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mercredi 31 août 2011

Droits des minorités : La Turquie fait profil bas.

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
Ne nous y trompons pas. Si la Turquie envisage de restituer des biens ayant appartenus aux minorités, ce n'est pas par un brusque désir de justice mais sur injonction de la Cour européenne des Droits de l'Homme et à la demande du Congrès américain.
La restitution ne porte que sur les confiscations effectuées après 1936. Concernant plus particulièrement les Arméniens, au lendemain du génocide, d'abord l'empire ottoman puis la république turque qui lui a succédé, ont confisqué les biens et les propriétés des victimes, déportées et massacrées.
Atatürk avait mis en place tout un ensemble de mesures et de lois concernant les Arméniens, lesquelles sont toujours en vigueur. Celles-ci interdisaient aux réfugiés arméniens originaires de Turquie de retourner dans leur village ou leur ville d'origine.

- La loi du 20 avril 1922 prévoit la confiscation en Cilicie de tous les biens appartenant aux personnes qui avaient ‘quitté' la région ;

- La loi du 25 avril 1923 étend la confiscation à tous les Arméniens, quels que soient les motifs ou la date de leur départ du pays ;

- La loi de septembre 1923, article 2, interdit le retour des Arméniens en Cilicie et dans les provinces de l'Est (Arménie Occidentale) ;

- La loi du 23 mai 1927 exclue de la nationalité turque tous ceux qui, lors de la guerre de l'indépendance, n'y ont pas pris part ou qui sont restés à l'étranger entre le 24 juillet 1923 (Traité de Lausanne) et la date de la promulgation de cette loi.
Si l'on ajoute à ces lois scélérates, les obligations de la Turquie envers ses minorités non musulmanes, souvent non respectées, il est clair que le geste d'Erdogan n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des réparations dues au peuple arménien.

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"Si la Turquie aspire à avoir ‘zéro problème avec les voisins', comme a déclaré le ministre des Affaires étrangères, ne doit-elle pas suivre une politique similaire sur le plan intérieur ? Après des changements extraordinaires dans la dernière décennie, il y a des signes indiquant que la Turquie pourrait aller dans ce sens."
"Dans une étape qui commence à annuler des décennies de discrimination, Ankara envisage de restituer des centaines d'écoles, d'hôpitaux, d'orphelinats et d'autres propriétés saisies aux minorités depuis 1936. Certains de ces confiscations ont été de peu d'importance, mais d'autres faisaient partie de campagnes orchestrées contre les communautés minoritaires, grecque, arménienne et juive. Beaucoup plus que l'utilité pour ces communautés, c'est le symbolisme qui est inestimable," lit-on dans l'éditorial du ‘The National'.

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Selon un décret publié au Journal officiel turc ce week-end, le gouvernement turc va restituer les biens confisqués depuis 1936, aux Arméniens et aux autres minorités religieuses, en réponse aux préoccupations de l'Union européenne sur le traitement des minorités dans le pays candidat à l'UE.
La décision a été annoncée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan aux représentants des communautés chrétienne et juive à Istanbul dimanche soir, au diner célébrant la fin du Ramadan : "L'époque où l'un de nos citoyens était opprimé à cause de sa religion, de son origine ethnique ou de son mode de vie, est finie," a déclaré Erdogan.
"Les mots seuls ne pourront pas guérir les blessures ethniques et religieuses de la Turquie, mais c'est un début. L'histoire de la Turquie est remplie de crimes contre les groupes minoritaires, réprimés par les gouvernements laïc par peur du sectarisme. Les litiges sur les propriétés étaient juste un chapitre qui devait être fermé, en grande partie à cause de la pression de l'UE. Mais toute discussion sur les communautés minoritaires de Turquie doit désormais impliquer les Kurdes, qui représentent près de 20% de la population. Lorsque la république a été fondée, une loi interdisait tout ce qui avait trait aux Kurdes : langue, vêtements ou culture – des méthodes absurdement répressives qui n'ont été que partiellement assouplies ces dernières années," poursuit l'article.
Et d'indiquer que tout l'honneur en revient à M. Erdogan qui a reconnu la maltraitance historique des Kurdes, qui prône la détente avec l'Etat kurde d'Irak et a assoupli les restrictions sur les émissions en langue kurde et les règles d'éducation.
"On a besoin de plus. Il y a eu une recrudescence de la violence entre les forces de sécurité et les groupes rebelles du PKK, provoquant des appels renouvelés pour une répression contre les partis politiques et la société civile kurdes. Des pourparlers secrets entre Ankara et le leader emprisonné du PKK Abdullah Ocalan, ont produit peu d'effets. Sur certaines promesses, M. Erdogan a fait marche arrière. Même Ocalan semble avoir réalisé que les militants du PKK ne pourront jamais représenter les 14 millions de Kurdes. Il est grand temps que le terrorisme soit traité séparément des droits des minorités. Pour les minorités historiquement marginalisées, la restauration légitime de leur propriété n'est qu'une étape. Attendons de voir ce qui vient après," conclut l'article.
La Turquie a confisqué pour des milliards de dollars des biens appartenant à des fondations arméniennes et grecques. La Cour européenne des Droits de l'Homme a jugé que ces saisies étaient illégales.
Certaines des propriétés saisies étaient des hôpitaux, des écoles et des cimetières. Dans le cas des propriétés qui ont été vendues à des tiers, les fondations religieuses seront payées à la valeur marchande, par le Trésor turc.
Les experts pensent que sur les 2.000 églises de la communauté arménienne avant 1915, moins de 40 sont en activité aujourd'hui.
La plupart des chrétiens avaient fui la Turquie lors de la Première Guerre mondiale et de la Guerre d'Indépendance qui a suivi. 1,5 millions d'Arméniens ont péri dans le premier génocide du XX siècle, et autant de Grecs furent déplacés dans le cadre d'un échange de population.
Le traité de Lausanne de 1923 avec les puissances occidentales permet en principe aux communautés non musulmanes d'Istanbul de conserver certains droits spécifiques comme l'éducation ou la propriété.
Le président de l'ANCA, Ken Hachikian a déclaré : "Le décret de M. Erdogan, est clairement motivé par la décision du Congrès sur la répression de la Turquie envers de sa minorité chrétienne et celle de la Cour européenne des droits de l'homme. Moins de 1% des églises et des propriétés de l'église confisquées pendant le génocide arménien et les décennies qui ont suivi, seront restituées. Quatre-vingt seize ans après le génocide perpétré contre les Arméniens, les Grecs et les Syriaques, ce décret est un écran de fumée pour échapper aux conséquences beaucoup plus large de ces actes brutaux. L'ANCA va s'assurer auprès des institutions américaines que le gouvernement turc se réconcilie effectivement avec son passé brutal, respecte la liberté religieuse des survivants des communautés chrétiennes et restitue le fruit de son crime."
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* Brève UE *

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Catherine Ashton, le Haut-Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité a salué la nomination de Philippe Lefort comme Représentant spécial de l'UE pour le Sud-Caucase et la crise en Géorgie.,
"Je suis très heureuse de la nomination de Philippe Lefort à ce poste important. M. Lefort a une connaissance approfondie de la région et des années d'expérience sur des postes de haut niveau. Je suis convaincue que c'est un choix idéal pour ce poste et qu'il va renforcer le rôle de l'UE dans cette région sensible. Je suis très impatiente de travailler avec lui."
[Ndlt] : Philippe Lefort prend le poste laissé vacant depuis le 1er Mars, suite au départ de Peter Semneby appelé à d'autres fonctions.
* Brève azérie *

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L'ambassadeur d'Azerbaïdjan à Berlin a envoyé une note de protestation au ministère allemand des Affaires étrangères concernant le programme de concert dédié au "20e anniversaire de la déclaration d'indépendance du Haut-Karabakh", dans le cadre des journées de la culture arménienne, qui se tiendront en Allemagne du 16 au 22 Septembre. L'ambassade a demandé d'interdire la manifestation, la qualifiant de ‘provocation'. De son côté, le Consulat d'Azerbaïdjan de Stuttgart a envoyé une lettre de protestation à la Municipalité, où il est également mentionné l'inadmissibilité de l'événement. Des représentants du Consulat ont rencontré les représentants de la Ville pour leur présenter leur plainte.
* Brève russe *

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Le leader du Parti libéral démocrate de Russie, Vladimir Jirinovski, estime qu'une guerre contre la Russie ne sera bénéfique pour toute personne. "Ni l'OTAN, ni des Etats-Unis ou la Chine ne se lanceront dans une guerre contre la Russie, car comme nombre d'armées ils mourront dans nos territoires glacés."
Notant que les révolutions s'approchent des frontières turques, il pense que la Turquie va aider au renversement du régime d'Assad, ce qui impactera négativement les relations entre Ankara et Téhéran.
"Profitant de ce chamboulement, l'Azerbaïdjan va essayer de reprendre le contrôle sur le Haut-Karabakh tandis que la Géorgie fera de même pour l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, ce qui enflammera tout le Sud-Caucase. Le scénario final de ces mouvements est l'embrasement du monde musulman avec des slogans appelant à la démocratie", conclu M. Jirinovski.
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Extrait de Armenialiberty, de Radiolour et de PanArmenian.net


samedi 27 août 2011

La normalisation des relations arméno-turques repoussée sine die

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
Les relations diplomatiques entre la Turquie et l'Arménie n'ont jamais existé, que ce soit aux derniers temps de l'empire ottoman ou avec la République crée par Mustapha Kemal Atatürk en 1923 et dotée d'un parti unique. Du temps de l'Union soviétique, c'est Moscou qui parlait au nom de toutes les RSS, et après sa dislocation la frontière n'a jamais été ouverte, les quelques rares échanges se faisaient par la Géorgie voisine. Une parenthèse toutefois, au lendemain du tremblement de terre de 1988, Ankara a laissé passer [une seule fois] l'aide humanitaire pour l'Arménie.
On peut toujours rétorquer que c'est la Turquie qui a reconnu dans les premiers, la nouvelle République indépendante crée il y a exactement 20 ans, mais reconnaître un pays ne signifie pas avoir des relations diplomatiques. Deux plus tard, Ankara s'apprêtait à envahir militairement sa voisine pour aider l'Azerbaïdjan, avant d'instaurer le blocus de l'Arménie en 1994.
Vouloir entamer le dialogue, l'idée ne vient ni d'Erevan, ni d'Ankara mais de Washington. Se rendant compte que depuis 10 ans rien n'a changé dans la région, que le groupe de Minsk de l'OSCE n'a pas progressé dans la résolution du conflit du Haut-Karabakh, et que les voies de transit Gaz-Pétrole risquent d'être malmenées si la guerre reprenait, le Département d'Etat a poussé au dialogue les antagonistes séculaires avec pour objectif de normaliser leurs relations.
Les Etats-Unis semblent avoir oublié une chose, ou plus exactement font semblant, c'est que le contentieux arméno-turc ne date pas d'hier avec le problème du Haut-Karabakh, mais d'il y a près d'un siècle quand les Turcs ont massacré 1,5 million d'Arméniens, confisqué leurs biens, et annexé leurs terres. Un ‘détail de l'histoire' diraient certains …
* Brève turque *
Le gouvernement turc rejette les affirmations indiquant que les dizaines de journalistes au franc parler qui ont été arrêtés, condamnés, et/ou emprisonnés, l'ont été non pas en raison de leurs activités journalistiques, mais pour des motifs non liés à leur profession.
Ainsi, le ministère de la justice turque indique dans un communiqué : "il est faux de dire que 70 journalistes ont été arrêtés ou condamnés à cause de leurs écrits. 59 des 63 journalistes actuellement en prison le sont pour des activités criminelles autres que leurs écrits. Les quatre autres le sont à cause de leurs écrits et de la propagande pour une organisation terroriste."
Parmi les 59, 27 sont en détention préventives et il sera possible de voir quelles étaient les activités criminelles dont ils sont accusés quand leur dossier sera bouclé. Selon le ministère, les 27 suspects sont accusés de faire partie d'une organisation terroriste.

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Le 22 août 2011, la Grande Assemblée nationale turque retirait de son agenda 898 projets de loi, et notamment les protocoles arméno-turcs signés en 2009.
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Le nouveau parlement turc considère que la question de l'ouverture de la frontière avec l'Arménie n'est plus d'actualité pour le pays. Par ailleurs, en conformité avec les règlements du Parlement, un projet de loi qui a été rejeté par le parlement perd sa force juridique pendant six mois.
Comment et pourquoi en est-on arrivé là ?
Le président Serge Sarkissian a catégoriquement démenti jeudi les affirmations persistantes que, contrairement à son prédécesseur Robert Kotcharian, il a envisagé d'étudier avec Ankara les événements de 1915 sur les massacres et les déportations des Arméniens dans l'Empire ottoman.
Le secrétaire de presse du président, Armen Arzoumanian, a exigé que le journal arménien en ligne, Lragir.am, ‘corrige' l'article disant que "Serge Sarkissian a accepté quelque chose qui avait été rejeté par Robert Kotcharian." Arzoumanian a accusé le journal de ‘désinformation manifeste'.
L'article en question rappelait l'une des dispositions les plus controversées des deux protocoles de normalisation turco-arméniens, signés à Zurich en Octobre 2009 : ‘La création d'une sous-commission d'experts nommé par les gouvernements turc et arménien pour un "examen scientifique et impartial des documents historiques et des archives." Cela avait été largement perçu comme un euphémisme officiel pour un examen conjoint des massacres d'Arméniens, que de nombreux historiens internationaux considèrent comme le premier génocide du 20ème siècle.
L'idée d'une telle étude a été lancée par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan dans une lettre de 2005 à Robert Kotcharian, que le président avait rejeté comme étant un stratagème turc conçu pour saborder une plus grande reconnaissance internationale du génocide.
Peu après son entrée en fonction en avril 2008, M. Sarkissian avait indiqué qu'il était prêt, sur le principe, d'accepter la proposition. "Nous ne sommes pas contre la création d'une telle commission, mais seulement si la frontière entre nos pays est ouverte", avait-il déclaré lors d'une visite en Juin 2008 à Moscou.
Le leader arménien avait clairement changé sa rhétorique, après le tollé provoqué par les protocoles en Arménie et dans toute la diaspora. Les critiques arméniennes sur sa politique de rapprochement avec la Turquie indiquaient que l'existence même de la sous-commission d'historiens remettrait en question le génocide arménien et rendait le travail d'Ankara plus facile pour décourager davantage les pays sur la reconnaissance officielle.
Le gouvernement Sarkissian a rejeté les critiques, disant que la dite sous-commission ne chercherait pas à déterminer si durant la Première Guerre mondiale le massacre de 1,5 million d'Arméniens constituait un génocide ou non.
Sarkissian semble avoir été plus loin dans son entretien d'avril 2010 avec le magazine allemand "Der Spiegel". "La création de la Commission [d'historiens] n'aurait de sens que si la Turquie reconnaissait sa culpabilité. Le travail des chercheurs consistera à déterminer conjointement les causes de cette tragédie. Dans le cas contraire, la mise en place d'une telle commission voudrait dire remettre en cause la réalité du génocide perpétré contre notre peuple."
Dans son interview, Sarkissian indique que le gouvernement de M. Erdogan ne compte pas faire ratifier les protocoles par le parlement turc tant qu'une résolution du conflit du Haut-Karabakh ne sera trouvée, acceptable pour l'Azerbaïdjan.
Erdogan et les dirigeants turcs avaient aussi lié la non-ratification à la décision de Janvier 2010 de la Cour constitutionnelle de l'Arménie, stipulant que les protocoles ne pouvaient pas arrêter la recherche de la reconnaissance du génocide à Erevan dans l'arène internationale. Ce qui pour Ankara signifiait que Cour constitutionnelle arménienne préjugeait des conclusions de la Sous-commission.
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Selon les informations publiées par Wikileaks, dans une lettre daté du 25 avril 2005 au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le président Robert Kotcharian déclarait que l'Arménie était prête à normaliser ses relations avec la Turquie.
"En tant que deux pays voisins, nous devons travailler tous deux pour trouver la façon de vivre ensemble en harmonie. C'est pourquoi, dès le premier jour, nous vous avons tendu la main pour établir des relations, ouvrir la frontière, et donc amorcer un dialogue entre nos deux pays et nos deux peuples," écrivait Kotcharian.
L'ambassadeur américain en Arménie, John Evans, déclarait dans un câble diplomatique : "les préoccupations reposent sur plusieurs facteurs. La lettre a été immédiatement distribuée au Congrès américain avec l'implication claire que le processus de ‘rapprochement et de réconciliation' est en cours et que toute action des Etats-Unis (comme une résolution du Congrès [sur le génocide arménien]) est inutile. Le code pénal turc pénalise toujours les citoyens pour l'utilisation du terme ‘génocide' dans le contexte arménien."
Et John Evans de poursuivre : "la lettre du Président Kotcharian réitère la position arménienne : l'Arménie est prête à discuter de toutes les questions au niveau intergouvernemental. L'Arménie ne pose aucune condition préalable à l'établissement de relations et pour l'ouverture des frontières. Tous les problèmes bilatéraux et les questions, y compris le génocide, peuvent être discutés une fois les relations établies."
"La Turquie utilise trois raisons distinctes pour expliquer le maintien des frontières fermées. 1- l'insistance de l'Arménie sur la reconnaissance du génocide ; 2- les Arméniens n'ont pas réaffirmé l'intégrité territoriale de la Turquie ; 3- Le conflit de Haut Karabakh n'est toujours pas résolu."
Wikileaks a également publié un câble envoyé de Turquie en 2010 par l'ambassadeur américain d'alors, James Jeffrey.
"La signature, à Zurich le 10 Octobre, des protocoles pour normaliser les relations turco-arméniennes et ouvrir la frontière commune, a été un repère pour la région. Mais ni la Turquie ni l'Arménie n'ont pris des mesures pour leur ratification. Le gouvernement turc affirme que le retrait des forces arméniennes des districts entourant le Haut-Karabakh est une condition préalable. Cela ne faisait pas partie de l'accord, et ce n'est la position que les États-Unis soutiennent."
James Jeffrey note que les relations futures seront néanmoins fortement liées à la question du génocide arménien de 1915.
"Toute qualification des événements de 1915 comme "génocide" par les Etats-Unis, déclenchera une tempête politique en Turquie, et l'effet sur nos relations bilatérales - dans les aspects politiques, militaires et commerciaux - serait dévastateur", précise le câble.
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Extrait de Armenialiberty et de PanArmenian.net


jeudi 25 août 2011

Bakou mécontent de la réunion de Sotchi

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
On s'en doutait un peu. Alors que les médiateurs, Russie en tête, attendaient un début d'accord général, Aliev a présenté dix nouvelles propositions à ses homologues Russe et Arménien à la réunion trilatérale de Kazan. Après un communiqué laconique cachant difficilement l'échec de la rencontre, le président Medvedev pour ne pas perdre la face, a amendé le texte initial. Les réponses des antagonistes n'ont pas varié, ce qui a eu pour effet une rencontre face à face Medvedev-Aliev quelques jours après, à Sotchi.
Il est clair que le président russe a ‘remonté les bretelles' de son interlocuteur, qui joue depuis plusieurs années les empêcheurs de tourner en rond. Autant l'Arménie est une alliée fidèle dans la région, autant l'Azerbaïdjan, avec la manne pétrolière et gazifière, ne cesse de regarder vers l'Occident et les Etats-Unis plus particulièrement.
Aliev ne veut pas entendre parler d'une quelconque sécession du Haut-Karabakh. Or accepter les principes de Madrid signifie pour lui perdre ce territoire à court terme. Aliev se fiche royalement du Haut-Karabakh, qui n'est pas une région stratégique, ni militairement et encore moins économiquement. Mais perdre ce territoire quand on est un homme politique azéri signifie tout bonnement perdre à jamais la possibilité de garder son poste de président de la République. Et ça c'est dur à avaler ! Il faut dire que dans les Républiques ex-soviétiques ce poste est loin d'être qu'honorifique, et quand de surcroit il y a des richesses dans le sous-sol ….
Après la rencontre de Sotchi, Aliev a bien reçu le message de Medvedev que choisir l'option militaire pour régler le problème n'est vraiment pas la bonne solution, l'exemple géorgien étant encore dans les mémoires. Bakou va continuer donc comme avant : Contre-information et propagande anti-arménienne dans les milieux internationaux, menaces d'usage de la force, et tirs intensifs de snippers sur la ligne de contact.
* Brève *
L'Ambassade d'Azerbaïdjan avait présenté une note de protestation au Ministère des AE français après la visite de quatre parlementaires français en Artsakh.
La France a répondu : "La visite des parlementaires français en Artsakh n'était pas officielle, et a été réalisée sur l'initiative d'un groupe de parlementaires."
Tout étranger, touriste mis à part, qui visite l'Artsakh sans la permission de Bakou devient ‘persona non grata' et se retrouve d'office sur une ‘liste noire'.

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Le directeur du Département azerbaidjanais des Affaires Etrangères de l'administration présidentielle, Novruz Amamedov, avait annoncé la semaine dernière que le président azerbaïdjanais Ilham Aliev ne participerait pas au Sommet de la CEI des 2-3 Septembre, et qu'il serait représenté par le Premier ministre, Arthur Rasizade.
La plupart des experts pense qu'Aliev boude le 20e anniversaire de la CEI parce qu'il n'a pas accepté les propositions de Medvedev concernant le règlement du conflit du Haut-Karabakh.
Il est très important pour Medvedev de faire avancer les négociations qui sont au point mort. Il a obtenu les mandats nécessaires de la France et les Etats-Unis lors du sommet du G8 de Deauville. De plus, son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est rendu à Erevan et à Bakou pour présenter aux deux présidents ses propositions pour le règlement du conflit.
L'élite politique russe s'était bien rendu compte que les parties étaient suffisamment prêtes afin de signer une ‘feuille de route' le 24 Juin à Kazan. Mais Ilham Aliev au dernier moment a rejeté le document et a présenté dix nouvelles propositions, ce qui a conduit à l'échec de la rencontre et a remis en cause l'autorité de Medvedev.
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La seule ‘réussite' de la dernière rencontre Medvedev-Aliev à Sotchi, a été l'annonce faite par Novruz Mamedov, comme quoi : "les approches arménien et azerbaïdjanais vers un règlement du conflit du Haut-Karabakh reposent sur les principes de Madrid, ce qui justifie les efforts du président russe". Et d'jouter que le processus de négociation doit être poursuivi.
David Babayan, le directeur du département central d'information du bureau du Président de la RHK, a répondu à cette annonce en disant que le processus de négociation va ralentir dans les deux prochaines années vu qu'il va y avoir des élections, non seulement en Arménie, en Artsakh et en Azerbaïdjan, mais aussi aux Etats-Unis, en Russie et en France. La RHK compte utiliser ce laps de temps pour développer l'économie du pays et renforcer sa protection.
L'absence d'Aliev à l'anniversaire de la CEI suspend la reprise des négociations arméno-azerbaïdjanaises. Du coup, les relations russo-azerbaïdjanaises deviennent le principal problème pour la région. Personne ne sait pourquoi, mais toujours est-il que les Azéris ont décidé que le chantage va inciter Moscou à changer d'attitude envers le problème du Karabakh et qu'il protégera les intérêts de l'Azerbaïdjan. Les amis politiques de Moscou qui défendent les intérêts de Bakou, ont commencé leur propagande pour les mois à venir. Selon eux, la Russie perdra non seulement l'Azerbaïdjan, mais la CEI s'effondrera et l'influence russe baissera dans le monde entier.
Alexei Malachenko, expert au Centre Carnegie, est le premier à répandre cette idée : "Cette démarche d'Aliev a affaibli la Russie, qui a cessé d'être médiateur du conflit, pour devenir protecteur de l'Arménie. Aliev a agit en politicien habile et prudent. Cela montre le niveau atteint. C'est triste également pour la CEI, qui va fêtera son 20e anniversaire, sans l'Azerbaïdjan."
Mais il est évident que le Kremlin ne restera pas silencieux face à ce chantage, et tous les projets antirusses dans lesquels l'Azerbaïdjan est présent, sont revenus sur le devant de la scène. Et cette liste ne se limite pas à VUAM ou à Nabucco.
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* Israël et le génocide arménien *
"Je tiens à noter que il y a toujours eu en Israël des forces qui ont poussé à la reconnaissance du génocide arménien. Je suis sûr que nation juive qui a subi l'Holocauste n'a pas le droit d'ignorer la tragédie d'une autre nation. Mais mon attitude personnelle n'est l'attitude officielle d'Israël. Elle a été et reste inchangée. Selon Israël, les deux nations (Arméniens et Turcs) doivent arriver à un consensus commun sur les événements sanglants de 1915 et Israël acceptera ce consensus," a déclaré le directeur de l'Institut d'Europe de l'Est et des pays de la CEI de Tel-Aviv, Alexander Tsinker.
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"Quand les relations avec la Turquie se sont refroidies, certains journaux ont annoncé que le génocide arménien doit être reconnu comme une réponse à Ankara aux actions anti-israéliennes. Mais aucun politicien sérieux israélien, ni un militant important public n'ont soutenu ces publications et toutes ces annonces sont restées au stade d'annonces. Et je pense qu'ils avaient raison. Cette question est trop grave pour en faire un instrument de pression."
"Je peux dire combien ces événements de 1915 ont été discutés en Israël et pourquoi le génocide arménien n'a pas été reconnu. C'est un autre sujet et c'est très compliqué. En un mot : l'élite politique israélienne et la société n'ont pas encore atteint le point de pouvoir franchir cette étape. Et je pense qu'ils ne le seront pas encore pour longtemps. Mais cela ne signifie que moi ou d'autres partisans, devons attendre et ne rien faire. Non, nous continuons à influencer la société israélienne et la préparer pour la reconnaissance du génocide arménien," a-t-il conclu.
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Extrait de Times.am


mercredi 24 août 2011

Le Haut-Karabakh ou la quadrature du cercle

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

La guerre n'est pas une solution, non seulement elle ne résoudra pas le problème mais en créera d'autres. Reste la négociation, c'est-à-dire faire des compromis, mais sur quoi ou sur quel point céder ? Et c'est là que les choses s'enveniment.

En deux phrases le problème est posé :

- La sécurité et le statut du Haut-Karabakh ne sont pas négociables et donc restituer les territoires-tampons est inenvisageable.

- Le principe du droit à l'autodétermination des peuples ne fait pas partie du vocabulaire de Bakou, seules existent l'autonomie et l'intangibilité des frontières.

Si effectivement on prend comme bases de réflexion l'Acte final d'Helsinki, signé en 1975 par 35 pays, où l'Arménie et l'Azerbaïdjan n'existaient pas en tant que tels, mais noyés dans l'URSS, on peut honnêtement se poser la question si 36 ans après on doit prendre pour argent comptant toutes les conclusions d'un document signé du temps de la guerre froide. C'est faire fi de la chute de l'Union soviétique, des guerres de libération, de la création de nouveaux Etats ou de l'évolution des mentalités.

Alors pourquoi les grandes puissances laissent-elles Bakou pérorer de la sorte, arc-bouté sur feu la RSS d'Azerbaïdjan ? L'appât du gaz et du pétrole n'explique pas tout.

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Une possible guerre au Karabakh aurait des résultats désastreux pour Bakou

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Un mauvais exemple est toujours contagieux, et cela débouche politiquement sur un échec. Après la réunion de Kazan, la France a fait une tentative pour évincer la Russie du processus de règlement du conflit du Karabakh. Dans son interview à la radio ‘Ekho Moskvy' le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré que des propositions supplémentaires seraient faites à l'Arménie et à l'Azerbaïdjan pour le règlement du conflit du Haut-Karabakh. "La France salue les efforts de la Russie et de son président en vue de résoudre le conflit, mais, malheureusement, la réunion de Kazan a été improductive."

Alain Juppé sait parfaitement que de nouvelles propositions sur le Karabakh ne pourront jamais être faites, pour la simple raison que, ce soit l'Arménie ou l'Azerbaïdjan trouveront toujours une excuse pour ne pas les accepter. Ce n'est pas que les parties ne veulent pas dialoguer, mais tout simplement, parce qu'elles parlent un langage différent. De plus, l'Arménie ne se donne pas le droit de signer un document sans le consentement des autorités de la RHK. Tant que le règlement sera basé sur deux principes qui s'excluent mutuellement - à savoir, le principe de l'intégrité territoriale et le principe de l'autodétermination - aucun accord ne pourra jamais être atteint. Et les médiateurs n'ont rien d'autre à offrir pour le présent. L'Acte d'Helsinki de 1975, auquel Bakou se réfère avec tant d'enthousiasme, se révèle être un échec complet dans le nouvel environnement, et compter sur lui pour le règlement de divers conflits aura simplement comme conséquence de s'engager dans un processus de règlement sans fin. Toutes les parties intéressées sont conscientes de cela. Les coprésidents pensent que c'est leur devoir de prévenir la guerre, mais même cela s'avère déjà difficile. Bakou a ‘hâte' de se venger avant l'élection présidentielle. La même hâte [d'aboutir] s'applique aux présidents des Etats-Unis, de la France et de la Russie. Cependant, vouloir et pouvoir sont deux choses différentes. D'autre part, il y a les optimistes qui croient encore que quelque chose va se produire en 2012. Cette situation ressemble à la ratification des protocoles arméno-turcs sur la normalisation des relations : pour une raison inconnue, certains experts étaient convaincus qu'après les élections législatives [turques] du 12 Juin dernier, les relations arméno-turques seraient de nouveau sur l'agenda de la Grande Assemblée nationale Turque (TBMM). En fait, il s'est passé le contraire, le dossier a été tout bonnement retiré.

"La rencontre des présidents à Kazan doit être considérée comme une phase régulière dans le processus de négociation, et non comme la phase finale. La Russie ne va pas abandonner le processus de négociation sur le Haut-Karabakh, vu qu'elle est intéressée à sécuriser le Sud-Caucase. À mon avis, l'Azerbaïdjan et l'Arménie ne peuvent s'entendre sur une séquence reposant sur les principes de Madrid, mais en 2012 le processus de négociation entrera dans une phase gratifiante," a déclaré le rédacteur en chef de ‘Vestnik Kavkaza', Alexeï Vlassov. On pourrait tout aussi bien indiquer les années suivantes, que cela ne ferait aucune différence. Il existe aussi une autre théorie indiquant que le conflit sera résolu en 2026 lorsque, selon certains experts, Bakou sera à court de pétrole. Bref, l'estimation de la date de fin des négociations reste on ne peut plus conjecturelle.

Il est tout à fait plausible que la France soit vraiment désireuse de résoudre ce long conflit, mais vouloir y arriver avec les principes mentionnés ci-dessus est impossible. Aussi, peine-t-elle à réussir. Nicolas Sarkozy a moins d'influence sur l'Arménie et l'Azerbaïdjan que Medvedev ou Obama. L'aspiration de Paris à vouloir jouer le rôle d'une puissance mondiale n'est pas dans ce cas, sous-tendu par des actions visant à améliorer la situation. La partie arménienne ne va pas restituer des territoires conquis par le sang, sans lesquels le Haut-Karabakh cesserait tout simplement d'exister. Pas plus que le président azerbaïdjanais Ilham Aliev n'acceptera d'accorder au Karabakh le droit à l'autodétermination.

Pendant ce temps, le nombre de personnes souhaitant régler le conflit du Karabakh va croissant. L'Iran, qui est longtemps resté dans l'ombre, a annoncé par la voix du président du Parlement, Ali Larijani, que les efforts du Groupe de Minsk de l'OSCE n'ont pas abouti à régler le conflit du Haut Karabakh, donc que les pays de la région, notamment l'Iran, devraient s'impliquer dans le processus. « Le conflit du Haut-Karabakh devrait être résolu dans un cadre régional, » a-t-il déclaré à Bakou.

Si l'on écoute Bakou, il semble que tout le monde est impatient de régler le conflit du Karabakh, à l'exception de l'Arménie, qui pour une raison quelconque est réticente à se séparer de son propre territoire pour complaire aux seuls caprices du président Aliev. La réunion de Kazan a prouvé ceci de la meilleure façon possible. Quant à la France, après l'approbation obligatoire des deux autres pays coprésidents (Russie et Etats-Unis), il ne restera rien de ses nouvelles propositions. La preuve en a été donnée lors de la dernière réunion à Sotchi entre les présidents Medvedev et Ilham Aliev, où il a été convenu de "poursuivre les pourparlers". Sans aucun doute que Medvedev a rappelé à Aliev les événements d'août 2008 avec Mikhaïl Saakachvili, et que celui-ci a bien reçu le message.

Karine Ter-SahakianPanArmenian.net – Département Analyse



mardi 23 août 2011

Pas de vacances pour l'Arménie face à ses détracteurs

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires
Un enterrement de première classe qui n'apparaît même pas dans les ‘faits divers' : La ratification des protocoles arméno-turcs passe du stade gelé au stade surgelé.
Le parlement turc, sur les conseils avisés du gouvernement Erdogan, a décidé de reporter aux calendes grecques la discussion sur les protocoles arméno-turcs, leurs ratifications éventuelles et donc la normalisation des relations avec l'Arménie.
Faut-il s'en réjouir ou s'en attrister ?
De l'acte lui-même, cela revient à dire officiellement ce que tout le monde s'accorde à reconnaître tout bas. La ratification des protocoles est figée depuis le premier jour, c'est-à-dire depuis le 10 Octobre 2009, date de leur signature en grande pompe en Suisse, à la ‘demande insistante' de Washington.
Si les Occidentaux, USA en tête, continuent de s'accrocher à un document mort-né, Erevan a tourné la page depuis longtemps, quant à Ankara, il s'est arrêté à la première page, au paragraphe fantôme pré-condition.
Qu'il n'existe pas de relations diplomatiques entre deux Etats mitoyens, est effectivement incongru au XXIème siècle. Qu'un Etat fasse le blocus de son voisin alors que celui-ci ne lui a rien fait, est encore plus incongru.
Par contre, que la frontière soit fermée peut apparaitre contraignante à première vue, obligeant les uns et les autres à passer par la Géorgie voisine. En y regardant de plus près, qui serait réellement gagnant de l'ouverture ? Les riches industriels et la population turcs avec un PIB par habitant de 12.300$, ou bien les Arméniens avec un 125ème rang mondial ? On voit mal les produits arméniens inonder le marché turc. Par contre les produits russes seraient remplacés par les produits manufacturés turcs.
Comme dit le proverbe : A quelque chose malheur est bon.

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* Le Haut-Karabakh toujours dans les discours présidentiels *

* Le président Sarkissian complète sa pensée.

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En réponse à une question posée par l'un des participants à Sevan du mouvement ‘Miassine' (Ensemble) et du programme ‘Ari Tun' sur le Karabakh et ses échéances, le président Serge Sarkissian a répondu : "Le problème du Karabakh est douloureux à la fois pour l'Arménie et pour l'Azerbaïdjan, si c'était facile, la question aurait déjà été réglée."
"Pendant des décennies, la population azerbaidjanaise a été inculquée sur l'idée que le Karabakh appartient à l'Azerbaïdjan, et maintenant les dirigeants azerbaidjanais font face à d'immenses complexes car ils n'ont jamais essayé d'être honnête avec leur propre peuple ... pour leur dire : "Vous savez, en fait ce sont des terres arméniennes, les Arméniens ont vécu ici depuis des lustres et ce serait bien ... si nous respectons la liberté de ces personnes afin qu'elles et nous vivions heureux." Je suis sûr que le temps viendra pour cela : qu'importe la difficulté du sujet, nous sommes obligés de trouver une solution pour arriver à un règlement pacifique du problème. En disant ‘nous', je veux dire l'Arménie, l'Azerbaïdjan et le Haut-Karabakh ;" et d'ajouter que le climat actuel n'est pas propice pour cela.
"Le président Ilham Aliev n'arrête pas de dire que l'Azerbaïdjan a beaucoup d'argent, une économie puissante, que sa population est de 9 millions de personnes alors qu'il n'y a plus personne en l'Arménie et ainsi de suite. Comment puis-je donner un échéancier, en me basant sur une résolution pacifique ? Est-ce qu'un règlement pacifique est possible, quand chaque jour les autorités azerbaïdjanaises tiennent des propos anti-arméniens, quand ils propagent la haine ? Nous sommes habitués à cela et nous nous sommes conciliés avec cet état de fait, vu que ce n'est pas la première ou la deuxième année."
"Peut-être pas les jeunes, mais leurs parents et leurs aînés se rappellent certainement le début des années 1990, quand les présidents azerbaïdjanais Mutallibov et Elchibey déclaraient la même histoire sur la puissance et la supériorité de l'Azerbaïdjan ;" Et de soulignait qu'il n'y avait qu'un seul président azéri ayant une vision réaliste [c'est-à-dire Haydar Aliev].
"Je suis sûr que les actions militaires sont une voie menant nulle part. Aujourd'hui, l'Azerbaïdjan n'est pas en mesure d'obtenir une supériorité militaire sur l'Arménie."
Le président a de nouveau précisé que le Karabakh ne retournera jamais sous administration azerbaïdjanaise, qu'il s'est autodéterminé depuis longtemps, et qu'il décide lui-même de son sort. "Aujourd'hui, je vous regarde et vous donne ma vision de la résolution : la solution doit être trouvée de manière pacifique. Lequel d'entre vous a-t-il déjà visité la République du Haut-Karabakh et douté qu'ils ont un Etat indépendant ?" et de conclure : "Tôt ou tard la question de la reconnaissance du Haut-Karabakh sera réglée. Le plus tôt sera le mieux - à la fois pour l'Arménie, le Karabakh et l'Azerbaïdjan."
L'Azerbaïdjan a condamné ces propos. Elman Abdullaïev, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, les a dépeints comme une preuve supplémentaire qu'Erevan a une position ‘non constructive' sur le Karabakh : "Au lieu de préparer son peuple à la paix et contribuer ainsi au développement et au bien-être de la région, Serge Sarkissian radicalise la société arménienne."
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* Une visite inopportune

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Quatre membres du parlement français - Guy Teissier, Jacques Remiller, Georges Colombier, et Valerie Boyer - ont visité lundi le Haut-Karabakh, et participé à une manifestation de soutien pour la reconnaissance internationale de sa sécession de l'Azerbaïdjan.
La délégation conduite par Guy Teissier (UMP), président de la Commission la Défense nationale de l'Assemblée nationale, a rencontré des parlementaires locaux puis s'est entretenue avec Bako Sahakian, le président de la République du Haut-Karabakh (RHK).
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"Venir en Arménie est un geste d'amitié. Venir au Karabakh est un geste de solidarité," a déclaré M. Teissier devant les parlementaires de la RHK. Il a poursuivi en indiquant que le Haut-Karabakh avait été rattaché à la RSS d'Azerbaïdjan selon la volonté "d'un dictateur" et que sa population majoritairement arménienne, est en droit de déterminer son statut.
"Pourquoi devrions-nous garder le silence et ne pas dire que les gens très profondément enracinés dans cette terre, ont le droit de vivre ici ?"
Jacques Remiller, député-maire UMP de Vienne, a également exprimé sa "profonde sympathie" pour la Cause du Karabakh. "Tout comme d'autres nations, tels le Kosovo ou Chypre, avec leur propre gouvernement, les Arméniens du Karabakh ont le droit de décider par eux-mêmes de leur destin."
Les députés doivent visiter plusieurs villages du Karabakh et rencontrer les ONG s'occupant des réfugiés arméniens d'Azerbaïdjan.
Ces quatre élus français ont rejoints leurs collègues sur la ‘liste noire' de Bakou. En juin 2010, le président du Groupe parlementaire d'Amitiés France-Arménie, François Rochebloine, avait également conduit une délégation de cinq députés au Karabakh. Pour l'Azerbaïdjan, tout voyage au Haut-Karabakh sans son accord préalable est considéré comme un affront à sa souveraineté internationalement reconnue sur le Karabakh. Des dizaines d'étrangers de toutes nationalités, politiques ou VIP, en ont déjà fait les frais.
Teissier a défendu le principe des visites. "N'avons-nous pas, en tant que peuple libre d'un pays libre, le droit de visiter librement ce lieu et voir nos amis ?"
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* Pas de sortie du tunnel.

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"Les Etats-Unis, la Russie, ou l'Union européenne devrait se décider à résoudre le conflit du Haut-Karabakh. Le Groupe de Minsk de l'OSCE n'est plus le cadre capable de régler le conflit. Je ne vois aucun moyen de sortir de ce blocage, quand je vois les positions de chacun qui s'excluent mutuellement," a déclaré le politologue Alexander Rar.
Rar est sceptique quant à la médiation de la Russie, impliquée dans les processus occidentaux au Moyen-Orient. "Le président Dmitri Medvedev a tenté de jouer le rôle d'un courtier, mais je pense qu'il n'a pas réussi. Les Etats-Unis et l'Europe sont trop occupés avec les développements au Moyen-Orient."
Toutefois, il pense que les prochaines générations qui ne seront pas accablés par les souvenirs tragiques, seront capables de parvenir à un accord.
Quant au facteur turc, Rar a noté qu'en dépit d'être l'alliée de l'Azerbaïdjan, la Turquie élabore sa propre géopolitique et ne lie pas ses intérêts nationaux avec le conflit du Karabakh. "La Turquie va poursuivre ses propres intérêts. Sans compter qu'Ankara a un certain nombre de problèmes en suspens avec l'Arménie."
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* En Turquie *
* Tel père, tel fils.


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Mehmet Perinçek, historien et politicien turc, a été emprisonné, au motif d'avoir des liens avec les comploteurs du réseau Ergenekon.
Son dernier ouvrage s'intitule "La question arménienne à travers 120 documents", où il remet en question le génocide arménien. On reconnaît là le digne fils de son père, Dogu Perincek, président du parti des Travailleurs, connu pour ses idées et ses propos négationnistes, qui lui avaient valu d'être poursuivi en Suisse.
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* Un enterrement discret
La Grande Assemblée nationale a retiré de son agenda 898 propositions de lois, et notamment la ratification des protocoles arméno-turcs signé en 2009.
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Le parlement turc nouvellement élu considère que la question de l'ouverture de la frontière avec l'Arménie n'est plus d'actualité dans le contexte géopolitique de la Turquie. Par ailleurs, conformément aux règles du Parlement, un projet de loi qui n'a pas été retenu par la Commission des lois, perd ses droits pendant six mois.
Deux réactions à cette décision :
"L'Arménie devrait déclarer les protocoles arméno-turcs invalides en réponse au retrait par la Turquie des protocoles de l'agenda du parlement," a déclaré le directeur de l'Institut d'études orientales de l'Académie des Sciences d'Arménie, Ruben Safrastian.
"Nous aurions dû faire cela plus tôt, il est évident que les autorités turques actuelles n'ont pas l'intention de normaliser les relations avec l'Arménie. Les Protocoles ne seront guère de retour sur l'agenda du parlement turc avant un bon moment. Ils rentrent dans le grand jeu au Moyen-Orient. L'Arménie doit construire sa politique envers la Turquie en tenant compte de l'approche de cette dernière sur la question," a-t-il ajouté.
De son côté Kiro Manoyan, le directeur du Bureau du Hay Tad et des Affaires politiques de la FRA, a déclaré : "Il y a eu des opportunités pour retirer la signature. Et il n'y aura pas de meilleure chance. Dans ces circonstances, attendre que la Turquie ratifie les protocoles est humiliant pour l'Arménie. Ankara peut trouver des raisons diverses et variées pour retirer les protocoles de l'agenda du Parlement, mais le fait est qu'il n'est pas intéressée à leur ratification. L'Arménie doit retirer sa signature des protocoles arméno-turque en réponse au retrait par la Turquie des protocoles de l'agenda du parlement."
Et de suggérer que l'Arménie élabore un nouveau projet et attende qu'une force prête à normaliser les relations sans conditions préalables, arrive au pouvoir en Turquie.
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Extrait de Armenialiberty et de PanArmenian.net


dimanche 21 août 2011

Turquie : Les officiers généraux dans le collimateur

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
L'Armée n'a plus le vent en poupe depuis quelques temps. Ses interventions, directes ou indirectes, dans la vie politique ont vécu, l'Etat profond n'est plus piloté par elle. Si les militaires participent encore à des cercles de réflexions stratégiques, le dernier mot revient au pouvoir en place, c'est-à-dire au Premier ministre et à son équipe, le tout validé ‘démocratiquement' par les élus AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi - Parti Justice et Développement).
Qu'est-ce que cela change pour Monsieur Tout-le-monde ? Quand Monsieur Tout-le-monde est un citoyen d'origine turque, pas grand-chose, sinon être encore plus fier d'être Turc. Par contre, quand Monsieur Tout-le-monde est un citoyen turc de deuxième zone, entendez par là d'origine non-turque, les quelques rares libertés qu'il avait, sont complètements bafouées. Les Grecs à cause de Chypre, les Juifs à cause du problème palestinien, les Kurdes à cause du PKK et les Arméniens à cause du génocide, pourtant bien perpétré. C'est sans doute la traduction sur le terrain du mot ‘Justice' du sigle AKP.
Mettre en place une gouvernance religieuse dans un pays qui se veut laïc, n'est pas chose aisée. Le symbole de la laïcité étant l'Armée, Monsieur Erdogan s'en est pris à elle, d'abord à travers l'affaire Ergenekon, puis de front à travers les limogeages de chefs d'Etat-major. Le risque d'un coup d'Etat est nettement moins élevé qu'en 1980 pour plusieurs raisons. La Turquie occupe 37% de Chypre depuis 1974, elle est toujours choyée par les Etats-Unis car base arrière de l'OTAN face au Moyen-Orient, elle est choyée par l'UE non parce que elle négocie son adhésion, mais parce que c'est la route de transit pour les approvisionnements en gaz, et très récemment par certains pays arabes qui la montrent comme exemple de gouvernement.
Si l'on ajoute à tout cela qu'Ankara fait partie du G20, qu'elle se veut être la puissance régionale, on comprend ses rêves de néo-ottomanisme et son désire de retrouver l'aura qu'elle avait du temps de son empire. L'ennui c'est que l'on n'est plus au XIXème siècle et que la grandeur d'un pays ne se mesure plus au nombre de ses km² ou au nombre de nations ou de peuples qu'il a soumis ou écrasés.

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En s'attaquant à l'armée, le Premier ministre turc joue avec le feu
Les officiers généraux sont toujours malmenés en Turquie. Il y a quelques jours, un mandat d'arrêt a été lancé contre un commandant des forces navales, Deniz Cora. L'amiral est accusé d'avoir été impliqué dans un complot visant à assassiner l'ancien commandant en chef des Forces navales, l'amiral Metin Atac ainsi que son successeur, l'amiral Eşref Uğur Yigit. Plus le temps passe, et plus les détails du coup de balai du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, se font jour. Par exemple, des sources turques et occidentales indiquent que plus de la moitié des officiers généraux arrêtés sont Dönmeh (des Juifs convertis à l'islam).
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Un tel ‘nettoyage' n'est pas un crime en soi. Cette règle s'applique à l'ensemble du monde civilisé, y compris à l'UE, à laquelle la Turquie est si désireuse d'adhérer. Mais en Turquie, qui après les pogroms d'Istanbul de 1955, est devenue un pays mono-ethnique musulmane, ces changements peuvent jouer un rôle devant la cour, si ces généraux devaient vraiment aller jusqu'au procès.
A ce jour, les chrétiens représentent moins de 1% de la population en Turquie, alors qu'avant la Première Guerre mondiale, ils représentaient un tiers. La population actuelle est composée d'environ 10.000 Assyriens, 60.000 Arméniens, 2000 Grecs, et 20.000 Juifs. Dans les circonstances actuelles, alors que les Turcs sont confrontés à la nécessité de l'identité nationale, de telles questions apparaîtront encore et toujours. La tradition sur la nomination de Juifs et de Chrétiens à des postes supérieurs au sein du gouvernement remonte à l'époque de l'Empire ottoman. Presque tous les vizirs étaient des chrétiens, moins souvent des Juifs. N'oublions pas que les dirigeants Jeunes Turcs et le fondateur de la République turque, Atatürk, étaient également considérés comme Dönmeh. Tous étaient de Salonique, où se trouvait la plus grande communauté juive de l'Empire ottoman. Cependant, ces faits ne sont pas étalés au grand jour dans les biographies officielles. Parler à haute voix de leur identité ethnique en Turquie, c'est aller au devant de gros ennuis, surtout si le politicien en question est d'origine arménienne ou kurde. On se souvient encore du "scandale" autour des gènes arméniens qu'aurait le leader du Parti Populaire Républicain (CHP), Kemal Kılıçdaroğlu, ou de l'ancêtre arménien du président Abdullah Gül. Par ailleurs, l'actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, serait selon certaines sources un Laze. Les Lazes sont de race blanche vivant au Lazistan (Lazica, Lazeti), dont la plus grande partie du territoire se désormais en Turquie (Rize ili). L'administration les a comptabilisés comme Turcs, car de religion sunnite. C'est pourquoi leur nombre exact n'est pas connu (les estimations varient entre 50.000 et 500.000). Mais à l'époque byzantine, ils étaient chrétiens.
Les généraux sont accusés mais pas seulement à cause de leur origine. Ainsi, selon CNN Türk, l'ancien chef d'état-major, le général Ilker Başbuğ, aurait publié un mémorandum en ligne qui indiquerait la création de 42 sites Internet pour faire de la propagande contre le Parti Justice et Développement (AKP), contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PPK), mais également contre les Grecs et les Arméniens.
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Selon le Vice-premier ministre, Hussein Celik, le mémorandum sur Internet est l'un des incidents les plus intéressants de l'histoire turque et il est dur à avaler. "Les forces armées turques représentent une communauté d'un million d'individus du haut en bas de l'échelle, et parmi eux il peut y avoir un millier de personnes qui cherchent à fomenter un coup d'État. Aussi, vous mettez l'institution sous soupçons si vous protégez institutionnellement ces personnes. Je ne veux accuser personne. Le processus judiciaire suit son cours et j'espère qu'il révélera qui a raison et qui a tort," a déclaré Çelik.
Le Premier ministre turc se rend compte clairement qu'il peut partager le sort de son prédécesseur, Adnan Menderes, pendu en 1960 [par les militaires] à cause des troubles à Istanbul et pour son "incapacité" à diriger le pays. Après l'exécution de Menderes, la Turquie a connu cinq coups d'Etat militaires, la dernière en 1980, qui a porté au pouvoir Kenan Evren. La question est de savoir si les généraux fomenteront un autre coup d'Etat pour renverser le détesté Erdogan et reprendre le contrôle sur le pays ?
Karine Ter-SahakianPanArmenian.net


vendredi 19 août 2011

Van se prépare pour une seconde messe sur Akhtamar

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
Bis repetita. Après le succès (pour la Turquie) de la première fois, mais un échec pour les Arméniens - car les présents étaient essentiellement des Arméniens de Turquie -, Ankara réitère la cérémonie religieuse.
Le musée-église arménien de Sainte-Croix sert avant tout de vitrine pour la Turquie pour montrer ses bons sentiments envers les minorités chrétiennes, du moins ce qu'il en reste après des décennies d'abandon et de dénigrements.
Le bilan est plus que maigre, pour une restaurée on en a une centaine d'autres laissées en l'état, quand elles n'ont pas été transformées en mosquées, en étables, démantelées comme matériau de construction, voire servies de cibles à l'artillerie turque. Il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser !
Le gouverneur de province applique strictement les consignes du gouvernement : Il faut jeter de la poudre aux yeux des Occidentaux, montrer que la Turquie est un bon élève et qu'elle mérite de rejoindre l'Union européenne. Mais il y a une grande différence entre être et paraître. Il suffit de gratter un peu le verni, et la nature profonde ressort au grand jour. Celles et ceux qui ont visité l'Anatolie en savent quelque chose dès que les questions posées aux autochtones deviennent gênantes.
Erdogan a beau essayer de donner le change en se présentant comme un grand démocrate tolérant, de temps à autre le naturel reprend le dessus. Tout le monde se souvient encore de la colère qu'il a piquée en voyant le monument représentant l'amitié entre la Turquie et l'Arménie, érigé à la demande de l'ancien maire de Kars, Naif Alibeyoglu, démissionné depuis.
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* Brèves azéries *
Selon Pia.az, les autorités azerbaïdjanaises et la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) ont confirmé officiellement que la tragédie Khodjalou a été organisée par les Azerbaïdjanais quand ils ont libéré Eynulla Fatullaev. Et l'Agence d'expliquer :
Le rédacteur en chef du journal ‘L'Azerbaïdjan réel', Eynulla Fatullaev, était en désaccord avec le rédacteur en chef de ‘ANS TV', Mirshahir Aghaev. Fatullaev a proposé un face à face public, mais Aghaev a déclaré que Fatullaev doit s'excuser auprès des azerbaïdjanais d'avoir annoncé dans son ‘quotidien Karabakh' que les Azerbaïdjanais étaient coupables de la tragédie Khodjalou. Fatullaev a répondu que la CEDH lui avait indiqué l'exactitude des faits et que le président azéri l'avait officiellement confirmé.
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"Le règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh est une priorité pour le président Obama et Mme Clinton. C'est pourquoi il l'est aussi pour moi comme l'ambassadeur américain en Azerbaïdjan," a déclaré l'ambassadeur américain en Azerbaïdjan, Matthew Bryza, à un groupe Azerbaïdjanaises qui s'adressaient à lui avec une requête.
Bryza a noté dans son communiqué que seul un règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh peut assurer le développement et la stabilité de la région : "Comme l'ambassadeur, je ferai de mon mieux pour soutenir les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE et les parties en conflit pour éviter la reprise des hostilités et parvenir à une solution juste, pacifique et à long terme du conflit par la négociation" ; rapportent les médias azerbaïdjanais.
Extrait de Times.am

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Van se prépare pour une seconde messe sur Akhtamar
Le bureau du gouverneur de Van (Turquie) a commencé les préparatifs complets, y compris la construction d'un nouveau quai sur le lac de Van, pour une seconde messe en l'Eglise Sainte-Croix sur île Akhtamar le 11 Septembre ; indique le quotidien Hürriyet.
"Nous allons construire une grande jetée qui va répondre aux besoins des visiteurs en lieu et place de la jetée actuelle. Par ailleurs, des dispositions sont également prises afin de mieux servir les clients qui se rendront sur l'île pour suivre la messe."
"Plus de 7.000 personnes ont assisté à la cérémonie l'an dernier. Cette année, nous attendons aussi des Arméniens d'Iran. Dans tous les cas, il y a toujours une augmentation du nombre de touristes [à Van] à partir du mois d'août."

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"Bien sûr, ce ne sont pas seulement des Arméniens mais des touristes de tous les coins du monde qui viennent chez nous. En six mois nous avons déjà dépassé le nombre de touristes annuels des années précédentes," a déclaré le gouverneur Munir Karaloğlu.
Commentant l'absence de la croix au sommet de l'église l'année dernière, le gouverneur Karaloğlu a ajouté : "La Diaspora disait que la divine liturgie n'allait pas être autorisée. Les arguments étaient alimentés du fait qu'aucune croix n'a été mise sur l'église. La croix a été mise en place après la messe et comme vous pouvez le constater, un permis a été délivré pour qu'une messe soit célébrée pour la deuxième fois. Les débats des années précédentes, sur la Croix de l'église ont été inutiles."

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Le gouverneur a également indiqué qu'il avait demandé aux organisations internationales, et qu'il a reçu, des fonds pour restaurer plusieurs églises et monastères dans les limites de sa province. "De plus, les travaux de restauration du monastère arménien de Kdoutz, [1] (Çarpanak pour les Turcs), vont commencer dans quelques mois. Lorsque la restauration sera terminée, il sera également ouvert aux visiteurs en tant que musée," a-t-il précisé.
Mgr. Aram Atessian, qui assume l'intérim du patriarcat arménien, et qui présidera la cérémonie religieuse de cette année, a déclaré dans un communiqué de presse que des invitations officieuses allaient être envoyées en l'Arménie et en diaspora.
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Extrait de PanArmenian.net



[1] Gdoutz Anabad (en arménien Կտուց Անապատ, « ermitage de Ktuts ») est un ancien monastère arménien situé en Turquie (province de Van, ancien Vaspourakan), sur une île proche de la rive orientale du lac de Van.

L'établissement a des origines incertaines mais est attesté au XVe siècle (en raison notamment de son scriptorium) et reconstruit au XVIIIe siècle. Il a servi de refuge lors des massacres hamidiens de 1894-1896, avant d'être abandonné lors du génocide arménien de 1915-1916. Il n'en reste aujourd'hui que l'église Sourp Karapet (Saint-Jean-le-Précurseur) – à droite sur la photo - et le gavit – à gauche sur la photo -. Un gavit (en arménien Կավիտ) est une sorte de narthex (le narthex est l'entrée de l'église) que l'on retrouve exclusivement dans l'architecture arménienne. Il est souvent accolé à l'ouest d'une église dans un monastère. Il servait aussi parfois à des réunions.

Il peut être visité en louant une embarcation à partir de Van.

mercredi 17 août 2011

L'Artsakh est-il un État ‘fantôme' ?

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Traduction Gérard Merdjanian – commentaires

Les Etats-Unis, comme d'ailleurs toute grande puissance, n'aiment pas les empêcheurs de tourner en rond, sauf bien sûr si ces empêcheurs vont dans le sens de leurs intérêts. L'auteur de l'article du ‘New York Times' s'en prend à ces Etats, en fait des ethnies nationales, qui pour des raisons politiques ont été morcelées, et de citer notamment les conflits gelés dans l'espace postsoviétique. A noter que les Etats-Unis n'ont pas été et ne sont pas les derniers dans ce jeu de découpage.

Ce n'est pas parce que la puissance dominante de l'époque, en l'occurrence les bolcheviks, a fait du ‘découpage' dans les nations pour mieux régner, qu'il faut clore le chapitre et faire comme si rien ne s'était passé. Une injustice reste une injustice, même 90 ans après.

Ces Etats ‘fantômes' peuvent changer de statut selon la pression de la communauté internationale ou par voie militaire. D'où l'intérêt de chacun de mettre du sien, de négocier pacifiquement plutôt que laisser pourrir la situation.

Tout le monde désire solutionner ces situations en essayant de corriger, voire d'effacer, les conséquences, mais rares sont ceux qui s'attaquent à la racine du mal et essaient de traiter la cause.

* Brèves : nominations au Sud-Caucase *

* Par l'OSCE

Le diplomate turc Targay Koray vient de prendre ses fonctions de nouveau directeur du Bureau de l'OSCE à Bakou. Targay succède à un autre ambassadeur turc, Bilge Cankorel, appelé à d'autres fonctions en Juillet dernier.

"Le Bureau de l'OSCE à Bakou a établi une coopération fructueuse avec le gouvernement azerbaïdjanais, les partis politiques et la société civile, ce qui est essentiel pour améliorer la mise en œuvre [par le pays] de ses engagements envers l'OSCE. Je suis impatient de soutenir le gouvernement et les membres de la société civile dans leurs efforts dans les trois dimensions de l'OSCE," a déclaré Targay.

Targay Koray est un diplomate de carrière qui a servi dans plusieurs postes à l'étranger : Suisse, Syrie, Canada, Allemagne, Grèce et Malaisie. Avant sa nomination, Targay était ambassadeur de Turquie en République tchèque.

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* Par la Grande-Bretagne

M. Jonathan James Aves et sa femme Mme Katherine Jane Leach, ont été nommés ambassadeurs conjoints de Grande Bretagne en Arménie. Ils succèdent à M. Charles John Lonsdale, appelé d'autres fonctions. Le couple de diplomates prendra ses fonctions en Janvier 2012. Ils résideront à Erevan, et assureront la fonction d'ambassadeur par rotation de quatre mois.

M. Aves et Mme Leach ont rejoint le corps diplomatique en 1996 et 2000 respectivement, après une carrière dans le milieu universitaire et de chercheur sur l'opinion publique. Ensemble, ils ont plusieurs années d'expérience et de connaissance de l'histoire, des langues et de la culture du Sud-Caucase et de la région. Leurs carrières ont couvert un éventail de domaines : politique, sécurité, commerce et développement de l'UE, sécurité énergétique et droits de l'homme.

A leur nomination, ils ont déclaré : "Nous sommes ravis d'être nommés Ambassadeurs conjoints en Arménie. Nous croyons que notre énergie et l'expérience combinée donneront un nouvel élan pour rendre les relations bilatérales, traditionnellement chaleureuses entre le Royaume-Uni et l'Arménie, encore plus proches. Nous croyons qu'en travaillant ensemble, nos deux pays peuvent apporter une réelle contribution à notre mutuelle prospérité et sécurité."

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* Par l'UE

Le futur chef de la délégation de l'UE en Arménie sera un diplomate roumain, Traian Hristea. Ex-ambassadeur de la Roumanie en Ukraine, il occupe actuellement le poste de directeur du Département pronostic et planification au ministère roumain des Affaires étrangères. M. Hristea - 41 ans, marié, parlant couramment l'anglais et le russe – n'arrivera qu'en fin d'année, sous réserve d'agrément par les autorités arméniennes et la confirmation officielle de sa date d'entrée en fonction. Il succèdera ainsi à M. Raul de Luzenberger, appelé à d'autres fonctions dans l'administration européenne.

Parmi les 25 nouvelles nominations, on notera celle du diplomate français Jean-Maurice Ripert, nommé à la tête de la Délégation de l'UE en Turquie.

A ce jour, le successeur du représentant spécial de l'UE pour le Sud-Caucase n'est pas connu. Le poste de M. Semnebi est vaccant depuis le 1er Mars.

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* L'Artsakh est-il un État ‘fantôme' ?

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"Il y a trois ans, la Russie et la Géorgie se sont combattus dans une guerre brève et brutale pour une obscure bande de terre montagneuse appelée Ossétie du Sud, qui avait déclaré son indépendance de la Géorgie. Faisant fi du droit international, la Russie est intervenue pour défendre l'Ossétie du Sud et plus tard a reconnu formellement les sécessionnistes comme gouvernement légitime. Il y a eu des centaines de morts, et des milliers de réfugiés ont fui la région contestée," écrivait le spécialiste de la région dans le ‘New York Times' du 15 Août.

"La guerre de 2008 a démontré le potentiel explosif créé par la présence d'Etats fantômes : des lieux avec des forces militaires, qui font des élections, bâtissent des économies locales et éduquent les enfants, mais habitent dans un brouillard juridique entre une existence de fait et la légitimité internationale."


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"Les Etats ‘fantômes' sont des sources de guerre, favorisant la violence, et transformant des Etats faibles en Etats encore plus faibles. Le Haut-Karabakh est loué par l'Arménie mais détesté par l'Azerbaïdjan, menant les deux côtés à stocker des armes en prévention d'une nouvelle guerre," poursuit l'article.

Avec environ 70.000 personnes, l'Ossétie du Sud est l'un des plus petits de ces bizarreries de la politique internationale. L'Abkhazie voisine, une autre république séparatiste, compte de l'ordre de 250.000 habitants (ces chiffres sont contestés). Le Haut-Karabakh et la Transnistrie sont les deux autres Etats séparatistes de l'ancienne Union soviétique. En descendant vers le Sud, on trouve la République turque de Chypre du Nord ; puis les territoires palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, et le territoire autogéré du Somaliland. Une demi-douzaine de ‘patchs' pourrait être ajouté à ce tableau, on arriverait ainsi à près de 40 millions de personnes.

Les Etats ‘fantômes' émergent souvent de guerres, et sont soutenus par la menace de nouveaux combats. A Gaza, le Hamas a mené une guerre avec Israël, même s'il a été réprimé comme de la criminalité locale.

Les dirigeants des Etats ‘fantômes' sont les champions du droit à l'autodétermination des peuples tandis que les pays auxquels ils sont rattachés, mettent en avant la stabilité des frontières. Coincés entre ces deux principes incompatibles, les gouvernements ‘fantômes' tendent à souligner les précédents inconfortables, les doubles standards et misent sur un appui étranger. Ainsi Moscou soutient l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, alors que l'Arménie soutient le Haut-Karabakh.

Puis l'auteur de l'article poursuit sur les divers cas d'États ‘fantômes'.

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Extrait de Times.am



lundi 15 août 2011

La presse américaine et le conflit du Karabakh

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
Toutes les grandes puissances que ce soit les Etats-Unis, la Russie ou l'Union Européenne ont des intérêts dans la région du Sud-Caucase, ils jonglent avec les parties en conflit pour que la situation ne dégénère pas.
L'UE est intéressée par la mise en service prochaine du gazoduc Nabucco entre la mer Caspienne et l'Europe, et une situation pacifique lui permet de plus de mettre en œuvre sa ‘politique de voisinage' à travers ‘le partenariat oriental'. Cette politique l'approchera géographiquement du Proche-Orient où elle aimerait jouer un rôle plus important. Rôle qui n'est pas pour tout de suite par manque de direction et d'unité politique mais également d'unité militaire.
La Russie considère, à tort ou à raison, le Caucase comme sa chasse gardée. Elle a pour elle la proximité des lieux et les vestiges de 70 ans de présence soviétique. Elle, comme tous les autres, est fortement intéressée par les hydrocarbures du pourtour de la Caspienne et pas seulement pour des raisons économiques. Il faut ajouter à cela un élément très important : la dimension géostratégique et les enjeux géopolitiques du Proche-Orient voisin.
Cette dimension est la raison principale de l'intérêt des Etats-Unis. Se trouvant à plus de 9000km, ils ne sont pas partie prenante des richesses de la Caspienne mais tiennent à la stabilité de la région car à proximité se trouve la Turquie, précieuse alliée et membre de l'OTAN. De même que le Caucase est la chasse gardée de la Russie, Washington considère le Proche et le Moyen-Orient comme la sienne. Indépendamment des richesses pétrolières du Golfe, il y a là ses pourvoyeurs de fonds et ses clients arabes, mais également les pays ‘terrains de jeux' pour ses militaires, ‘jeux' qui commencent à coûter cher au Trésor américain.
Si la guerre reprend au Karabakh, l'onde de choc se propagera automatiquement aux pays voisins.
* Brève azérie *

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L'ambassadeur d'Azerbaïdjan de Téhéran a remis une note de protestation au ministère des Affaires étrangères pour les propos tenus par le chef d'Etat-major militaire iranien, Hassan Firouzabad sur l'utilisation par l'Azerbaïdjan du facteur islamique, qui semble aussi naturelle qu'une rebuffade de la politique de l'Occident. On attend des développements intéressants qui vont augmenter la pression occidentale sur l'Iran, ce qui influencera les relations avec l'Arménie.
"L'Azerbaïdjan est un pays ‘Aran' et ce pays est donc ‘aranien', dans les veines du peuple iranien coule du sang iranien," avait déclaré le Général Hasan Firouzabad, critiquant les actions du gouvernement [azéri] contre les principes de l'Islam. Il avait prédit de plus un sombre destin pour Ilham Aliev.
Comme prévu, l'Azerbaïdjan a réagi de façon quasi-hystérique : "Nous ne permettons à personne de s'ingérer dans les affaires intérieures de la République d'Azerbaïdjan" a répliqué le représentant officiel du ministère des Affaires étrangères azéri, Elkhan Polukhov.
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* le Washington Post fait un reportage dur le Karabakh *
"Le Haut-Karabakh : c'est là que la première guerre fut déclenchée suite à l'effondrement de l'Union soviétique, et c'est peut-être là aussi que la prochaine éclatera. La reprise de la guerre dans le Haut-Karabakh sera un grand désastre pour toutes les parties, sauf si c'est une guerre-éclair. Tous les concernés sont du même avis sur cette question," écrit le correspondant du ‘Washington Post', Will Englund, qui a dernièrement consacré trois articles sur le sujet. Le journaliste a visité la République du Haut-Karabakh, a eu des entretiens avec le président Bako Sahakian, le Premier ministre Ara Haroutiounian, des hauts fonctionnaires et des représentants de la société civile.
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"Les deux côtés sont beaucoup plus lourdement armés qu'en 1991, en particulier l'Azerbaïdjan. Il sera très difficile pour les pays importants de la région - l'Iran, la Turquie et la Russie - de rester en dehors du conflit, et impossible de confiner les combats seulement dans le Haut-Karabakh. De plus c'est un itinéraire d'approvisionnement majeur, utilisé par les Etats-Unis pour ses troupes en Afghanistan, qui serait perturbé."
"Chacun d'entre nous partage le souhait commun de ne pas permettre une reprise de la guerre. Mais les parties ont-elles la même volonté politique ? " mentionne Englund, citant le coprésident américain du Groupe de Minsk, Robert Bradtke.
"L'Azerbaïdjan déclare formellement qu'il ne cédera jamais ce territoire. Et la population du Haut-Karabakh déclare qu'elle n'abandonnera jamais son droit d'autodétermination. Depuis deux décennies, les deux parties maintiennent des passions enflammées, qui s'avère être une bonne politique pour les grands."
"Nous n'avions rien, et à partir de rien nous avons créé quelque chose", déclare Gallia Arstamian, dont le fils Grigori a quitté l'armée soviétique, pour qu'il puisse rentrer chez lui et se battre. Il a été tué. Aujourd'hui, elle dirige un musée dédié aux morts. "Nous allons vivre et prouver au monde que le Karabakh est le cœur et l'esprit de la nation arménienne. La terre sur laquelle nous vivons est devenue sacrée du sang de nos martyrs. Nous ne sommes pas reconnus, mais nous sommes encore là. Nous ne demandons rien au monde."
"La plus forte chose qui nous retient ici, c'est notre foi. En Artsakh, nous avons 70.000 Abrahams. Nous sommes pleinement conscients que tous les jours nos enfants risquent d'être sacrifiés. Mais nous vivons encore ici, donnons toujours naissance à des enfants. Et nous pensons que c'est la principale garantie de notre sécurité," a souligné de son côté le Premier ministre Ara Haroutiounian.
Sevan Boghossian ancien représentant de l'Artsakh aux Etats-Unis, qui dirige maintenant un groupe de réflexion en Arménie, indique que pour l'Azerbaïdjanais la définition de la ‘sécurité' intègre la restauration de l'autorité de l'Azerbaïdjan sur le Karabakh. Alors qu'en Arménie, les gens pensent que la sécurité viendra d'un règlement international du conflit, suivi d'une reconnaissance diplomatique du Karabakh. Pour le Karabakh, l'attitude se traduit ainsi : "non reconnus ? Et alors ? Mon fils est mon meilleur maintien de la paix. Ce qui est à moi est à moi."
Monsieur Boghossian pense que la guerre sera inévitable et qu'il faudra un ‘second round' pour extirper le poison.
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* Comment les Etats-Unis voyaient l'évolution de la Turquie en 2010 *

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En discutant des attentes des Etats-Unis vis-à-vis de la Turquie suite aux sanctions de l'ONU ou des Etats-Unis imposées à l'Iran, l'ancien ambassadeur américain en Turquie, James Jeffrey, dans un câble de 2010 au département d'Etat, publié par Wikileaks, déclarait : "la question iranienne aura un effet profond sur relations USA-Turquie seulement si les protocoles sont ratifiés prochainement."
Après que la Turquie ait refusé de ratifier les dangereux protocoles, les Etats-Unis ont rapidement indiqué que la ‘balle proverbiale' était maintenant dans le camp de la Turquie. La déclaration reçue beaucoup d'attention quand le secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a visité l'Arménie et a fait cette déclaration lors d'une conférence de presse locale.
Les cercles du département d'Etat et les officiels ont publiquement et en privé, repris ce point, croyant fermement que les protocoles avaient été mal conçus et étaient la seule façon de répondre au différend séculaire turco-arménien, y compris le génocide arménien.
Jeffrey indique aussi que "nos défis majeurs [les Etats-Unis] dans les mois à venir portent sur la direction des relations turco-israéliennes, le sort des protocoles avec l'Arménie, et la position turque vis-à-vis de l'Iran."
Sur un ton très franc, Jeffrey délimite les obstacles et les défis auxquels sont confrontées les relations avec la Turquie, avec un parti AKP qui renforce ses positions et qui agit comme un levier au sein du gouvernement turc et la société.
Jeffrey reconnaît que la Turquie poursuit une politique "néo-ottomane" et cite un discours prononcé par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, à Sarajevo à la fin de 2009, dans lequel M. Davutoglu affirmait que les Balkans, le Caucase et le Moyen-Orient étaient mieux sous le régime ottoman ; "Nous allons rétablir ces Balkans (ottomans)," avait-il déclaré.
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Extrait de Radiolour, de Panorama et de Asbarez


vendredi 12 août 2011

La fin de l'ère Atatürk

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires
Effectivement il est peu courant que les quatre plus hautes têtes militaires sautent en même temps. Mais si le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan veut mener à bien la ligne politique que se sont fixés lui et son parti, il lui faut élimer les gêneurs et les empêcheurs de tourner en rond.
La Turquie n'a pas d'ennemis extérieurs à proprement parlé, et ce n'est pas la modeste Arménie qui va l'attaquer pour reprendre possession des territoires qu'elle a confisqué et annexé, puis officialisé par des Traités.
Même s'il est modéré, l'AKP d'Erdogan est avant tout un parti religieux et en tant que telle la cohabitation dans un Etat laïc n'est pas chose aisée. Avec Ergenekon, déjà un certain nombre de militaires retraités et de Haut-fonctionnaires avaient été ‘éliminés' de la sphère publique et ne restaient dans l'Etat-profond que quelques militaires d'actif. Le coup de balai du 29 Juillet, a eu raison d'eux.
Reste le problème Kurde. 15 millions de personnes ce n'est pas rien, vu qu'elles représentent 20% de la population. D'autant qu'il n'est plus question de les déporter ou de les massacrer comme pour les Arméniens ; cela ferait désordre face à la communauté internationale et ‘adieu' tous les liens avec les Occidentaux. Aussi, la politique d'Ankara consiste à les ignorer en tant que minorité et les considère certes comme des Turcs, mais de seconde zone, en les confinant au fin fond de l'Anatolie.
Les ennemis de la Turquie sont ses propres démons, son intolérance vis-à-vis des minorités de tout bord et surtout croire que le nationalisme exacerbé est la clé de tous maux. La fanfaronnade a des limites surtout quand on occupe depuis 37 un pays voisin et que l'on porte la tache infamante de pays génocidaire.
* Brève énergétique *

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Le ministre géorgien de l'Énergie Aleksandr Khetaguri a déclaré que la Géorgie va probablement vendre à des investisseurs étrangers une participation minoritaire (25%) de la section géorgienne du pipeline fournissant du gaz naturel russe à l'Arménie. Les actions seront mises sur les marchée bousiers de New York, Londres et Varsovie ; rapporte l'agence Bizzone.info.
Le parlement géorgien avait décidé l'an dernier la vente partielle du pipeline Nord-Sud, quand il a retiré ce consortium de la liste des actifs stratégiques de l'État non- privatisables.
La décision a soulevé des craintes à Erevan que la compagnie pétrolière d'Etat azerbaïdjanais (SOCAR) qui gère le réseau domestique géorgien de distribution de gaz, acquière ce pipeline et décide de bloquer les livraisons de gaz, vitales pour l'Arménie. Certains hauts responsables azéris ont exprimé un intérêt dans un tel rachat.
"Le gouvernement géorgien ne compte pas vendre de participation majoritaire dans le pipeline. Il y a des installations stratégiques qui continueront à être gérés par le gouvernement," avait déclaré le Premier ministre, Nika Gilauri, à Erevan en Février dernier.
Les autorités arméniennes ont elles aussi exprimées leur confiance aux autorités de Tbilissi, persuadées qu'elles conserveront le contrôle du principal gazoduc qui approvisionne actuellement que l'Arménie.
Malgré l'importation de gaz iranien depuis Mai 2009, l'Arménie reste fortement dépendante du gaz russe. En outre, plus de 80% de son réseau de distribution de gaz est détenu par le conglomérat russe Gazprom.

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Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a finalement mis un terme à la Turquie de Kemal Atatürk. Pour la première fois dans l'histoire de la République de Turquie, les Chefs des trois armées, terre air et mer, ont démissionné avant-terme. C'est un phénomène sans précédent, mais il s'intègre bien dans le plan adopté par le Parti Justice et Développement (AKP) qui consiste à transformer l'Etat turc, de laïque à islamique modéré. L'AKP peut maintenant savourer sa victoire sur les militaires.
D'autre part Erdogan peut ainsi rappeler l'histoire récente de son pays, dirigé cinq fois par des militaires suite à des coups d'Etat. La Turquie n'avait pas eu de président 100% civil avant d'Abdullah Gül. Les politiques, intérieure et étrangère, de la Turquie étaient décidées par l'Etat-major militaire (l'Etat profond), et cela semblait être une situation pérenne.
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Le Chef d'Etat-major, Isik Kosaner, est poussé à démissionner le 29 Juillet dernier, après une rencontre en tête-à-tête avec le Premier ministre. Erdogan a voulu mettre Kosaner en retraite anticipée, en réponse, Kosaner a démissionné après 37 ans de bons et loyaux services, suivi par les trois démissions des commandants en Chef des Armées de terre, de mer et l'air. En fait, le plan "Bayloz" et Ergenekon ont fait leur travail. Maintenant il est trop tard pour savoir s'il y avait effectivement ou pas un plan pour un nouveau coup d'Etat militaire. Très probablement qu'il y avait ‘anguille sous roche', mais M. Erdogan, connaissant l'expérience amère de ses prédécesseurs, a préféré jouer la sécurité.
Le 4 août, lors de la réunion du Conseil militaire suprême de la Turquie, le Général de gendarmerie, Necdet Ozel, a été nommé Chef d'Etat-major des Armées,
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le Général Hayri Kivrikoglu, commandant en Chef des forces terrestres, l'amiral Emin Bilgel, celui de la marine, pour l'Armée de l'air le Général Mehmet Erten, tandis que le Général Bekir Kalyoncu a pris le poste laissé vacant à la tête de la gendarmerie. En outre, la démission de 14 généraux emprisonnés était attendue, mais aux dernières nouvelles, la décision a été reportée d'un an, afin de renforcer la position du nouveau chef d'Etat-major. Comme indiqué par les médias, c'est la première fois que tous les commandants en Chef sont des diplômés des académies militaires turques. Auparavant, ces postes étaient occupés par des diplômés [Turcs] d'écoles militaires américaines et européennes.
Au palmarès d'Isik Kosaner, on lit que sa brigade faisait partie des troupes turques qui ont occupé le Nord de Chypre et ont expulsé les 165.000 Grecs qui y résidaient.
Selon un expert de l'Université Marmara d'Istanbul, Behlul Ozkan, pour la première fois dans l'histoire turque de hauts commandants militaires ont décidé de démissionner plutôt que prendre le pouvoir et destituer le gouvernement élu. Curieusement, certains experts occidentaux évaluent ces changements comme "une victoire pour la démocratie et la société civile", alors qu'il n'y a rien de tel ! On notera que, pour diverses raisons, l'Occident considère tout changement dans nombre de pays comme une victoire de la démocratie, même quand cela n'a rien à voir. Il n'est pas nécessaire de chercher des exemples bien loin : ainsi les récents événements dans le monde arabe qui ont abouti à un régime militaire, notamment en Égypte, et qui sans raison sont présentés au monde comme une victoire démocratique. Désormais, l'Occident essaie de faire la même chose pour la Turquie, en ne tenant pas compte du système politique ni de la mentalité orientale.
Une attitude similaire a également prise par des journaux turcs d'opposition, notamment Taraf qui considère ce chamboulement dans l'Etat-major comme une étape importante sur le long chemin de la Turquie vers la démocratie. Selon le quotidien Zaman, le nouveau Chef d'Etat-major, Necdet Ozel, est "un militaire avec une forte légitimité démocratique."
Milliyet, quant à lui, se référant à l'expert Asli Aydintasbas, écrit que les démissions marquent la fin d'une époque, dans laquelle l'Armée était la gardienne de la laïcité, établie par Mustafa Kemal - Atatürk. Ainsi, la première République turque se terminerait pour laisser la place à la seconde. Cependant, compte tenue de l'histoire de la Turquie, il est difficile de croire que l'Armée se taira à jamais.
La société turque s'éloigne de la laïcité, en devenant une république islamique à parti unique. Mais l'armée ne sera pas en mesure de la sortir de cet enlisement, si cela devait arriver. Ceux qui qualifient les derniers développements comme un triomphe de la société civile, risquent forts de déchanter, car dans les faits, la Turquie se dirige non vers la démocratie, mais vers l'islamisme.
Karine Ter-SahakianPanArmenian.net


mercredi 10 août 2011

Rencontre de Sotchi : un nouveau coup d'épée dans l'eau

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Le communiqué du Kremlin, bien que laconique, est suffisamment explicite. Dire que les discussions furent ‘extrêmement franches' signifie simplement qu'Ilham Aliev est resté campé sur ses positions. Il est inutile de repréciser lesquelles.

Par contre il serait intéressant de savoir si le président russe s'est contenté de ‘jouer les caisses enregistreuses' ou s'il a commencé à ‘mettre les points sur les i' ? A noter toutefois à sa décharge, que les deux autres coprésidents médiateurs, en font encore moins.

Jusqu'à présent pour les dirigeants azéris, ‘négocier' signifie ne faire aucun compromis et rester intransigeant, quant à ‘pacifiquement', cela signifie sans doute violer en permanence le cessez-le-feu et payer des snippers pour faire le sale boulot.

Ce serait bien que quelqu'un explique un jour au calife de Bakou ce que signifie le terme ‘négociations de paix'.

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Le président russe Dmitri Medvedev a rencontré mardi à Sotchi son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev. Les deux dirigeants n'ont fait aucune déclaration publique après la réunion.

Le communiqué du Kremlin indique que : "les discussions ont été extrêmement franches, les sujets abordés ont porté sur les relations russo-azerbaïdjanaises et bien sûr sur le processus de négociation concernant le règlement du conflit du Haut-Karabakh. Aucun détails n'a été fourni."

Lors d'un entretien télévisé avec Ilham Aliev avant la rencontre, le président Medvedev avait déclaré : "Je voudrais avoir une conversation extrêmement franche avec vous sur ce qu'il faut faire, comment les événements pourraient se développer compte tenu de notre dernière réunion trilatérale, tenue à Kazan le 24 Juin dernier avec le président Serge Sarkissian, ainsi que les précédentes, tenues dans le même format."

De son côté, Ilham Aliev a salué la participation active de Medvedev pour la recherche de la paix du Karabakh. Il a déclaré que près d'une douzaine de Sommets Arménie-Azerbaïdjan avaient été organisés par Medvedev au cours des trois dernières années qu'ils "ont beaucoup contribué à rapprocher les positions des uns et des autres." Et d'ajouter : "C'est le principal problème de la sécurité régionale et, bien sûr, l'Azerbaïdjan est intéressé plus que quiconque à une résolution rapide du conflit."

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Le directeur du Centre d'Etudes de l'espace postsoviétique, Alexeï Vlassov, avait déclaré lundi qu'il est possible que le côté azéri ait accepté les propositions énoncées dans le message personnel envoyé par Medvedev. "Toutefois, la réponse, non révélée, du président Serge Sarkissian, pourrait être la raison qui a poussé Medvedev à rencontrer Aliev plutôt que Sarkissian," a-t-il souligné.

La prochaine réunion trilatérale ne se fera qu'avec la garantie donnée par les intéressés à Moscou, qu'ils signeront le document qui leur sera présenté, ce qui devait se faire à Kazan. "En cas de succès de la rencontre avec Aliev, suivi par celle avec Sarkissian, la signature d'une feuille de route modifiée conclura cette étape, et les négociations rentreront dans une nouvelle phase."

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Extrait de Armenialiberty et de PanArmenian.net



mardi 9 août 2011

La récente indépendance d'anciennes régions-colonies

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Traduction Gérard Merdjanian - commentaires

Depuis dix-huit ans que durent les négociations de paix, rien n'a bougé si ce n'est de nombreuses victimes de part et d'autre de la ligne de contact au Karabakh.

Il n'y a pire sourd qui ne veut entendre. Ilham Aliev appartient à cette catégorie. Pour lui la seule issue du conflit consiste à retrouver l'Azerbaïdjan de son enfance, c'est-à-dire telle qu'il était du temps de l'URSS, avec le Haut-Karabakh jouissant d'une certaine autonomie.

Aussi, Bakou propose pour sortir de la crise que le Haut-Karabakh jouisse maintenant d'une plus grande autonomie, et de donner comme exemple la province autonome du Tyrol du Sud à la frontière austro-italienne, officiellement rattachée à l'Italie, dont la mise en place a été réalisée au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Ce que Monsieur Aliev oublie, c'est que ce genre de solution n'est plus d'actualité au XXIème siècle, il suffit pour cela de regarder l'évolution des régions-colonies. Le droit à l'autodétermination des peuples n'est pas qu'un concept théorique.

Croire 1- que la paix va revenir lorsque les 150.000 Arméniens du Haut-Karabakh seront totalement encerclés par les sept districts rendus à un Azerbaïdjan surarmé, 2- que Bakou va gentiment accorder une très grande autonomie à des Arméniens qui lui tiennent tête depuis une vingtaine d'années, 3- que les casques bleus vont assurer la sécurité des dits Arméniens, est une vision idyllique des pays coprésidents du groupe de Minsk. Il faut vraiment rien connaître à la région pour croire à une pareille solution.

* Brèves russes *

"Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a une pathologie et est une anomalie du peuple géorgien et en outre, il est mal élevé. ‘Mais nous', avait déclaré le président Medvedev, ‘n'associons pas le peuple géorgien avec ce personnage ... et sommes prêts à développer des relations d'affaires, [ainsi que] des contacts pragmatiques et mutuellement bénéfiques avec la Géorgie'," a déclaré Sergei Lavrov lors d'une rencontre à Moscou avec son homologue sud-coréen, Kim Sung-Hwan.

La semaine dernière, dans une interview aux médias russes et géorgiens, le président russe Dmitri Medvedev avait déclaré qu'il "ne pardonnera jamais" à Saakachvili la mort des casques bleus russes lors du conflit russo-géorgien du 8 août 2008. M. Medvedev a également déclaré qu'il soutenait l'idée d'un tribunal international pour le président géorgien.

*

"Les événements tragiques d'Azerbaïdjan (Soumgaït, Kirovabad, etc) doivent être évalués juridiquement. L'Arménie peut prendre comme précédent le fait que la Russie a porté l'affaire de la guerre en Ossétie du Sud devant la Cour internationale de Justice (CIJ)," a déclaré le politologue russe, Stanislav Tarassov.

"Les leaders arméniens ou azéris ne sont pas les seuls à déterminer le sort du conflit du Karabakh, cela dépend entièrement des politiques régionales et mondiales. C'est la principale différence entre le conflit du Karabakh et celui d'Ossétie du Sud", a ajouté l'expert.

*

Dimitri Medvedev a soumis pour accord un document prévoyant le déploiement de bases russes en Abkhazie et en Ossétie du Sud.
La durée prévue est de 49 ans, avec une option de 15 ans supplémentaires. La raison avancée est la prévention de toute agression contre ces deux Etats et la protection des citoyens russes qui y résident.

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Le Sud-Soudan comme exemple pour le clan Aliev

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Le Kosovo, l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, et plus récemment le Timor oriental et l'Erythrée – ont tous été reconnus comme des États indépendants. Il y a un mois, cette liste a été complétée par le Sud-Soudan, qui, par décision de l'Assemblée générale des Nations Unies est devenu le 193e membre de l'ONU. La République d'Artsakh n'est pas sur cette liste et, apparemment, son entrée à l'ONU est encore très loin.Il faut croire que "tous les peuples sont égaux, mais certains le sont plus que d'autres".


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Essayons de comprendre pourquoi l'indépendance du Haut-Karabakh, qui est dans les faits depuis maintenant 20 ans, est restée méconnue par la communauté internationale de l'ONU. Nous arrivons alors à une triste conclusion. La racine de tout le mal date de 1994, lorsque les pays coprésidents [du groupe de Minsk] auraient pu et du reconnaitre l'indépendance du Haut-Karabakh conquise de haute lutte. Rappelons-nous qu'au début de la guerre de libération nationale du Karabakh, l'Azerbaïdjan était faible, une république postsoviétique démoralisée d'avoir perdu la guerre contre les Arméniens du Karabakh, beaucoup moins nombreux et mal armés.

Nous réitérons ici cette ancienne vérité, pour pouvoir comprendre comment des ‘régions-colonies' sont devenues indépendantes, tandis que le Karabakh est resté avec un statut obscur. En fait, le statut du Karabakh est obscur que pour la communauté internationale, qui somme toute, n'a aucun pouvoir juridique pour reconnaître ou non l'indépendance du nouvel Etat. En outre, sa reconnaissance ne peut rien changer, car il est important que le nouvel Etat se sente indépendant. Le 21 Septembre 1991, l'indépendance du Haut-Karabakh a été soumise à référendum et acceptée par une très large majorité. Le 20 mai 2002 c'est le Timor oriental qui vote oui, l'indépendance du Kosovo a été proclamée le 17 Février 2008, alors que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud le sont devenues suite la guerre russo-géorgienne en 2008 ; le Sud-Soudan a tenu son référendum en Janvier dernier. Tous ces États ont acquis leur indépendance après le référendum au Haut-Karabakh.

A proprement parlé, il n'existe pas de processus de négociation sur le règlement du conflit du Haut-Karabakh, vu il n'y a pas de conflit armé en tant que tel. Il y a seulement une soif de vengeance de la part de l'Azerbaïdjan, qui, retarde intentionnellement les pourparlers, tentant de gagner du temps pour pouvoir s'armer en vue de reprendre les hostilités. Bakou, apparemment, a oublié le célèbre adage : "la guerre n'est pas une loterie, mais un savoir-faire".

Alors, quelle est la raison [de la longueur des négociations] ? Il ne serait pas correct de dire que le pétrole et le gaz azerbaïdjanais décide de tout, même si ils jouent un grand rôle. Peut-être que le Caucase de par sa situation, est bien plus important pour la communauté internationale, particulièrement pour les pays coprésidents [du groupe de Minsk] - États-Unis, France et Russie -, que le Soudan ou le lointain Timor oriental. Toutes les autres républiques autoproclamées, même reconnues que par certains États, l'ont été dans des conditions différentes, aussi, parler d'un précédent pour résoudre les conflits, est incorrect. Ce n'est pas sans raison que les politologues et les politiciens des pays coprésidents indiquent que la résolution d'un conflit ne peut se calquer sur un autre, malgré certaines similitudes. Toutefois, dans le cas de l'Artsakh nous avons à faire à une communauté internationale biaisée, qui fait de son mieux pour gagner du temps et reconnaître l'indépendance du Haut-Karabakh. Comportement pour le moins étrange quand on considère que le Groupe de Contact, composé de plusieurs pays, a reconnu le Conseil National de Transition (CNT) des rebelles, comme l'autorité légitime de la Libye. Il est fort probable que le pétrole, les doubles standards et les intérêts croisés des Russes et des Américains dans le Caucase ont joué sur la résolution du conflit du Karabakh, ce qui a conduit à la situation actuelle.

L'indépendance du Sud-Soudan est une preuve supplémentaire que le principe d'autodétermination est toujours plus élevé que le principe d'intégrité territoriale. On peut même dire que ces deux principes n'ont rien à voir l'un avec l'autre et sont utilisés comme excuse pour retarder le processus de reconnaissance, mais ne mènent jamais au règlement d'un conflit.

Karine Ter-Sahakian - PanArmenian.net



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