A la Une

mercredi 28 mars 2012

Avril approche



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

D’ici quelques jours le casse-tête va reprendre pour les dirigeants turcs, et des millions de dollars provisionnés vont servir à contrer les actions menées par la communauté arménienne à travers le monde.

Après ceux dépensés pour faire pression sur la France que ce soit au niveau gouvernemental ou par intervention directe [c’est-dire ingérence] auprès des parlementaires, voilà que se profile à l’horizon le lobbying à mener auprès du gouvernement et des élus américains. Là, le travail sera plus aisé surtout cette année, où Ankara pourra très facilement jouer sur la fibre géostratégique de Washington. L’Iran et la Syrie sont devenus à leur corps défendant ‘pain béni’ pour la Turquie. Qu’il est loin le processus de normalisation des relations arméno-turques, dont seuls les Etats-Unis y font encore référence.

Erdogan s’est fait une raison, le passage permettant à son pays de devenir européen se fait de plus en plus difficile tout comme la porosité de la frontière gréco-turque. Seulement comme son égo n’a d’égal que son entêtement, il n’est pas question de reconnaître un quelque génocide perpétré par ses ancêtres, même si les faits sont têtus, preuves à l’appui. Sa fierté nationale l’en empêche. Tout juste quelques milliers morts du fait de la guerre.

"Toutes les vérités sont bonnes à dire, mais c’est nous qui ne sommes pas tous bons pour les entendre." (Alfred Capus)

mardi 27 mars 2012

Haut-Karabakh : Changement ou pas du format des négociations ?



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

L’arrivée de l’UE va-t-elle changer quoi que ce soit dans la résolution du conflit du Haut-Karabakh. Dans les faits, pas grand choses, pour ne pas dire rien du tout. Pourquoi ?

La première de ces raisons, est la distance et plus exactement le lieu où se situe le différend arméno-azéri : le Sud-Caucase, pire, à moins de 100km de la frontière iranienne. C’est-à-dire dans une région où la moindre ‘étincelle’ risque d’embraser la poudrière. Ce n’est pas parce que l’UE mène un programme de partenariat oriental avec six pays de l’ex-URSS, qu’elle arrivera à résoudre le problème. Le Haut-Karabakh, tout comme l’Abkhazie ou l’Ossétie du Sud, ne se trouve pas dans la sphère européenne, comme le sont le Kosovo ou la Bosnie. Et ce n’est pas parce que le Gal de Gaule avait dit l’Europe va de l’Atlantique à l’Oural que c’est le cas.

La seconde, beaucoup plus importante, c’est que l’UE a essentiellement un pouvoir économique, n’ayant aucune gouvernance politique et encore moins militaire. Il faut qu’à chaque fois 27 pays se mettent d’accord pour mettre en œuvre une action. Et pour nombre de sujets, il faut l’unanimité des 27 pour que le projet devienne réalité. Il suffit de la regarder dans ses actions internationales pour voir qu’elle ne parle pas d’une seule voix, que ce soit sur le dossier irakien, turc ou arménien. Chypre, pourtant Etat-membre de l’Union européenne, attend toujours que Bruxelles règle son problème avec la Turquie !

La seule chose que fera l’UE si par malchance elle prend la coprésidence du Groupe de Minsk de l’OSCE, sous réserve que l’OSCE et les parties concernées donnent leur accord, ce sera de consolider ses intérêts, clairement de s’assurer du bon acheminement des produits énergétiques. Les déclarations généreuses sur les droits de l’homme ou les valeurs démocratiques seront totalement inefficaces pour assurer la sécurité physique des Karabakhis. Il suffit de regarder leurs effets sur les dirigeants turcs depuis 2005.

"L'Europe, à l'évidence, n'existe pas. Elle n'est ni un continent, ni une culture, ni un peuple, ni une histoire. Elle n'est définie ni par une frontière unique ni par un destin ou un rêve communs. Il existe en revanche des Europes, qui s'échappent lorsqu'on cherche à en appréhender trop précisément les contours." (Jacques Attali)

samedi 24 mars 2012

Les pays coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE réitèrent leur appel



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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Tout comme les années précédentes, les déclarations se suivent et se ressemblent. Celle du 22 Mars n’échappe pas à la règle. Si les déclarations se ressemblent, il n’en est pas de même des positions des parties en conflit.

On se souvient qu’après les entretiens de Key West en Avril 2001 entre les présidents Robert Kotcharian et Haydar Aliev, un Accord-cadre a … failli être signé. L’argument avancé pour la non réalisation de l’Accord était que les populations n’étaient pas préparées, car il signifiait dans les faits que l’Azerbaïdjan, bien que récupérant des districts, perdait le Haut-Karabakh.

Seulement deux faits nouveaux, et de taille, se sont produits depuis cette période : 1 - Ilham a succédé à son père Haydar ; 2 – les pétrodollars ont commencé à couler à flots. Résultat : le calife de Bakou s’est cru suffisamment puissant pour ‘effacer’ les erreurs de son père et refuser tout net de céder quoi que ce soit aux Arméniens.

Ces faits nouveaux entrainent de la part des dirigeants azéris un jeu du ‘chat et de la souris’ qui consiste à dire ‘oui’ aux propositions des médiateurs et de ne rien faire une fois rentré à Bakou. Si les coprésidents français et surtout russe sont tout à fait conscients de cette hypocrisie, le médiateur américain joue les naïfs, pensant que l’on peut appliquer in extenso les principes de Madrid et leurs corollaires ; à croire qu’il ne comprend pas les propos du sieur Aliev.

Monsieur Bradtke indique que dans une négociation c’est donnant-donnant, c'est-à-dire faire des compromis avec la partie adverse. Après vingt ans d’indépendance, il est illusoire de croire que le Haut-Karabakh va retourner sous administration azérie. Quand Ilham Aliev dit que le Haut-Karabakh ne sera jamais indépendant, à quoi cela sert-il de négocier ? Quand Ilham Aliev refuse de retirer ses snippers de la ligne de contact et persiste à violer le cessez-le-feu, à quoi cela sert-il de négocier ? Monsieur Bradtke ne fait que caresser le mini-dictateur dans le sens du poil en vue d’une guerre potentielle contre le voisin du Sud. Des Arméniens et du Haut-Karabakh, Washington n’en a que faire, l’Arménie n’a pas de richesses et est l’alliée de Moscou, aussi, l’important n’est pas de régler le conflit, mais d’assurer les intérêts des Etats-Unis dans la région, à commencer par le pétrole et le gaz et la sécurité d’Israël.

Les médiateurs n’arriveront pas à régler le conflit pour la simple raison qu’ils ne prennent en compte que la situation à partir de la fin des hostilités, c'est-à-dire de 1994, faisant fi de tout ce qui a précédé la guerre : La déclaration de sécession du Haut-Karabakh conformément aux lois soviétiques en vigueur en 1988, les massacres d’Arméniens avant que l’Azerbaïdjan envoie son armée mater les ‘insurgés’ du Haut-Karabakh, et je laisse de côté les charcutages territoriaux des bolchevicks dans les années 1920.

La question que devraient se poser les médiateurs n’est pas de savoir quand un Accord-cadre sera conclu, mais quand Monsieur Aliev lancera ses troupes sur la petite république de l’Artsakh ?

"Les aveugles sont ceux qui ne voient que ce qu'ils veulent voir." (Dan Brown)

mercredi 21 mars 2012

Sud-Caucase : Les Occidentaux inquiets




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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Si les contacts entre les dirigeants occidentaux - que ce soit les membres de l’UE, les Etats-Unis ou l’OTAN, et les trois pays du Sud-Caucase s’intensifient, ce n’est pas uniquement à cause de la sécurisation des futures livraisons de gaz azerbaidjanais. Le comportement de l’Iran avec en corolaire la réaction d’Israël, font craindre le pire.

L’élaboration de scénarios catastrophes va bon train. Si la Géorgie et l’Azerbaïdjan sont prêts à fournir aide et assistance aux Occidentaux et notamment en laissant l’OTAN utiliser leurs bases, il est très peu probable que Erevan suive le même chemin. D’une part parce que ses relations avec Téhéran sont au beau fixe et d’autre part parce que sa Défense repose en quasi totalité sur des Accords militaires avec Moscou.

Toutefois, même en restant neutre, l’Arménie risque fort de se trouver dans la tempête à son corps défendant. Le premier impact sera économique, car même si 70% de son trafic commercial transite par la Géorgie, le reste passe essentiellement par Meghri, c'est-à-dire par sa frontière avec l’Iran, et notamment pour les approvisionnements énergétiques. Même s’il existe un commerce avec la Turquie, par Géorgie interposée, ce n’est pas cela qui fait vivre l’Arménie. Le second impact sera du aux effets collatéraux, quel sera le comportement de Tbilissi dans une situation de semi-guerre ? Mais surtout que fera Bakou ? Aliev profitera-t-il de la situation pour mettre enfin à exécution ses menaces et essayer de reprendre le Karabakh ? Que fera la Turquie en tant que base et nœud stratégique de l’OTAN, profitera-t-elle aussi de la situation pour régler ses problèmes avec les Kurdes, ou pire envoyer quelques missiles ‘malencontreusement’ sur le Karabakh alors que c’était l’Iran qui était visé ? Que fera Moscou dans ce cas ?

Même si cela fait beaucoup de questions, ce sont des paramètres qu’il ne faut pas négliger quand on est un politicien. Si de surcroit, on est joueur d’échec comme l’est le président Serge Sarkissian, on prévoit plusieurs coups à l’avance avec différents cas de figures. Une question reste toutefois en suspend : Quand cela va-t-il se produire ?

"Le devoir des grands Etats est de servir et non de dominer le monde" (Harry S. Truman)

samedi 17 mars 2012

Le ministre des Affaires étrangères arménien s'explique avec ses homologues


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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Toute visite - que ce soit les officiels arméniens qui se rendent à l’étranger, ou que ce soit des politiciens occidentaux qui se rendent en Arménie, se termine automatiquement sur une question : quid de la résolution du conflit du Karabakh ? Quand de surcroit les visiteurs sont Américains ou Suisses, s’ajoute la question du gel des relations arméno-turques. Mais que l’on se rassure, ces questions restent purement rhétoriques, car les Occidentaux n’ont nullement l’intention d’intervenir autrement qu’en paroles pour changer quoi que ce soit à la situation, sauf si on touche à leurs énergies fossiles. Il est tellement plus simple de renvoyer dos à dos les antagonistes.

Aux mêmes questions, les interlocuteurs obtiennent les mêmes réponses. Si blocage il y a, la faute en incombe à la partie adverse.
-      L’Azerbaïdjan ne fera rien tant que le Haut-Karabakh ne lui sera pas ‘restitué’.
-      La Turquie ne fera rien tant que le Haut-Karabakh ne sera pas ‘restitué’ à l’Azerbaïdjan.
En raisonnement simpliste, il suffirait donc de ‘restituer’ à Bakou le Haut-Karabakh, de préférence vidé de sa population, pour que tout rentre dans l’ordre.

Seulement voilà, aussi bien la Turquie que l’Azerbaïdjan ont du sang sur les mains : le premier depuis 97 ans, le second depuis 20 ans. Et comme il est difficile d’afficher cette tare, Ankara s’enfonce dans un négationnisme profond et Bakou invente un génocide monté de toute pièce pour cacher ses propres dérapages de politique intérieure.

Malgré les énormes efforts diplomatiques et financiers déployés par les gouvernements turcs, le résultat n’est pas toujours à la hauteur des espérances. Si les Ottomans réussissent tant bien que mal à faire valoir leur déni de l’histoire et de la justice à coup de menaces et de pression sur les gouvernements occidentaux, les Azéris sont beaucoup moins chanceux avec les mêmes Occidentaux malgré leur pétrole et leur gaz. Quel que soit le cas de figure, ils ne peuvent ni l’un ni l’autre envisager des actions militaires et encore moins une guerre dans la région.

Comme de plus, ils n’ont pas le vent en poupe sur le plan des droits de l’homme et des libertés en général,  et voyant que politiquement leurs actions ont des limites, le tandem Erdogan-Aliev se rabat sur sa population, et notamment leurs nationalistes, et la remonte contre les Arméniens à travers des manifestations haineuses et racistes, qui aboutissent comme à Istanbul à l’assassinat ciblé. Il ne fait aucun doute que cette situation ira en empirant, d’un côté le centenaire du génocide approchant et de l’autre, les faucons azéris piaffant d’impatience pour utiliser leurs nouvelles armes.

"Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de ceux que nous haïssons." (La Rochefoucauld)

mercredi 14 mars 2012

Le président Sarkissian fait le point sur la politique étrangère



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

De retour de sa tournée auprès des dirigeants de l’UE, le chef de l’Etat a présenté les grandes lignes de sa politique, intérieure et extérieure, en vue de futures élections législatives.

Concernant la normalisation des relations avec la Turquie, l’Arménie est en stand-by attendant la bonne volonté d’Ankara de vouloir entériner les Accords signés à Zurich le 10 Octobre 2009. Sur ce point, Erevan garde l’avantage, car à l’inverse de la Turquie, aucune pré-condition n’est demandée. Pré-condition renouvelée hier à Bakou par le Vice-Premier ministre turc, Bekir Bozdag : "Le Haut-Karabakh est une région musulmane, une région de l’Azerbaïdjan occupée par l’Arménie. Tant que l’Arménie ne se retirera pas du Haut-Karabagh, les relations turco-arméniennes ne seront pas normalisées."

Mais pour Ankara, signer un document officiel, contraignant ou pas, et refuser de le mettre en œuvre, arguant de pré-conditions, n’est pas nouveau. On se souvient de la signature en 2005 de l’extension de l’accord douanier aux dix nouveaux pays de l’UE et d’écarter illico les Chypriotes.

Quant au conflit du Karabakh, les choses sont claires pour tout le monde, les divergences sont profondes et fossé politique n’est pas prêt de se combler. Mais il est politiquement incorrect d’étaler au grand jour les divergences, ce qui risque de conduire au pire, aussi tout le monde essaie de positiver et de croire en la paix. Des trois principes de base proposés par les médiateurs internationaux, aucun n’est réellement partagé :
-      La notion d’intégrité territoriale signifie pour Bakou tous les territoires perdus en 1994. Alors que pour Erevan, le Haut-Karabakh proprement dit n’en fait pas partie, car séparé de la RSS d’Azerbaïdjan conformément aux lois soviétiques en vigueur en 1988.
-      La notion d’usage de la force ou de sa menace n’est pas acceptée par Bakou, tout comme le retrait des snippers de la ligne de contact.
-      La notion de droit à l’autodétermination des peuples est également ignorée par Bakou, seule une grande autonomie est acceptable pour le Haut-Karabakh. Les districts environnants redeviennent purement et simplement azerbaidjanais, peuplés par le ‘million’ de réfugiés. A noter que les dirigeants azéris acceptent éventuellement de faire un référendum une quinzaine d’année plus tard sur le statut définitif de la région auprès de la population, c’est-à-dire auprès du million d’azerbaidjanais et des 150.000 Arméniens, s’il en reste d’ici là ! (Trouvez l’erreur).

Dans ces conditions aucune solution n’est envisageable à court ou à moyen terme. Ce qui fait dire au président arménien que l’Artsakh ne peut plus revenir sous administration azérie. Reste que des relations peuvent et doivent s’établir entre les sociétés civiles, sous réserve que là encore les dirigeants azéris n’insufflent pas le racisme et la haine de l’autre.

lundi 12 mars 2012

Le président arménien satisfait des relations Arménie-UE



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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Le président Sarkissian est rentré de sa tournée bruxelloise où il a rencontré les dirigeants de l’Union européenne. A chacun il a fait part de l’état d’avancement des progrès de l’Arménie sur le chemin du Partenariat, des engagements d’Erevan à rester en conformité avec les normes et les valeurs européennes pour les prochaines élections législative et présidentielle, mais également des tensions permanentes sur la ligne de contact entre le Karabakh et l’Azerbaïdjan.

Si les dirigeants européens ont exprimé leur satisfecit pour les actions entreprises, ils sont toutefois restés circonspects quant aux libertés laissées à l’opposition, et très attentifs pour les prochaines élections.

Concernant leur désir de se rendre au Haut-Karabakh, il n’est pas certain que ce soit pour voir le ‘bien-être’ des réfugiés arméniens de l’Azerbaïdjan,  mais beaucoup plus le devenir de la zone tampon, c'est-à-dire les districts entourant le Haut-Karabakh, réclamés à corps et à cris par Bakou. On se souvient du rapport pour le moins ambiguë de la mission de l’OSCE sur le sujet, où l’accent avait été mis sur la désolation des lieux, mis à part quelques villes et villages restaurées.

La position de l’UE tout comme celle de l’OSCE maintient un flou qui n’a rien d’artistique. Soit on considère que ces territoires sont susceptibles d’être ‘restitués’ à l’Azerbaïdjan, dans ce cas on ne voit pas pourquoi Stépanaguerd et/ou Erevan dépenserait des sommes gigantesques pour restaurer et viabiliser ces districts ; soit on considère que ces territoires sont définitivement acquis à la RHK, auquel cas les dirigeants Karabakhis gèrent leur Etat comme ils l’entendent, et les négociations de paix n’ont plus lieu d’être.

A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, la communauté internationale se retranche derrière ses normes avec toute l’ambigüité que cela recouvre. Est-ce que le terme ‘intégrité territoriale’ comprend le Haut-Karabakh ou pas ? Si oui, on voit mal comment Bakou compte appliquer le droit à l’autodétermination des peuples, principe qu’il rejette, alors que parallèlement aux négociations, il se surarme démesurément ; si non, pourquoi les Azéris passent leur temps à violer le cessez-le-feu, principe pourtant présent dans les propositions des pays médiateurs ?

Une chose est sûre : Ce n’est pas en tournant autour du pot, en revoyant les antagonistes dos à dos, que les négociations aboutiront. Pas plus, qu’en déclarant que le génocide arménien est une Affaire entre la Turquie et l’Arménie que l’on réconciliera ces deux pays. La méthode Coué a ses limites, surtout en politique.

Les médiateurs ont fait leur le proverbe turc : «Celui qui cherche la paix doit être sourd, aveugle et muet». Comme quoi nul n’est prophète dans son pays.

mercredi 7 mars 2012

Karabakh : Les coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE sur le terrain

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Une fois n’est pas coutume, les médiateurs internationaux ont repris leur circuit régional pour essayer de convaincre les belligérants de mettre en œuvre les décisions prises lors des rencontres trilatérales. Les engagements pris sont détaillés dans les déclarations faites à l’issue des rencontres entre les présidents Serge Sarkissian et Ilham Aliev, et cosigné par le président Dimitri Medvedev.

Seulement il y a un pas important entre ce qui est dit, ce qui est écrit et ce qui est fait. Sur le terrain, rien ne change et les violations du cessez-le-feu sont quotidiennes avec pour conséquences des morts et des blessés dans les deux camps. Seul changement perceptible, l’augmentation de la tension au fil du temps  sur la ligne de contact et un usage croissant d’armes de tous genres, les snippers n’étant pas en reste. Bien évidemment lors des missions de contrôles de l’OSCE aucun coup de feu n’est tiré ni aucune violation relevée. Logique, puisque tout le monde est averti - même un enfant le comprendrait.

Il n’est pas besoin d’épiloguer 107 ans pour comprendre cette situation de ni guerre ni paix. Bakou désire récupérer tous les territoires perdus en 1994, Haut-Karabakh compris, et les Karabakhis désirent garder leur indépendance chèrement acquise. Deux positions inconciliables. Positions qui au lieu de se rapprocher avec le temps, tendent au contraire à se durcir. Distiller le poison de la haine envers l’autre ne risque pas d’atténuer les tensions, et si de plus les dirigeants versent en permanence de l’huile sur le feu en montant en épingle le moindre événement, ou pire en falsifiant les faits, il est clair que tôt au tard le va-t-en-guerre va franchir le pas et déclencher les hostilités.

C’est là le rôle essentiel des coprésidents : empêcher que le va-t-en-guerre commette l’irréparable.

Questions subsidiaires : Qui a envie de reprendre ce qu’il considère comme étant sien ? Qui ne veut pas que l’on augmente les missions d’observations sur la ligne de contact, quitte à bloquer le vote du budget de l’OSCE ? Qui a une industrie militaire florissante et un budget militaire équivalent au PIB de son adversaire ? Qui maintient encore ses réfugiés dans la misère alors que l’argent ne manque pas ? Qui a massacré sa propre population et fait croire que le fautif c’est celui d’en face ?

Tout le monde connaît la réponse, à commencer par les pays coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE. Seulement voilà, au XXIème siècle on préfère la méthode Coué, tout en caressant le mini-dictateur dans le sens du poil. Aussi, comme en médecine, quand la cause du mal est trop près d’un organe essentiel (ici l’Iran), on n’intervient pas.

Certains dirigeants devraient méditer cette citation d'Abraham Lincoln : "On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps."

lundi 5 mars 2012

Le devenir des relations Arménie-Turquie


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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Pendant que la bataille des experts et des universitaires a repris de plus belle dans la presse française suite à la décision du Conseil constitutionnel d’invalider le projet de loi sur la pénalisation des dénis de génocides, la Turquie se frotte les mains, mettant en avant la défense de la liberté d’expression et le droit des historiens à travailler sans entraves.

Si le sujet n’était pas aussi grave, cela prêterait à rire. Quand on connaît ce que ce que signifie ‘liberté d’expression’ dans la bouche des dirigeants turcs - dont les prisons regorgent de centaines d’intellectuels et de journalistes - d’une part, et d’autre part les expurgations faites sur ordre -concernant les massacres de 1915 - par les historiens turcs dans les archives -, on pourrait s’étonner de voir nombre de parlementaires français qui pensant que pareil chose [restriction de la liberté d’expression et travail d’historiens] peut arriver en France, ont demandé l’invalidation de la loi.

En fait, les 142 parlementaires savent très bien que les historiens peuvent mener leurs travaux et que la parole est libre sur les génocides, la loi Gayssot est là pour le prouver depuis trente ans. Par contre, de la lettre que l’ambassadeur de Turquie en France leur avait adressée personnellement, ils ont retenus essentiellement la dégradation des relations entre la France et la Turquie ; et cela n’a plus rien à voir avec l’histoire ou la liberté d’expression. C’est purement et simplement de la politique. Ce que le Conseil constitutionnel a très bien compris, en jugeant les tenants et surtout les aboutissants d’une telle loi et non le texte lui-même.

On remarquera que l’Arménie est restée relativement discrète dans ses réactions aussi bien au moment du vote par le Sénat qu’au moment du rejet par le Conseil, cela change des vociférations et des menaces des proférées par les dirigeants turcs. Les anti-lois mémorielles ont préféré les gesticulations grandiloquentes de la Turquie.

Quoi qu’il en soit, le travail des Occidentaux pour rapprocher les deux pays va encore prendre du plomb dans l’aile malgré la confiance réitérée périodiquement par les Etats-Unis et l’Union européenne dans les protocoles arméno-turcs signés à Zurich. Les Occidentaux mettent en avant leurs visions stratégiques dans la région et peinent à faire progresser les deux processus arméno-turc et arméno-azéri. Ils ont du mal à comprendre que leurs valeurs ne sont pas celles des Turcs, qu’ils soient ottomans ou azéris, et que pour ces gens là ‘faire la paix’ signifie ne rien céder dans les négociations et menacer si les choses ne se déroulent pas selon leurs désirs.

Cette situation durera tant que les grandes puissances se contenteront d’essayer de résoudre les effets et ne s’attaqueront pas aux causes : La reconnaissance du génocide arménien et les réparations qui en découlent pour l’un, le rétablissement de la vérité suite au charcutage géopolitique et géo-ethnique effectués par Moscou pour l’autre.

Comme disait Paul Valéry : "La politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde."

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