un document sans le consentement des autorités de la RHK. Tant que le règlement sera basé sur deux principes qui s'excluent mutuellement - à savoir, le principe de l'intégrité territoriale et le principe de l'autodétermination - aucun accord ne pourra jamais être atteint. Et les médiateurs n'ont rien d'autre à offrir pour le présent. L'Acte d'Helsinki de 1975, auquel Bakou se réfère avec tant d'enthousiasme, se révèle être un échec complet dans le nouvel environnement, et compter sur lui pour le règlement de divers conflits aura simplement comme conséquence de s'engager dans un processus de règlement sans fin. Toutes les parties intéressées sont conscientes de cela. Les coprésidents pensent que c'est leur devoir de prévenir la guerre, mais même cela s'avère déjà difficile. Bakou a ‘hâte' de se venger avant l'élection présidentielle. La même hâte [d'aboutir] s'applique aux présidents des Etats-Unis, de la France et de la Russie. Cependant, vouloir et pouvoir sont deux choses différentes. D'autre part, il y a les optimistes qui croient encore que quelque chose va se produire en 2012. Cette situation ressemble à la ratification des protocoles arméno-turcs sur la normalisation des relations : pour une raison inconnue, certains experts étaient convaincus qu'après les élections législatives [turques] du 12 Juin dernier, les relations arméno-turques seraient de nouveau sur l'agenda de la Grande Assemblée nationale Turque (TBMM). En fait, il s'est passé le contraire, le dossier a été tout bonnement retiré.

"La rencontre des présidents à Kazan doit être considérée comme une phase régulière dans le processus de négociation, et non comme la phase finale. La Russie ne va pas abandonner le processus de négociation sur le Haut-Karabakh, vu qu'elle est intéressée à sécuriser le Sud-Caucase. À mon avis, l'Azerbaïdjan et l'Arménie ne peuvent s'entendre sur une séquence reposant sur les principes de Madrid, mais en 2012 le processus de négociation entrera dans une phase gratifiante," a déclaré le rédacteur en chef de ‘Vestnik Kavkaza', Alexeï Vlassov. On pourrait tout aussi bien indiquer les années suivantes, que cela ne ferait aucune différence. Il existe aussi une autre théorie indiquant que le conflit sera résolu en 2026 lorsque, selon certains experts, Bakou sera à court de pétrole. Bref, l'estimation de la date de fin des négociations reste on ne peut plus conjecturelle.

Il est tout à fait plausible que la France soit vraiment désireuse de résoudre ce long conflit, mais vouloir y arriver avec les principes mentionnés ci-dessus est impossible. Aussi, peine-t-elle à réussir. Nicolas Sarkozy a moins d'influence sur l'Arménie et l'Azerbaïdjan que Medvedev ou Obama. L'aspiration de Paris à vouloir jouer le rôle d'une puissance mondiale n'est pas dans ce cas, sous-tendu par des actions visant à améliorer la situation. La partie arménienne ne va pas restituer des territoires conquis par le sang, sans lesquels le Haut-Karabakh cesserait tout simplement d'exister. Pas plus que le président azerbaïdjanais Ilham Aliev n'acceptera d'accorder au Karabakh le droit à l'autodétermination.

Pendant ce temps, le nombre de personnes souhaitant régler le conflit du Karabakh va croissant. L'Iran, qui est longtemps resté dans l'ombre, a annoncé par la voix du président du Parlement, Ali Larijani, que les efforts du Groupe de Minsk de l'OSCE n'ont pas abouti à régler le conflit du Haut Karabakh, donc que les pays de la région, notamment l'Iran, devraient s'impliquer dans le processus. « Le conflit du Haut-Karabakh devrait être résolu dans un cadre régional, » a-t-il déclaré à Bakou.

Si l'on écoute Bakou, il semble que tout le monde est impatient de régler le conflit du Karabakh, à l'exception de l'Arménie, qui pour une raison quelconque est réticente à se séparer de son propre territoire pour complaire aux seuls caprices du président Aliev. La réunion de Kazan a prouvé ceci de la meilleure façon possible. Quant à la France, après l'approbation obligatoire des deux autres pays coprésidents (Russie et Etats-Unis), il ne restera rien de ses nouvelles propositions. La preuve en a été donnée lors de la dernière réunion à Sotchi entre les présidents Medvedev et Ilham Aliev, où il a été convenu de "poursuivre les pourparlers". Sans aucun doute que Medvedev a rappelé à Aliev les événements d'août 2008 avec Mikhaïl Saakachvili, et que celui-ci a bien reçu le message.

Karine Ter-SahakianPanArmenian.net – Département Analyse