A la Une

samedi 28 avril 2012

Un 24 Avril 2012


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Les 24 Avril se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Le nombre de pays où des manifestations se déroulent augmente, le nombre de villes où des manifestations se déroulent augmente, et plus on approche du centième anniversaire, plus le nombre de manifestants augmente. En Turquie même, quelques courageux, intellectuels et journalistes, commencent à braver les dangers et osent commémorer ce jour – Ankara se sait observer.

Mais augmente également la réaction des dirigeants turcs et, depuis deux ou trois ans, celle des Azéris qui s’associent à leurs grands frères ottomans. Le lobby turco-azéri, aidé en cela par de grosses mannes financières, contrecarre systématiquement le travail de Justice des Arméniens, nationaux ou diasporiques, sur la scène internationale. Bakou n’a toujours pas digéré la non-qualification par la communauté internationale du drame de Khodjalou comme étant un ‘génocide’ perpétré par les Arméniens. Par des moyens commerciaux il a réussi toutefois à faire reconnaître cette tragédie comme ‘génocide’ par le Mexique et la Colombie !

Ayant pris officiellement fait et cause pour la Turquie, ses ressortissants n’hésitent pas à agresser verbalement voire physiquement les défenseurs de la Cause arménienne, comme ce fut le cas il y a quelques jours en Géorgie. Tbilissi a fermé les yeux, ses intérêts nationaux et économiques étant directement liés à ses deux voisins turcophones, et ce d’autant que ceux de l’Arménie sont liés à son ennemi, la Russie. Le nationalisme et l’église géorgiens faisant le reste pour étouffer la voix et pourrir la vie des Arméniens du Djavaghk.

De son côté, l’armée azerbaidjanaise a commémoré à sa façon le 24 Avril en bombardant une école maternelle en Arménie et en tirant des centaines de salves d’armes diverses sur la ligne de contact avec le Karabakh, une manière comme une autre de tester les nouvelles acquisitions. C’est dommage que les observateurs de l’OSCE ne fussent pas dans les environs ce jour là. Lors du vote du budget 2012 de l’OSCE, menaces à l’appui, l’Azerbaïdjan a bloqué toute augmentation du nombre et de la fréquence de ces Observateurs le long de la ligne de front, a refusé de retirer ses snippers, et évite souvent de conduire les Observateurs aux postes rapprochés pour ...  des raisons de sécurité.

(…)

Barack Obama s’est bien gardé de prononcer le mot qui fâche, et par les temps qui courent, ce n’est pas le moment de se mettre la Turquie à dos, pas plus d’ailleurs que l’Azerbaïdjan. Aussi, le substantif arménien ‘Medz Yeghern’ (La Grande Terreur) suffit amplement pour qualifier les événements tragiques de 1915. C’est beau pour la plus grande puissance militaire du monde de se faire dicter sa conduite par la Turquie sur les valeurs de Justice et de Démocratie, et par Israël sur la politique à mener au Proche-Orient. Mais jouer au chat et à la souris avec un petit pays comme l’Arménie, ça, il sait faire. ‘God bless America’.

Quant à Paris, on n’avait jamais vu les deux candidats à la présidentielle, dont l’un est le Président en exercice, prendre la parole devant la communauté arménienne ; cela change des deuxièmes couteaux, quand ce n’était pas l’élu de service qui passait dans le coin. Le Président sortant ayant annoncé sa présence, son challenger ne pouvait pas laisser son adversaire occuper seul la place, même si le calendrier de leurs déplacements s’en est trouvé quelques peu dérangé. Si Paris vaut bien une messe, quelques voix de plus valent bien un petit crochet par la Place du Canada.

Même si 150 pays reconnaissaient le génocide arménien, il manquerait toujours le principal intéressé. 150 pays ont reconnu aux Palestiniens le droit d’avoir un Etat, et pourtant … .



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* 24 Avril Turquie *

Le ministère turc des Affaires étrangères a sorti un communiqué à l’occasion du 24 Avril.

"Les déclarations du président Nicolas Sarkozy et de son challenger à la présidentielle, François Hollande, à l'occasion de la cérémonie de commémoration du 24 Avril à Paris et qui reflètent apparemment des considérations électorales, sont les exemples les plus récents de l'abus de la controverse de questions historiques dans un but de calculs politiques internes.

lundi 23 avril 2012

L’UE se penche sur l’Arménie et l’Azerbaïdjan



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Suite au travail des représentants turcs et surtout azerbaidjanais dans les diverses instances européennes pour déplacer la résolution du conflit du Haut-Karabakh à d’autres organismes que le groupe de Minsk de l’OSCE, il y a quelques semaines, la Commission des Affaires étrangères de l’UE avait soulevé le problème et dans quelles mesures elle pouvait s’impliquer dans sa résolution. Les députés européens devaient statuer sur la marche à suivre en séance plénière, ce fut chose faire le 18 Avril. Les recommandations portent sur les critères (Valeurs) de démocratie dans le cadre du partenariat oriental (Libertés et droits de l’homme) et sur le conflit du Karabakh. Si dans le premier cas Erevan est plutôt bien noté et Bakou critiqué, c’est l’inverse concernant le conflit du Karabakh.

L’UE s’est clairement calquée sur les positions des médiateurs internationaux et a refusé de s’immiscer dans la résolution politique du problème. Comme il fallait s’y attendre, tout doit se dérouler selon les normes et le droit international et sur la base des principes d’Helsinki. Par contre l’UE désire fortement s’impliquer dans la résolution par le biais des sociétés civiles et serait assez favorable de rentrer dans le groupe de Minsk.

Lorsqu’on regarde en détail la Résolution sur l’Arménie et celle sur l’Azerbaïdjan, on remarque qu’elles sont loin d’être équilibrées. Bakou est beaucoup plus avantagé que Erevan tant dans les attendus que dans les recommandations. A cela plusieurs explications.

La première remarque est que les résolutions ne tiennent absolument pas compte des déclarations hors réunions des uns et des autres, du comportement des uns et des autres sur la ligne de contact, des achats d’armes (montant ou type) des uns et des autres, et mettent tout le monde dans le paquet. Seuls comptent les déclarations faites à l’issue des réunions officielles. Ce qui enlève une grande part de crédibilité aux deux Résolutions qui se transforment en une liste théorique type : ‘Faut qu’on – Y a qu’à’.

Au même titre que toutes les organisations internationales, l’UE traite le conflit du Karabakh à partir de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, c’est à dire sans chercher à comprendre les tenants, s’efforçant exclusivement de régler les aboutissants. Or ignorer volontairement les causes profondes datant de la soviétisation de la région revient à ‘mettre un cautère sur une jambe de bois’. Pour l’UE, l’Arménie est l’agresseur, et en tant que tel elle doit retirer ses forces de l’Azerbaïdjan, restituer tous les territoires, permettre le retour des réfugiés y compris dans le Haut-Karabakh. Un referendum sur le Statut futur de cette enclave aurait lieu à une date indéterminée et on demandera à toute la population, c'est-à-dire un million d’Azéris et 155.000 Arméniens s’ils veulent ou pas se scinder de l’Azerbaïdjan ? [Trouvez l’erreur !]

La seconde remarque, beaucoup plus importante et inquiétante, porte sur le déséquilibre des attendus et des recommandations. Le lobby turco-azéri a mis les bouchées doubles pour atteindre ses objectifs, à savoir : faire désavouer le comportement de l’Arménie. Il a réussi en partie. Les moyens utilisés par ces deux pays, que ce soit sur le plan quantitatif (nombre de lobbyistes) ou le plan financier, dépassent et de loin tous ceux de l’Arménie.

Pensez à ce qui s’est passé pour la loi française de pénalisation du déni des génocides, et multipliez ces moyens par dix pour comprendre le travail réalisé par le tandem turco-azéri. Comme en France où nombre de personnes (élus ou pas) ont succombé aux sirènes de la Turquie pour des raisons plus ou moins avouables (liberté d’expression, commerciales), à Bruxelles (ou plus exactement à Strasbourg), nombre d’eurodéputés ont suivi les recommandations de leur pays quant à l’entrée de la Turquie en Europe (sur 27 il n’y en a pas beaucoup qui sont contre) ou sur la nécessité de caresser Bakou dans le sens du poil pour des raisons énergétiques, le tout facilité par la propagande turco-azérie.

La stratégie de l’Arménie reste certainement la meilleure : Il faut garder le format actuel du Groupe de Minsk de l’OSCE avec les trois coprésidents – Etats-Unis, France, Russie. A ce jour, si Washington a une neutralité bienveillante envers Bakou, Paris et Moscou ont la même avec Erevan.
Faire rentrer l’UE - qui ne dispose pas de gouvernance politique avec 27 Etats cherchant avant tout leurs intérêts, ou pire la Turquie, ne peut qu’apporter des déboires à la population du Haut-Karabakh. Il n’est pas nécessaire d’avoir une force d’interposition poreuse quand on est aussi bien servi par soi-même. Le seul changement acceptable par Erevan, c’est de faire participer Stépanaguerd aux négociations de paix.

Il faut éviter comme disait Jean Giraudoux, que "la paix soit l'intervalle entre deux guerres!"

jeudi 19 avril 2012

Relations Turquie – UE ou l’Hôpital qui se fout de la Charité


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Extrait de www.parolevolee.net
Ce qu’il a d’intéressant avec les dirigeants turcs de tous bords, c’est qu’ils sont toujours prêts à donner des leçons sur les valeurs démocratiques, comme les libertés ou les droits de l’homme. Mais quand d’autres pays ‘persistent’ dans leur démarche démocratique, alors on invective, on injurie, on menace, jusqu’à envoyer des émissaires expliquer à ces personnes, qui n’ont rien compris à la grandeur de la Turquie, ce qu’il y a lieu de faire. En clair Ankara s’immisce directement dans les Affaires intérieures du pays, quitte à soudoyer certains.

Ainsi ont-ils abordé le problème de la liberté d’expression quand la France a voté la loi pénalisant le déni de génocide - comme si le négationnisme faisait partie de la liberté de parole, alors que des dizaines d’intellectuels et de journalistes croupissent dans les prisons turques pour avoir osé écrire sur le génocide des Arméniens ou sur le problème kurde, en application de l’Art. 301 du code pénal turc. Parler du génocide c’est toucher à la fierté turque, parler des kurdes revient à soutenir les terroristes du PKK, quant à parler de l’occupation de Chypre, on frise le crime de lèse-majesté.

Alors que la Turquie occupe militairement 37% de Chypre depuis 1974, pays de l’UE, sous prétexte de protéger les chypriotes d’origine turque, elle reproche à l’Arménie d’être venue en aide à ses compatriotes du Haut-Karabakh en train de se faire massacrer !  Alors qu’elle signe des Accords officiels avec l’UE, elle refuse de les mettre en œuvre avec Chypre. Alors qu’elle signe des protocoles avec l’Arménie, sous l’égide des grandes puissances, pour normaliser ses relations, elle refuse de les ratifier sortant subrepticement des conditions préalables.

Si économiquement, voire militairement, la Turquie remplit peu ou prou les critères pour faire partie du G20, il ne suffit pas de faire des élections conformes aux normes internationales pour prétendre adhérer à l’UE. Ses classements 2012
-      dans le domaine de la presse (Reporters sans frontières : 148ème sur 179 pays)
-      ou dans celui de la démocratie (Index The Economist : 88ème sur 167 pays)
devraient inciter Monsieur Erdogan à embaucher un régiment de techniciens de surface pour balayer devant sa Sublime Porte.


samedi 14 avril 2012

"En Avril ne te découvre pas d’un fil"


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Dicton français qui va comme un gant aux dirigeants des grandes puissances qui refusent de reconnaître le génocide arménien. Les pensionnaires de Washington s’étant forgé une spécialité dans l’usage immodéré de la périphrase dans leur message du 24 Avril.

"La Turquie doit affronter ‘les démons de son passé’ si elle veut se classer parmi les 10 meilleures économies du monde en 2023, date du centenaire de la République de Turquie. Chaque grand pays a des périodes rayonnantes dans son histoire, dont il est fier, mais il a également des moments de douleur et de peine. Les historiens ont besoin d'appréhender ces périodes de peine avec ouverture d'esprit et honnêteté afin que vous puissiez parvenir une reconnaissance complète et franche de ce qui s'est passé. Nous pensons que vous commencez à faire cela," avait déclaré en Janvier dernier l'ambassadeur des Etats-Unis à Ankara, Francis Ricciardone, dans son interview aux médias turcs.

Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse, la Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton avait déclaré : "Je pense qu’il est juste de dire que c’était toujours vu, et à juste titre, comme un débat historique plutôt que politique. Et je pense qu’est la position juste pour le Gouvernement des Etats-Unis car même si l’évènement fut épouvantable, employer la puissance du gouvernement pour résoudre les questions historiques est, je pense, une porte très dangereuse à franchir. La question est très émotionnelle, je le reconnais, et j’ai une grande sympathie pour ceux qui sont si incroyablement passionné par cela."

Il est clair que par ces temps de crise, Washington n’a nul envie de reconnaître le génocide arménien ; Les Etats-Unis ont besoin de la Turquie pour réaliser leurs objectifs au Moyen-Orient, aidés en cela par Londres et Paris. Quant à l’Union européenne, c’est certes un argument entendu et qui ressort au grand jour quand le besoin s’en fait sentir. Dit autrement, les Européens ont suffisamment d’arguments pour faire trainer en longueur, voire des décennies,  les négociations d’adhésion avec la Turquie.

C’est vrai qu’on ne peut pas récriminer Ankara et signer des contrats juteux ou lui demander son aide dans la région.

(…)

A l’Est rien de nouveau.
L’Azerbaïdjan continue de se surarmer auprès d’Israël et de la Turquie ; ses snippers continuent de violer le cessez-le-feu le long de la ligne de contact avec le Haut-Karabakh, plusieurs dizaines de fois par jour ; les dirigeants azéris, après avoir cosigné des documents internationaux les engageants, continuent de diffuser leur haine anti-arménienne une fois rentré chez eux ; les médiateurs coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, constatent et donnent la direction à suivre ; les missions d’Observation du cessez-le-feu de l’OSCE, qui se rendent sur le terrain depuis des années, ne relèvent jamais de violations alors qu’il y a des dizaines de victimes de par et d’autre de la ligne de front ; etc, etc.

C’est vrai qu’on ne peut pas récriminer Bakou et signer des contrats juteux et, très probablement, lui demander son aide dans la région.

mardi 10 avril 2012

L’Azerbaïdjan, petit frère de la Turquie



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Traduction Gérard Merdjanian -commentaires

On se souvient que le processus "Une nation, deux Etats" a été initié par le père du président actuel, Haydar Aliev. Le thème repris en Août 2010 par le président Abdullah Gül : "Nous sommes une seule et même nation. Nous sommes les deux pays différents de cette nation unique. L’amitié, la fraternité et la solidarité entre la Turquie et l’Azerbaïdjan ne se limitent pas aux mots et aux déclarations." Puis par le premier ministre Erdogan : "La Turquie et l'Azerbaïdjan sont deux frères inséparables et nous sommes des membres de la famille."

Le grand frère ottoman avait donné l’exemple il y a un siècle sur l’art et la manière de traiter la (ou les) minorité du pays quand celle(s)-ci ne se conforme(nt) pas aux us et coutumes de la majorité. De plus, lorsque la dite minorité n’est de la même religion que celle de l’Etat, celui conduit à des excès de la part des militaires et à des exactions de la part des civils. Autre spécificité du grand frère : nier les faits avérés et accuser l’autre d’avoir les mêmes méfaits envers sa population. Ainsi les Arméniens auraient massacrés le même nombre de Turcs, qui varie d’une année sur l’autre, et pour certains, auraient même perpétré un génocide turc.

Le petit frère azéri n’avait plus qu’à suivre l’exemple. Quand les Arméniens du Haut-Karabakh ont demandé en 1988 le rattachement de la région à l’Arménie conformément aux lois soviétiques en vigueur, Bakou a envoyé ses troupes contre ladite région et la population azerbaidjanaise s’est occupée de l’organisation des pogroms dans les communautés arméniennes disséminées sur le territoire de l’Azerbaïdjan. Quelques années plus tard, de dépit le président Aliev ordonne la destruction (filmée) des milliers de pierre-croix (Khatchkars) du cimetière médiéval de Djougha au Nakhitchevan. Et cerise sur le gâteau, pour masquer les dissensions entre factions internes, les milices azéries n’ont pas hésité à tirer sur leur population en fuite, et jeter la faute sur les soldats arméniens, en les accusant d’avoir perpétré un génocide à Khodjalou.

Si le petit frère égale son ainé dans l’horreur, fort heureusement il ne l’égalera jamais en nombre de victimes.

"Le pire de certaines haines, c'est qu'elles sont si viles et rampantes qu'il faut se baisser pour les combattre." (Marie d'Agoult)

samedi 7 avril 2012

Chassez le naturel, il revient au galop



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Malgré l’optimisme affiché par les Occidentaux, - que ce soit par les Etats-Unis envers la Turquie, dans le cadre du processus de normalisation des relations arméno-turques, pensant qu’Ankara va retirer sa condition préalable ; - ou que ce soit par l’UE envers l’Azerbaïdjan, dans le cadre du processus des négociations de paix arméno-azéris, pensant que Bakou va accepter le droit à l’autodétermination des Arméniens du Haut-Karabakh, -rien ni fait, les mêmes rengaines remontent à la surface dès que l’occasion se présente ; et tant pis pour la vérité historique, plus le mensonge est gros, plus il a de chance d’être cru.

Ainsi L'Assemblée parlementaire Euronest a été une nouvelle occasion pour les azéris de faire étalage de leur mauvaise foi et de traiter les représentants du parlement arménien de tous les maux de la terre, y compris d’actes perpétrés par eux-mêmes ! Il ne manquait plus qu’une agression physique pour que le tableau soit complet, sans doute ont-ils été freinés par la présence d’observateurs de l’UE.

On se souvient que début 2004, lors du séminaire de formation de l’OTAN ‘partenariat pour la paix’ qui se déroulait à Budapest, Ramil Safarov avait décapité à la hache son collègue arménien Kourken Markarian alors que celui-ci dormait. La Cour d’assises de Budapest avait condamné l’officier azerbaïdjanais Safarov à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine incompressible de 30 ans. Depuis M. Safarov est devenu un héros national en Azerbaïdjan. Ainsi, en février 2006, il a été élu homme de l’année par le ministre de l’intérieur, M. Iskanker Hamidov, en récompense de "ses efforts dans la protection de l’Etat et des intérêts nationaux". A l’occasion de cette distinction, M. Hamidov avait déclaré "je me moque de savoir dans quelles circonstances Safarov a tué l’officier arménien. Plus les Azéris tueront d’Arméniens, moins d’Arméniens il restera. Si chaque soldat azéri avait tué un Arménien, la guerre se serait terminé avec la victoire de l’Azerbaïdjan".

"La haine, c’est la colère des faibles", écrivait Alphonse Daudet. Six ans plus tard, on voit que les mentalités et la haine anti-arménienne ne se sont pas apaisées, d’autant que les dirigeants azéris ne manquent jamais l’occasion de jeter de l’huile sur le feu, ce qui leur permet au passage de détourner l’attention de leur population des problèmes internes.

mardi 3 avril 2012

Rencontre Arméno-russe


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Les relations arméno-russes ne datent pas d’hier, et le conflit arméno-azéri sur le Haut-Karabakh a incité Erevan à resserrer ses liens avec Moscou ; les Accords militaires de l’été 2010 scellent la présence russe jusqu’en 2044, à travers la base militaire de Gumri. Aussi, même si Moscou n’interviendra pas directement en cas de conflit, cela donne à réfléchir aux faucons de Bakou, mais également aux velléités d’Ankara qui est tout prêt à porter secours à son fidèle vassal Aliev.

Cet Accord n’empêche pas la Russie de garder son mandat de coprésident - avec la France et les Etats-Unis, du groupe de Minsk de l’OSCE. Car dans les faits, c’est le président Medvedev qui pilote les négociations de paix entre les parties au niveau présidentiel, et son chef de la diplomatie, Serguei Lavrov, au niveau alter-ego ministériel.

On notera toutefois que si la France n’est pas aussi présente que la Russie par l’organisation de réunions trilatérales, elle fait parler d’elle simplement par le fait qu’elle s’intéresse à l’Arménie, aux Arméniens et à leur Histoire tragique. Par contre, on n’a jamais vu le président Bush ou le président Obama, outre leur rejet du mot ‘génocide’, mettre un pied sur le sol arménien, ce qui n’a pas été le cas des présidents Chirac et Sarkozy. Quant à Mme Hillary Clinton, sa visite éclair à Erevan avec un dépôt de gerbe en catimini au monument du génocide, a laissé un goût amer aux dirigeants arméniens.

Il est clair que la géopolitique et la géostratégie jouent à plein dans cette région. La vente d’armes à l’Azerbaïdjan depuis quelques années par Israël, avec la bénédiction de Washington, n’a rien d’innocent. Rien d’innocent non plus la présence du Mossad (Services secrets israéliens) ou du MIT (Services secrets turcs), d’abord en Irak et maintenant en Syrie et en Iran. L’Occident prépare le terrain par alliés interposés. Si le président Ahmanidejad arrive à ses fins, c'est-à-dire qu’il fabrique une bombe atomique, il ne sera suffisamment pas fou pour la faire exploser, sachant que c’est le chaos régional, voire plus, qu’il déclenchera et pour lui-même et pour tous les peuples du Proche et du Moyen-Orient, Sud-Caucase compris.

Rien d’étonnant donc si la Russie freine des quatre fers pour éviter le pire. Les va-t-en-guerre américains et leurs godillots, entendez par là les Anglais et les Français, n’ont pas tiré les leçons de la guerre en Irak et en Afghanistan. Tout cela pour permettre à Israël de vivre en paix, ce qui est fort louable ; mais également son corolaire, à savoir continuer d’annexer les territoires adjacents, ce qui n’est pas louable du tout.

"Qui joue trop avec le feu, finit par se brûler." (Proverbe Togolais)

lundi 2 avril 2012

Des Turcs progressent, la Turquie régresse


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Traduction Gérard-Merdjanian - commentaires

Lorsqu’on cite les proverbes et maximes suivants,

-      "S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité" (Tacite).
-      "Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse à vous-même" (Confusius)
-      "On voit la paille dans l'œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien" (Evangile selon St Luc)
-      "On ne contrefait sa propre signature mais sa nature" (Charles de Leusse)
-      "La vérité est que vous savez toujours ce qu'il faut faire. Ce qui est difficile, c'est de le faire" (Gal Norman Schwarzkopf)

On pense essentiellement à un pays : La Turquie.

Quand les Etats-Unis voient le refus systématique d’Ankara de ratifier les protocoles de normalisation des relations arméno-turques tant que le Haut-Karabakh ne sera pas ‘restitué’ à l’Azerbaïdjan, et reçoivent les menaces proférées par les dirigeants turcs dès qu’on aborde le problème du génocide ;
Quand l’Union européenne voit le non-respect par Ankara de sa signature concernant Chypre, Etat-membre de l’UE occupée par la Turquie depuis 1974. Que malgré son slogan ‘zéro problème avec ses voisins’, elle maintient le blocus de l’Arménie depuis 1994. Que malgré les milliards versés dans le cadre des négociations d’adhésion, il y a toujours autant de répression envers les intellectuels et les universitaires, que les mots ‘liberté’ ou ‘droit de l’homme’ n’ont pas le même sens outre-Bosphore et que l’on continue d’assassiner pour des motifs religieux ou de racismes ;
Quand la France, souveraine, vote un projet de loi concernant ses citoyens d’origine arménienne et que l’Etat turc, par l’intermédiaire de son ambassadeur, s’immisce et intervient directement par écrit auprès des parlementaires, le tout accompagné de menaces verbales, de sanctions et de propos injurieux envers les représentants du peuple français. Que Paris voit défiler dans ses rues des manifestants turcs avec leur drapeau national, en compagnie des Loups-Gris (extrême-droite turque), venus de toute l’Europe;

Et quand on sait que ces pays, qui sont au courant des moindres faits et gestes des pays du Caucase ou de la région en générale, déclarent avec diplomatie, sur ce qu’il a lieu de faire ou de ne pas faire, on finit par se demander s’ils croient réellement ce qu’ils déclarent.

Si toute vérité n’est pas bonne à dire, par moment il y a lieu de mettre les points sur les ‘i’. A tourner autour du pot, sans oser prononcer certains mots, le seul gagnant de ce petit jeu sera l’homme malade de l’Europe, malade de son histoire ottomane et malade de son nationalisme exacerbé.

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